Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. B... qui demandait une injonction d'hébergement d'urgence adapté à son handicap (autisme avec hyperréactivité sensorielle). Le juge estime que la condition d'urgence et d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est pas remplie, faute pour le requérant d'établir être effectivement à la rue et de justifier de démarches préalables suffisantes auprès des services compétents (115, préfet). La carence de l'État n'est donc pas caractérisée. La requête est rejetée en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mai 2026, M. A... B... demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, de lui procurer une place d’hébergement d’urgence adaptée à son état de santé et à son handicap, à l’exclusion de toute structure insalubre ou de tout hébergement collectif incompatible avec son hyperréactivité sensorielle, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance ;
2°) d’assortir cette injonction d’une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l’État les entiers dépens.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il est sans hébergement, que son état de santé est incompatible avec une vie à la rue étant atteint de trouble du spectre de l’autisme avec hyperréactivité sensorielle et que l’absence d’hébergement aggrave sa situation médicale et psychique fragile ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l’hébergement d’urgence : la carence de l’Etat à lui proposer un hébergement, malgré ses signalements et les interventions parlementaires, porte une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». En vertu de l’article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
Aux termes de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles : « Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département prévu à l'article L. 345-2-4 (…) ». Aux termes de l’article L. 345-2-1 du même code : « En Ile-de-France, un dispositif unique de veille sociale est mis en place à la demande et sous l'autorité du représentant de l'Etat dans la région ».
M. A... B..., de nationalité française, a fait l’objet, le 20 août 2025, d’une décision de la commission de médiation du département la Seine-Saint-Denis le reconnaissant prioritaire et devant être logé d’urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités. Faute d’exécution de cette décision dans les délais impartis, il a déposé un recours le 26 avril 2026, sur le fondement du I. de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, tendant à ce qu’il soit ordonné à l’administration de lui procurer un logement. Dans le cadre de la présente instance de référé liberté tendant à ce que soit ordonnée sa mise à l’abri immédiatement au titre du droit à l’hébergement d’urgence, en application des dispositions précitées du code de l’action sociale et des familles, M. B..., reconnu travailleur handicapé le 21 juillet 2020 et bénéficiaire de l’allocation adulte handicapé, fait valoir qu’il est à la rue depuis fin février 2026, qu’il est en situation de vulnérabilité compte tenu de la pathologie dont il est atteint et que l’Etat malgré ses actions répétées s’est abstenu de lui proposer des solutions. M. B... n’établit pas toutefois être effectivement à la rue et sans suivi médical. En outre, il résulte du courrier versé au dossier que M. B... n’a saisi le préfet de la région Ile de France de sa situation et de sa demande de bénéficier du dispositif d’hébergement d’urgence que le 29 mai 2026 soit le jour même du dépôt de sa requête. Il ne justifie pas par ailleurs de démarches répétées auprès du 115 pour obtenir un hébergement d’urgence. Dans ces conditions, l’Etat ne peut être regardé comme ayant fait preuve d’une carence caractérisée dans l’accomplissement de la mise en œuvre qui lui incombe du droit à l’hébergement d’urgence. Ainsi, en l’état du dossier, aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit à l’hébergement d’urgence ne pouvant être retenue à l’encontre du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, la condition tenant à l’intervention du juge des référés dans un délai extrêmement bref en vue du prononcé d’une mesure de sauvegarde de la liberté fondamentale en cause n’apparaît pas, en l’espèce, remplie.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. B... en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 1er juin 2026.
La juge des référés,
Signé
M. SALZMANN
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.