jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-1904320 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | SAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 30 novembre 2019, 8 mars 2021 et 14 avril 2021, ainsi qu'un mémoire enregistré postérieurement à la clôture le 10 octobre 2022, non communiqué, Mme C A, représentée par la SCP Guérard-Berquer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision d'affectation du 3 juin 2019 ainsi que la décision du 24 septembre 2019 rejetant son recours gracieux et sa demande d'indemnisation des préjudices subis formés le 31 juillet précédent ;
2°) de constater le harcèlement moral dont elle a été victime ainsi que l'irrégularité de la gestion administrative qu'elle a subie ;
3°) d'enjoindre au groupe hospitalier du Havre (GHH) de la réintégrer dans un emploi correspondant à son grade et à ses compétences, sous astreinte de 100 euros par jour à compter du jugement à intervenir ;
4°) d'enjoindre au GHH de procéder à la reconstitution de sa carrière, alors qu'elle a été illégalement privée d'un emploi correspondant à son grade depuis le 3 juin 2019 ;
5°) d'enjoindre au GHH de procéder à la régularisation de son dossier administratif ;
6°) de condamner le GHH à lui verser la somme de 50 000 euros au titre des dommages et intérêts liés aux agissements répétés de harcèlement moral et à la gestion irrégulière de sa carrière ;
7°) de mettre à la charge du GHH une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- que la décision d'affectation du 3 juin 2019 lui fait grief ;
- que cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pu consulter son dossier administratif préalablement à la prise de décision et que la commission administrative paritaire n'a pas été consultée;
- que cet acte est insuffisamment motivé ;
- que cet acte méconnait l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- que cette décision constitue une sanction déguisée et est par conséquent entachée de détournement de pouvoir ;
- qu'elle a été victime de harcèlement moral exercé par sa hiérarchie à compter de février 2016, dès après sa prise de fonctions au sein du service psychiatrie santé mentale du GHH, agissements qui se sont poursuivis après la décision d'affectation du 3 juin 2019 ;
- que la gestion de sa carrière par le GHH a été manifestement irrégulière ;
- que la réalité des préjudices dont elle demande l'indemnisation est établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2020, le groupe hospitalier du Havre, représenté par Me Benages, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.
Le groupe hospitalier du Havre soutient que les moyens invoqués en vue de l'annulation des actes attaqués sont infondés et que les conclusions aux fins d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées en l'absence de tout préjudice.
Par lettre en date du 5 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, dès lors que cette dernière constitue une mesure d'ordre intérieur ne faisant pas grief.
Des observations en réponse à ce courrier ont été enregistrées le 15 septembre 2022 pour Mme A.
Des observations en réponse à ce courrier ont été enregistrées le 23 septembre 2022 pour le groupe hospitalier du Havre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2010-30 du 8 janvier 2010 pris en application de l'article 77 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2011-660 du 14 juin 2011 portant statuts particuliers des personnels administratifs de la catégorie B de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leduc, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique,
- et les observations de Me Siffert, substituant Me Guerard, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A a été recrutée contractuellement par le groupe hospitalier du Havre (GHH) le 13 mars 1998, afin d'y exercer les fonctions d'assistante de direction au sein de la direction des ressources humaines. Après avoir travaillé dans divers services et obtenu une disponibilité pour raisons personnelles de juin 2004 à février 2011, elle a réintégré le GHH à cette date. Le 1er février 2016, elle a été affectée au sein du pôle psychiatrie de cet établissement, en qualité d'assistante de direction. Elle a été titularisée dans le grade d'adjoint des cadres hospitaliers le 1er mars 2017. En raison de difficultés rencontrées au sein du service, considérées par Mme A comme une dégradation significative de ses conditions de travail au cours de cette même année 2017, elle a souhaité quitter cette entité. En décembre 2018, elle a été affectée à mi-temps au sein de la direction de la communication de l'établissement, et à mi-temps auprès du pôle de gériatrie de l'établissement. En raison de difficultés invoquées par l'intéressée dans l'exercice de ses fonctions sur ce second demi-poste, il lui a été proposé, en avril 2019, d'exercer pour la moitié de son temps de travail au sein du secrétariat du centre gratuit d'information et de dépistage et diagnostic des maladies sexuellement transmissibles (CEGIDD). Par la décision attaquée du 3 juin 2019, elle a ainsi été nommée en qualité d'agent de gestion administrative, à 50% auprès de la direction de la communication, et à 50% auprès du secrétariat du centre gratuit d'information et de dépistage et diagnostic des maladies sexuellement transmissibles (CEGIDD). Par un courrier daté du 31 juillet 2019, adressé à la directrice des ressources humaines du GHH, elle en a demandé l'annulation, et a également réclamé l'indemnisation des préjudices qu'elle allègue avoir subis au cours de sa vie professionnelle, en raison de la " gestion discriminatoire " dont sa carrière aurait fait l'objet. Le 24 septembre 2019, le GHH a rejeté ses prétentions.
Sur la légalité de la décision du 3 juin 2019 :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée alors en vigueur: " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle () ". Aux termes de l'article 4 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 susvisée alors en vigueur : " Les fonctionnaires appartiennent à des corps qui comprennent un ou plusieurs grades et sont régis par un même statut particulier () ". Aux termes de l'article 5 de cette loi : " Les statuts particuliers des corps et emplois sont établis par décret en Conseil d'Etat. Les corps et emplois dont les missions sont identiques sont soumis au même statut particulier (). Aux termes de l'article 9 du décret n° 2011-660 du 14 juin 2011 portant statuts particuliers des personnels administratifs de la catégorie B de la fonction publique hospitalière : " I. Les membres du corps des adjoints des cadres hospitaliers assurent l'instruction des affaires qui leur sont confiées et exercent des missions de gestion et d'administration dans les établissements et services où ils sont affectés. Ils peuvent également se voir confier l'animation d'une équipe ou la coordination d'une ou plusieurs unités administratives () ". Aux termes de l'article 11 de ce même décret : " I. Les assistants médico-administratifs assurent le traitement et la coordination des opérations et des informations médico-administratives concernant les patients dans les domaines du secrétariat médical et de l'assistance de régulation médicale () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, si la requérante a souhaité quitter le service de gériatrie au sein duquel elle exerçait ses fonctions à mi-temps depuis le mois de décembre 2018, elle a été, par la décision contestée du 3 juin 2019, affectée, certes au sein du même établissement de santé, sur un poste à mi-temps relevant du corps des assistants médico-administratifs et dépourvu de taches d'encadrement. Or, les fonctions qu'elle a exercées à compter du 1er février 2016 au sein du pôle psychiatrie du GHH en qualité d'assistante de direction impliquaient l'encadrement de six agents, et si, avant de rejoindre sa double affectation contestée, elle a exercé au sein d'un autre service de décembre 2018 à juin 2019, il n'est versé au dossier aucun document attestant du caractère officiel de cette mutation. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision contestée du 3 juin 2019 lui fait grief.
4. La requérante soutient que cette décision est entachée d'une erreur de droit tenant à la méconnaissance de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur, aux termes duquel " le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent ", faisant valoir que le poste sur lequel elle a été affectée au CEGIDD ne correspond pas à son grade.
5. En l'espèce, si la fiche de poste " Référente actions de mécénat et culture/santé " au sein de la direction de la communication prévoit des fonctions qui apparaissent relever de celles dévolues à un adjoint des cadres hospitaliers, celles remplies au sein du CEGIDD consistent en un accueil physique et téléphonique, la saisie informatique des consultations de maladies infectieuses, la prise de rendez-vous, la tenue des dossiers informatisés, le maniement du logiciel " Cupidon " et la répartition des tâches en bonne intelligence entre secrétaires. A cet égard, la seule circonstance invoquée en défense par le GHH, selon laquelle il s'agirait de missions administratives relevant de la catégorie B, est dépourvue de pertinence, dès lors que la perte de responsabilités est constatée. Il incombait effectivement à l'établissement d'affecter la requérante sur un poste que son grade lui donnait vocation à occuper.
6. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête relatifs à cette décision, ledit acte doit être annulé. Il en va de même de la décision du GHH du 24 septembre 2019 en tant qu'elle rejette son recours gracieux sur ce point.
Sur le harcèlement moral allégué :
7. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
8. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé. En outre, pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique mais, dès lors qu'ils n'excèdent pas ces limites, une simple diminution des attributions du fonctionnaire, des recommandations, des remarques et des reproches justifiés par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, ne sont pas constitutifs de harcèlement moral.
S'agissant des faits et agissements reprochés :
9. En premier lieu, Mme A soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de dénigrement violent et de déconsidération " dès les 15 premiers jours " de sa prise de fonction, lesquels termes, sans précision de la part de la requérante, doivent être lus comme se rapportant à l'année 2016. Or, le premier fait en question, datant du 2 mars 2016, implique un cadre supérieur de santé, M. B, lequel aurait tenu des propos désobligeants et agressifs à son encontre, à propos desquels la hiérarchie de la requérante n'aurait pas réagi. Néanmoins, ce comportement, pour inadmissible qu'il soit, est isolé et n'apparait pas, eu égard aux pièces du dossier, comme s'étant reproduit.
10. En deuxième lieu, Mme A déplore avoir fait l'objet d'un comportement hostile de sa hiérarchie à l'occasion d'une demande de financement de formation, " notamment par la production d'un courrier désobligeant et inapproprié " la concernant. Il ressort cependant des pièces du dossier que ce courrier daté du 29 mars 2017 rédigé par la directrice de filière qui accordait une suite favorable à la demande de formation de Mme A tout en faisant état d'appréciations relatives à son comportement professionnel, n'a pas été, en définitive, adressé au directeur des ressources humaines. Ce dernier a été destinataire du courrier du cadre supérieur de pôle daté du 18 avril 2017, qui émettait un avis très favorable à la demande la requérante. Par suite, et alors même que le courrier précité du 29 mars 2017 comprenait des éléments critiques, mesurés et argumentés, quant à l'exercice de ses fonctions par Mme A, le contenu de cet écrit ne saurait être regardé comme constitutif d'un fait de harcèlement moral.
11. En troisième lieu, la requérante soutient avoir été " progressivement mise à l'écart dans le service par l'emploi de méthodes de management contestables à l'origine de troubles psychosociaux ". A l'appui de cette allégation, Mme A verse au dossier un courrier électronique du 15 mars 2017 dans lequel la directrice de filière précitée lui indiquait qu'elle ne souhaitait pas sa présence lors du " COPIL éducation pour la santé " du 17 mars 2017 qui se tenait de 14h00 à 16h00, au motif qu'elle ne représentait pas le pôle, ainsi qu'une attestation de M. D F datée du 18 juillet 2018, relative à une réunion qui se serait tenue le 2 octobre 2018 et au cours de laquelle un des cadres supérieurs présents aurait dit à propos de la requérante: " on la met dans un avion et on la jette sans parachute ". Toutefois, le courrier électronique précité du 15 mars 2017 ne permet pas à lui seul d'établir, d'une part, que Mme A aurait dû être présente à cette réunion eu égard à ses fonctions et compétences, d'autre part, que cette décision aurait excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et s'inscrivait dans le cadre d'une suite d'actes tendant à l'exclure du service. L'attestation précitée de M. F, eu égard à son contenu et à sa forme, est dépourvue de tout caractère probant. Par suite, les faits présentés par Mme A ne sauraient faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dont elle aurait fait l'objet. De même, la position et la revendication exprimées par le syndicat SUD-Santé dans son courrier électronique du 28 novembre 2019, à la suite d'un entretien avec la requérante, ne peuvent être regardés comme faisant présumer l'existence d'un harcèlement moral.
12. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, en particulier du compte-rendu d'entretien professionnel de Mme A pour l'année 2018, qu'elle avait sollicité à deux reprises depuis juillet 2017 son changement de service, et qu'une suite favorable a été accordée à sa démarche fin décembre 2018. La circonstance que la fiche du poste en gériatrie ait évolué avant sa prise de fonctions et ne comporte plus d'encadrement ne saurait révéler à elle seule un agissement constitutif de harcèlement moral.
13. En quatrième lieu, la requérante soutient qu'elle " a été maintenue à son poste et a en conséquence subi plusieurs atteintes à sa santé psychique et physique ayant donné lieu à plusieurs arrêts de travail " et verse au dossier des certificats médicaux attestant d'une décompensation anxio-dépressive au printemps 2019, d'une décompensation dépressive en juillet 2019, d'un état d'épuisement en août et septembre 2019. Toutefois, ces documents ne permettent pas d'établir un lien entre sa pathologie et le harcèlement moral allégué. En ce qui concerne les deux courriers électroniques datés des 19 et 25 juin 2019 adressés par la chef de filière précitée à Mme A alors qu'elle se trouvait en congé de maladie, pour regrettables qu'ils soient, ne sauraient être regardés, en raison de leur caractère exceptionnel au cours de cette période, comme constitutifs de harcèlement moral.
14. En cinquième lieu, Mme A soutient que le GHH s'est livré à " une succession de manœuvres " afin d'empêcher absolument sa réintégration à la suite de son congé longue maladie. Or, l'administration n'était pas liée par l'avis rendu le 1er septembre 2020 par le docteur G, médecin psychiatre des hôpitaux concluant à son aptitude à la reprise du travail, ni par l'avis du comité médical réuni le 4 novembre 2020, et il lui était loisible de solliciter un autre avis d'expert, ce qu'elle a fait auprès du docteur E, médecin psychiatre des hôpitaux, lequel, dans son avis du 13 décembre 2020, connaissance prise de l'avis précité du 1er septembre 2020, a conclu à une inaptitude à tous les postes à cette date. Ultérieurement, le comité médical réuni le 10 mars 2021, a rendu un avis favorable au maintien de la requérante en congé de longue maladie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que sa demande de réintégration, analysée à l'aune de ces avis, aurait fait l'objet de manœuvres de la part de sa hiérarchie, constitutives d'actes de harcèlement moral. Mme A soutient également que sa réintégration au terme de sa disponibilité a été délicate. Il ressort des pièces versées au dossier que sa demande de réintégration en juillet 2010 a dû être complétée le 3 janvier 2011, et qu'elle a été réintégrée le 7 février suivant. Dès lors qu'elle se trouvait en disponibilité depuis le 30 juin 2004, sa réintégration était subordonnée à l'existence d'un poste vacant, et son employeur n'a pas, en l'espèce, méconnu les dispositions prévues aux articles 31 et suivants du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 relatif à la disponibilité sur demande des fonctionnaires hospitaliers.
15. En sixième lieu, la requérante énumère un certain nombre de mesures prises par le GHH à compter de 2004, non contestées dans les délais du recours contentieux, qui illustreraient le caractère irrégulier de la gestion de sa carrière et relèveraient du harcèlement moral allégué. Cependant, ni le maintien de note des années 2004, 2010 et 2011, ni l'absence de versement de la prime compensatoire présentée comme due, ni la circonstance qu'elle aurait été dans l'incapacité de se présenter au concours d'adjoint des cadres en mars 2004, ou ses difficultés de réintégration en 2010 après sa disponibilité pour suivre son époux à l'étranger, ou encore le rejet de certaines de ses candidatures à certains postes ne sont de nature, eu égard aux pièces figurant au dossier, à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dont elle aurait fait l'objet.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les faits allégués par Mme A, pris isolément ou collectivement, ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'actes constitutifs de harcèlement moral dont elle aurait fait l'objet, ni n'établissent la réalité de ses allégations relatives à l'irrégularité de la gestion de sa situation administrative et de l'absence d'affectation. Par suite, ses conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice lié au harcèlement moral et à la gestion discriminatoire de sa carrière allégués doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice né de l'affectation illégale:
17. La requérante demande l'indemnisation du préjudice moral subi. Eu égard à ce qui précède, il en sera fait une juste appréciation en lui versant une somme de 2 000 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 31 juillet 2019, date de réception par le groupe hospitalier du Havre de la demande indemnitaire préalable de Mme A. Les intérêts échus le 31 juillet 2020 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
18. Eu égard à tout ce qui précède, il ne peut être fait droit qu'aux seules conclusions relatives à la réintégration de Mme A dans un emploi correspondant à son grade, sous réserve de son aptitude à reprendre son activité professionnelle, dans un délai de trois mois et sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les faits d'instance :
19. Mme A, qui ne peut être regardée, dans la présente instance, comme la partie gagnante, n'est pas fondée à réclamer le versement d'une somme de 3500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, les conclusions du groupe hospitalier du Havre à cette fin doivent également, dans les circonstances de l'espèce, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 3 juin 2019 affectant Mme A pour 50% de son temps de travail auprès de la direction de la communication, et pour 50% auprès du secrétariat du centre gratuit d'information et de dépistage et diagnostic des maladies sexuellement transmissibles, du groupe hospitalier du Havre et la décision du 24 septembre 2019 en tant qu'elle rejette son recours gracieux sur ce point, sont annulées.
Article 2 : Le groupe hospitalier du Havre versera à Mme A une somme de 2 000 euros au titre de son préjudice moral. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 31 juillet 2019, date de réception par le groupe hospitalier du Havre de la demande indemnitaire préalable de Mme A. Les intérêts échus au 31 juillet 2020 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés.
Article 3 : Le groupe hospitalier du Havre procédera à la réintégration de Mme A dans un emploi correspondant à son grade, sous réserve de son aptitude à reprendre son activité professionnelle, dans un délai de trois mois.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Les conclusions du groupe hospitalier du Havre au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au groupe hospitalier du Havre.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Cyrille Leduc, premier conseiller,
M. Colin Bouvet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
C. LEDUC
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026