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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2615203

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2615203

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2615203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAILLARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour pour raison médicale de M. A.... Le juge a estimé que la condition d'urgence, nécessaire à la suspension, n'était pas établie, le requérant ne démontrant pas que l'exécution de la décision aurait des conséquences graves et immédiates sur son état de santé ou sa situation personnelle. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens relatifs à la légalité de l'arrêté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2026 M. B... A..., représenté par Me Maillard, demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 9 février 2026 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d’étranger malade ;

2°) d’enjoindre au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l’autorisant à travailler ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
sa requête est bien recevable ;
il justifie d’une présomption d’urgence en sa qualité de demandeur de renouvellement d’un titre de séjour ;
l’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris par une autorité incompétente ;
la décision attaquée est entachée d’un doute sérieux quant à sa légalité car elle est entachée d’une insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
l’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est entaché d’un vice de procédure relatif à l’avis du collège des médecins de l’OFII ;
l’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris en violation de l’autorité de la chose jugée par le tribunal :
l’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car le préfet s’est cru en situation de compétence liée ;
l’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris en violation des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile au regard de son état de santé ;
l’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris en violation des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2026, le préfet de police, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
la présomption d’urgence n’est pas irréfragable et, en l’espèce, la situation d’urgence invoquée n’est pas établie par les pièces du dossier par ce qu’il ne démontre pas que l’exécution de l’arrêté attaqué aurait des conséquences sur son état de santé et l’exposerait à une rupture des soins ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris par une autorité compétente ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est suffisamment motivé ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris après un examen sérieux de la situation personnelle de M. A... ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car l’avis du collège des médecins de l’OFII est bien régulier ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a pas méconnu l’autorité de la chose jugée par le tribunal de céans ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il ne s’est pas cru en situation de compétence liée ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a commis ni erreur de droit ni erreur d’appréciation en lui appliquant les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
l’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d’erreur manifeste en appréciant la situation personnelle de M. A....


Vu
- les autres pièces du dossier,
- la requête au fond n° 2615204.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Béal en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.


Les parties ont été régulièrement averties de l’audience.

Ont été entendu au cours de l’audience publique tenue le 28 mai 2026, en présence de Mme Gaonah-Nee, greffière d'audience :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Maillard, avocat de M. A...,

La clôture de l’instruction a été prononcée à 15 h 5.


Considérant ce qui suit :

Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du 9 février 2026 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d’étranger malade, d’enjoindre au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l’autorisant à travailler ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

Sur l’urgence :

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement d’un titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.

Il résulte de l’instruction que M. A... a bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité d’étranger malade dont le dernier était valable du 19 février 2024 au 18 février 2025 et dont il a demandé le renouvellement et que le récépissé qui lui a été délivré a été prorogé à plusieurs reprises. Il fait valoir qu’il justifie ainsi d’une présomption d’urgence renforcée par le fait que son employeur a suspendu son contrat de travail en qualité d’agent de service. Par suite, et alors que le préfet ne remet pas en cause sérieusement la présomption d’urgence qui s’attache à la situation du requérant en se bornant à soutenir que l’exécution de l’arrêté attaqué n’aurait pas de conséquences sur son état de santé et ne l’exposerait pas à une rupture des soins, la condition tenant à l’urgence exigée par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la violation des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile au regard de son état de santé est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 9 février 2026 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler à M. A... son titre de séjour en qualité d’étranger malade jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et l’astreinte :

La présente décision implique nécessairement qu’il soit procédé au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A.... Par conséquent, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision et de le munir durant ce réexamen d’un récépissé avec autorisation de travail, jusqu’à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond n° 2615204, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... de la somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision du préfet de police du 9 février 2026 est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué sur sa requête au fond n° 2615204.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer durant ce réexamen un récépissé avec autorisation de travail, jusqu’à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond n° 2615204.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... la somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur

Copie en sera adressée au préfet de police.


Fait à Paris, le 1er juin 2026.


Le juge des référés,




A. Béal


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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