Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme B... visant à suspendre l'arrêté du 18 mars 2026 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'établissant pas l'impact du retrait sur son activité économique et étant à l'origine de la situation qu'elle invoquait. Par ailleurs, aucun des moyens soulevés, tirés notamment de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen sérieux, de la violation de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'a été retenu comme propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mai 2026 Mme A... B..., représentée par Me Soufron, demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 18 mars 2026 par lequel le préfet de police a retiré sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d’enjoindre au préfet de lui restituer ce titre ou s’il a été détruit de lui en délivrer un nouveau dans un délai de 5 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 750 euros par jour de retard ;
3°) à tout le moins d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 10 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 750 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
elle justifie d’une présomption d’urgence en sa qualité d’étranger à qui le titre de séjour a été retiré et par ce que l’exécution de l’arrêté attaqué aura des conséquences sur son activité économique et pour la situation de ses salariés ;
L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est entaché d’une insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est entaché d’un vice de procédure faute pour le préfet de l’avoir mis à même de présenter ses observations en violation des dispositions de l’article L. 432-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l’article L. 433-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d’appréciation en lui appliquant les dispositions de l’article L. 432-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris en violation des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2026, le préfet de police, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
la présomption d’urgence n’est pas irréfragable et, en l’espèce, la situation d’urgence invoquée n’est pas établie par les pièces du dossier d’une part par ce que la requérante est à l’origine de la situation d’urgence qu’elle invoque et d’autre part par ce qu’elle ne démontre pas l’impact du retrait sur sa situation économique et celle de son restaurant ;
L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est suffisamment motivé ;
L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris après un examen sérieux de la situation personnelle de Mme B... ;
L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a bien respecté la procédure prévue par les dispositions de l’article L. 432-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a pas commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l’article L. 433-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a commis ni erreur de droit ni erreur d’appréciation en lui appliquant les dispositions de l’article L. 432-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Béal en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l’audience.
Ont été entendu au cours de l’audience publique tenue le 28 mai 2026, en présence de Mme Gaonah-Nee, greffière d'audience :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Lamballe, substituant, Me Soufron, avocat de Mme B...,
Un moyen d’ordre public a été soulevé tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’injonction de restitution du titre retiré ou s’il a été détruit de lui en délivrer un nouveau dans un délai de 5 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 750 euros par jour de retard comme préjudiciant au principal et ne relevant pas de ce fait de l’office du juge des référés.
La clôture de l’instruction a été prononcée à 14 h 50.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme B... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 18 mars 2026 par lequel le préfet de police a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, d’enjoindre au préfet de lui restituer ce titre ou si il a été détruit de lui en délivrer un nouveau dans un délai de 5 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 750 euros par jour de retard, à tout le moins d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 10 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 750 euros par jour de retard. Elle demande, enfin, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
3. En l’état de l’instruction, aucun des moyens de la requête ne parait pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
4. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu, sans examiner la condition d’urgence, de rejeter les conclusions de suspension susvisées de la requête et, par voie de conséquences les conclusions à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
A. Béal
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance