Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2026, et un mémoire complémentaire, enregistré le 27 mai 2026, Mme A... B..., représentée par Me Girard (AARPI QUERCIA AVOCATS), demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 12 janvier 2026, notifiée le 25 avril 2026, par laquelle le jury du diplôme d’études universitaires, scientifiques et techniques (DEUST) « Préparateur technicien en pharmacie » de la Faculté de pharmacie de Paris - Université Paris-Cité lui a refusé une nouvelle inscription dans ce DEUST ;
2°) d’enjoindre à la Faculté de pharmacie de l’Université Paris-Cité de l’autoriser à redoubler ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la faculté de pharmacie de l’Université Paris-Cité la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse a pour effet de la priver de la possibilité de valider son diplôme, et ce, alors qu’elle bénéficie d’une promesse d’embauche dans une pharmacie dans le cadre de son contrat d’apprentissage et qu’il ne lui reste qu’une unité d’enseignement (UE) à valider pour obtenir ce diplôme ;
Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- cette décision est entachée d’un défaut de base légale en raison du caractère non opposable des modalités de contrôle des connaissances qui n’ont été ni régulièrement publiées ni adoptées avant la fin du premier mois de l'année d'enseignement et pas davantage portées à la connaissance des étudiants conformément aux articles L. 613-1 et L. 712-6-1 du code de l’éducation, des articles 6 et 14 de l’arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de Master et de l’article L. 221-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnaît l’autorité de la chose jugée ;
- elle est entachée d’une erreur de fait dès lors que le nombre d’absences, évolutif d’une instance à une autre, n’est pas établi ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en ce que la faculté de redoubler n’est nullement subordonnée à l’assiduité de l’étudiant à hauteur de 95 % ainsi qu’il ressort du livret de la formation ; Mme B... n’a d’ailleurs pas été empêchée de se présenter à l’examen terminal de l’UE 2. 4, semestre 2 et son défaut d’assiduité n’est pas la cause de son ajournement ; or, si ces absences supposées ne l’ont pas empêchée de se présenter à l’examen terminal, elles ne pouvaient pas davantage faire obstacle à son redoublement ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’à supposer même établi le nombre d’heures d’absences allégué, sa situation et son parcours devaient conduire les responsables de la formation, qui conservent un pouvoir d’appréciation, à lui accorder un redoublement, eu égard à l’ensemble de sa situation et, en particulier, de son état de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2026 et un mémoire complémentaire, enregistré le 27 mai 2026, l’Université Paris Cité, représentée par Me Thomas Laval, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B... la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie que les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête enregistrée sous le numéro 2615441 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Perfettini pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mai 2026, tenue en présence de Mme Clombe, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Perfettini, juge des référés ;
- les observations de Me Girard, représentant Mme B..., qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, souligne, en outre, d’une part, l’urgence ainsi que, d’autre part et notamment, l’inexacte application des dispositions du livret de formation relatives à l’appréciation de l’assiduité et des heures obligatoires en matière d’autorisation de redoublement ;
- les observations de Mme B..., qui s’exprime, en particulier, sur son état de santé ;
- et les observations de Me Rosso, substituant Me Laval et représentant l’Université Paris-Cité, qui conclut aux mêmes fins que par le mémoire en défense par les mêmes moyens, rappelle que les absences de l’intéressée, telles que relevées par le centre de formation professionnelle, représentent un total de 96 heures et 46 minutes, dont environ 60 ne sont pas justifiées et ajoute que l’appréciation de l’assiduité vise à confirmer l’engagement d’un étudiant dans sa formation.
La clôture de l’instruction a été différée à l’issue de l’audience au même jour, à 17 heures.
Considérant ce qui suit :
Mme A... B..., étudiante en deuxième année du diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques (DEUST) « Préparateur technicien en pharmacie » du centre de formation professionnelle de la pharmacie de Paris Île-de-France, rattaché à la faculté de pharmacie de l’Université Paris – Cité, n’a pas obtenu, à l’issue de l’année universitaire
2024-2025, ce diplôme, du fait de la non validation d’une unité d’enseignement (UE) du second semestre de deuxième année (UE 2.4 « Savoirs scientifiques appliqués »). Pour cette UE, seules les notes des épreuves terminales ont pu être prises en compte, en raison de l’absence de l’intéressée aux deux contrôles continus du semestre 4. Par une décision du 12 septembre 2025, la responsable pédagogique de ce DEUST a rejeté la demande d’autorisation de redoublement présentée par Mme B... puis, par une décision du 3 octobre suivant, le jury du DEUST a confirmé ce rejet. A la suite d’un recours en référé, l’exécution de cette décision a été suspendue et il a été enjoint à l’université, par ordonnance du tribunal en date du 26 décembre 2025, de réexaminer la situation de Mme B... au regard de sa demande de bénéfice du redoublement de sa 2ème année de DEUST « Préparateur technicien en pharmacie », dans un délai de dix jours. Le jury des diplômes de DEUST, réuni le 12 janvier 2026, a estimé que l’intéressée ne remplissait pas « les conditions fixées par les modalités de contrôle des connaissances et compétences (MCC) du DEUST en matière d’autorisation de redoublement ». Mme B... demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cette décision du 12 janvier 2026, notifiée le 25 avril 2026.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l’urgence :
L’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement, à la date de l’audience et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
Le refus de redoublement opposé à Mme B..., qui, au demeurant, a été notifié à l’intéressée après plus de trois mois, prive l’intéressée de la possibilité d’obtenir son diplôme après deux ans d’études et alors qu’elle ne doit plus valider qu’une seule unité d’enseignement et qu’un contrat d’apprentissage lui est proposé à la prochaine rentrée. Par ailleurs, Mme B... ne saurait être regardée comme ayant été négligente alors qu’il n’est pas sérieusement contesté que son inscription en cours d’année dans un autre centre en région Île-de-France pour valider une seule UE était improbable et lui a été déconseillée par les formateurs et qu’il est établi qu’une démarche auprès de l’université de Lille est demeurée infructueuse. Il s’ensuit que la condition d’urgence doit en l’espèce être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
Le livret de la formation du DEUST « Préparateur technicien en pharmacie » du centre de formation professionnelle de la pharmacie de Paris Île-de-France définissant l’organisation des enseignements et les modalités de contrôle des connaissances et compétences, auquel s’est référé le jury, prévoit qu’une troisième inscription universitaire et au CFA peut exceptionnellement être obtenue. « Elle est subordonnée : - à l’assiduité de l’étudiant tant en DEUST 1 que DEUST 2 (enseignements théoriques et pratiques), /- à un nombre d’heures d’enseignement théorique des deux années à rattraper inférieur ou égal à 450 h/- à la signature d’un avenant au contrat de travail ou d’un nouveau contrat de travail. L’étudiant dispose alors d’une unique troisième année pour obtenir le diplôme de DEUST ». Ce même livret dispose, en ce qui concerne l’assiduité aux enseignements en DEUST 1 et DEUST 2 : « L’étudiant est tenu d’assister à tous les cours de l’année et de participer à tous les contrôles continus (CC). Toute absence de l’étudiant doit impérativement être justifiée. L’assiduité de l’étudiant doit être d’au moins 95 % (soit au maximum 5 % d’absences, justifiées ou non) pour autoriser sa présence à l’examen terminal de l’UE (première session et session de rattrapage). Dans le cas contraire, l’étudiant ne pourra pas valider les 60 ECTS requis par année de DEUST. De plus, il ne sera pas autorisé à prendre une inscription supplémentaire en DEUST pour terminer l’acquisition des 120 ECTS du diplôme et ne sera donc pas diplômé. Les listes de présence aux enseignements universitaires sont adressées par le service de scolarité de la Faculté de pharmacie de Paris aux CFA dans un délai d’une semaine suivant les enseignements pour transmission aux employeurs. ».
Pour rejeter, après réexamen, la demande d’admission en troisième année présentée par Mme B..., le jury, dans sa délibération du 12 janvier 2026, a estimé que l’intéressée ne satisfaisait pas à l’une des trois conditions fixées par le livret de formation, à savoir l’assiduité. Pour ce faire, il a utilisé le tableau des absences de Mme B..., établi le 8 janvier 2026 par le Centre de formation professionnelle de Paris - Île-de-France et faisant ressortir, notamment, 92 heures et 46 minutes d’absences au cours des deux années de DEUST 1 et DEUST 2, dont 24 heures justifiées alors que le maximum admis d’absences justifiées ou non est de 41 heures et
30 minutes pour les deux années. En outre, en ce qui concerne l’UE 2.4, le jury a relevé un nombre d’heures d’absences de 25 heures correspondant à 45 % de cette UE (55 heures). Cette analyse précise du jury s’appuie sur des données objectives peu contestables.
Toutefois, si le jury a, également, examiné la « scolarité et les résultats » de Mme B... et constaté que son absence aux contrôles continus (CC) justifiait que soit attribuée à chacun la note de 0, il n’a pas relevé que cette absence n’avait pas fait obstacle, contrairement à ce que prévoit le livret de la formation, à ce que l’intéressée puisse se présenter au contrôle terminal (CT), et que, ainsi, sauf à faire l’hypothèse d’une improbable négligence, du jury, la possibilité d’une application souple des règles dites MCC est admise. En outre, s’il a observé que Mme B... n’avait fait état de ses problèmes de santé qu’au terme de sa formation et n’avait pas sollicité d’aménagements comme elle aurait été en droit de le faire, le jury n’a pas examiné la possibilité de proposer à l’étudiante un plan d’accompagnement pour une troisième année dans laquelle elle serait admise à titre exceptionnel. Or, il résulte de l’instruction que Mme B... est atteinte d’une maladie hépatique rare et grave, diagnostiquée dans sa petite enfance, pour lesquelles les chances de rémission, même après chirurgie, sont incertaines, et qui entraîne, notamment, des périodes de fatigue persistante. Mme B... a, en outre, lors de l’audience, indiqué avoir hésité à multiplier les arrêts de travail. Ainsi, et dans ces circonstances particulières, l’appréciation de l’assiduité, qui vise à mesurer l’engagement de l’étudiant dans son parcours, ne peut écarter ce problème médical, alors que les autres éléments du dossier ne permettent pas de mettre en doute de manière définitive la détermination de Mme B... à mener à son terme son parcours de formation.
Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de ce que l’appréciation globale de la situation de Mme B... nécessite un réexamen à titre exceptionnel est, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée et à justifier la suspension demandée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’exécution de la présente ordonnance implique seulement qu’il soit enjoint à l’Université Paris Cité de réexaminer la situation de Mme B... au regard du bénéfice du redoublement de l’UE 2.4 de la 2ème année de DEUST « Préparateur technicien en pharmacie », le cadre d’un contrat pédagogique individuel, et ce, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l’Université Paris Cité demande à ce titre. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application des mêmes dispositions, de mettre à la charge de l’Université Paris Cité la somme de 800 euros à verser à Mme B....
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 12 janvier 2026 du jury du DEUST « Préparateur technicien en pharmacie » du centre de formation professionnelle de la pharmacie de Paris Île-de-France est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à l’Université Paris - Cité de réexaminer la situation de Mme B... au regard du bénéfice du redoublement de l’UE 2.4 de la 2ème année de DEUST « Préparateur technicien en pharmacie », dans le cadre d’un contrat pédagogique individuel, et ce, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L’Université Paris - Cité versera à Mme B... la somme de 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et à l’Université Paris-Cité.
Fait à Paris, le 1er juin 2026.
La juge des référés,
signé
D. PERFETTINI
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et de l’espace, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.