**Sujet principal** : Demande de suspension en référé d'une décision implicite de la Caisse des dépôts et consignations gelant les paiements liés au Compte Personnel de Formation (CPF).
**Juridiction** : Tribunal administratif de Paris (formation de référé).
**Solution retenue** : Le juge des référés rejette la requête car la société n'a pas introduit de recours au fond (annulation) préalablement à sa demande de suspension, ce qui la rend irrecevable.
**Textes appliqués** : Articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, qui subordonnent la suspension d'une décision administrative à l'existence d'une requête en annulation et à la démonstration d'une urgence.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2026, la société Citron formation, représentée par Me Beunas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle la Caisse des dépôts et consignation maintient un gel généralisé, indifférencié et indéterminé des règlements afférents aux actions de formation qu’elle a exécutées dans le cadre du CPF ;
2°) d’enjoindre à la Caisse des dépôts et consignation de procéder au déblocage et au paiement des dossiers ne faisant l’objet d’aucune réserve, notamment ceux déjà contrôlés et validés ;
3°) d’enjoindre à la Caisse des dépôts et consignation de communiquer la liste des dossiers faisant l’objet d’une investigation, des vérifications opérées et des anomalies identifiées et de limiter toute suspension aux seuls dossiers présentant des anomalies individualisées ;
4°) de fixer un délai impératif de 15 jours pour finaliser le contrôle ;
5°) d’ordonner toute mesure utile permettant la reprise normale des paiements pour les dossiers non contestés sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignation une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que l’exécution de la décision attaquée est de nature à porter une atteinte grave à sa situation financière ; ainsi, le gel litigieux affecte plus de 1,5 million d’euros de flux financiers, dont 545 410 euros correspondent à des créances exigibles et impayées et empêche toute facturation, ce qui la prive de toute ressource financière liée à son activité principale ; la poursuite de son activité est compromise et elle pourrait être contrainte de procéder à des licenciements ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
-la décision en litige est insuffisamment motivée et a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- le gel des règlements ne peut être lié à la mise en œuvre du contrôle qualité engagé par la Caisse des dépôts ;
- la mesure de gel généralisé est dépourvue de base légale ; elle est disproportionnée et manifestement incohérente.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la requête susvisée, la société requérante demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle la Caisse des dépôts et consignation maintient un gel généralisé, indifférencié et indéterminé des règlements afférents aux actions de formation qu’elle a exécutées dans le cadre du CPF.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. Il ressort des mêmes dispositions précitées qu'une requête aux fins de suspension est atteinte d'une irrecevabilité d'ordre public lorsque le requérant n'a pas introduit une requête à fin d'annulation de la décision dont il demande la suspension.
4. Il résulte de l’instruction que la société requérante n’a pas introduit de requête au fond distincte, tendant à l’annulation de la décision implicite par laquelle la Caisse des dépôts et consignation maintient un gel généralisé, indifférencié et indéterminé des règlements afférents aux actions de formation qu’elle a exécutées dans le cadre du CPF. En l’absence de requête au fond, les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de la décision contestée sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Citron formation est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Citron formation.
Fait à Paris, le 7 avril 2026.
Le juge des référés,
V. A...
La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.