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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2000794

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2000794

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2000794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PASQUIER-PICCHIOTTINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2020, la SARL Sushi Bar, représentée par Me Alouani, demande au tribunal d'annuler les décisions portant contributions spéciales et forfaitaires prises à son encontre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Elle soutient que :

- ces décisions ne sont pas motivées ;

- au cours d'une période d'activité de dix-sept années, aucun contrôle n'a permis de constater un non-respect de la législation ; il s'agit du premier procès-verbal d'infraction et la SARL a immédiatement coopéré avec l'administration ; la salariée concernée n'exerçait que depuis trois jours lorsque le contrôle est intervenu, en remplacement d'une collègue ; sa bonne foi ne peut être mise en cause ;

- en refusant de faire application des II et III de l'article R. 8253-2 du code du travail, l'administration a entaché sa décision d'une erreur de fait et de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les décisions attaquées sont suffisamment motivées ;

- les conditions justifiant la réduction de la contribution spéciale n'étaient pas réunies, en raison du cumul d'infractions constaté et du défaut de preuve du paiement à la salariée concernée de l'ensemble de ses salaires, accessoires et indemnités de rupture.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leduc, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 juin 2019, des agents de l'unité de contrôle et de lutte contre le travail illégal de la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi de Normandie ont effectué des vérifications au sein de l'établissement SARL Sushi Bar, qui se trouve dans le centre commercial Saint-Sever à Rouen. La présence, en situation de travail, de Mme A, ressortissante mongole, y a été constatée, cette dernière étant dépourvue de titre l'autorisant à séjourner en France et à y travailler, et n'étant pas déclarée. Après communication du procès-verbal d'infraction à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le gérant de la SARL Sushi Bar a été mis en mesure de produire ses observations à compter du 7 août 2019, et, par une décision du 1er octobre 2019, l'OFII a décidé d'appliquer à ce dernier la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi que la contribution forfaitaire présentée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le recours gracieux formé le 29 novembre 2019 par la SARL mise en cause a été rejeté par une décision de l'OFII en date du 6 janvier 2020.

2. En premier lieu, la décision du 1er octobre2019 du directeur général de l'OFII vise les articles L. 8251-1, L. 8253-1, R. 8253-4 du code du travail ainsi que l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le procès-verbal établi à la suite du contrôle du 6 juin 2019 au cours duquel l'infraction aux dispositions de l'article

L. 8251-1 du code du travail a été constatée. Elle précise le montant des sommes dues et mentionne en annexe le nom de la salariée concernée. Ainsi, la décision du 1er octobre 2019, qui comprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. En ce qui concerne la motivation de la décision du 6 janvier 2020, prise sur recours gracieux de la SARL requérante, il convient de rappeler que les vices propres d'une telle décision de rejet ne peuvent être utilement contestés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux () ". Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire prévue par les dispositions également précitées de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à raison d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. A cet égard, l'infraction aux dispositions précitées de cet article du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient par ailleurs au juge de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. Il résulte de l'instruction que, lors du contrôle effectué le 6 juin 2019, il a été constaté qu'une ressortissante mongole avait été recrutée par la société requérante, dépourvue de titre de séjour. Il résulte du procès-verbal des auditions du gérant de la société, effectuées les 6 et 7 juin 2019, qu'aucune démarche n'avait été effectuée auprès de l'administration compétente afin de vérifier les droits au séjour et au travail de la salariée concernée. La société requérante ne conteste pas la matérialité des faits, mais se prévaut de sa bonne foi et de ce que, en dix-sept années d'activité, son comportement aurait été irréprochable. Elle soutient également que la salariée contrôlée ne travaillait que depuis trois jours à la date du contrôle. Néanmoins, et alors que le gérant de la SARL Sushi Bar a présenté aux agents de contrôle, le 6 juin 2019, une identité erronée de la ressortissante mongole précitée, de tels arguments sont sans incidence sur la légalité des sanctions prononcées.

6. En troisième lieu, pour réclamer la réduction du montant de la contribution spéciale prévue à l'article R. 8253-2 du code du travail, et soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait et de droit, la SARL Sushi Bar fait valoir, d'une part, qu'une seule et unique salariée se trouvait en situation irrégulière lors du contrôle, et, d'autre part, que l'intégralité des salaires et indemnités ont été réglées à cette salariée pour la période travaillée. Néanmoins, alors qu'aucune pièce n'est versée au dossier de nature à établir la réalité du paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre, conformément aux termes de l'article L. 8253-1 précité du code du travail, le moyen tiré de ce qu'une seule salariée se trouvait en situation irrégulière ne peut qu'être écarté dès lors que la SARL requérante se trouvait dans l'hypothèse d'un cumul d'infractions de travail non autorisé et travail dissimulé, prévue par ces mêmes dispositions, prévenant toute minoration du montant de la contribution spéciale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Sushi Bar ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Sushi Bar est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sushi Bar et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Cyrille Leduc, premier conseiller,

M. Colin Bouvet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. LEDUC

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

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