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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2000879

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2000879

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2000879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2020, M. B C, représenté par Me Lejeune, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 14 février 2020 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires du groupe hospitalier du Havre a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion de la formation en soins infirmiers pour une durée de cinq ans ;

2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier du Havre une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'on a refusé de lui communiquer son entier dossier avant la tenue de l'entretien du 27 janvier 2020 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle méconnait l'alinéa 3 de l'article 21 de l'arrêté du 21 avril 2007 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle méconnait l'alinéa 4 de l'article 29 de l'arrêté du 21 avril 2007 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, tiré de la partialité du conseil de discipline et de la méconnaissance du droit à un procès équitable ;

- elle méconnait l'autorité de la chose jugée ;

- elle est entachée d'erreur dans l'exactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 11 mai 2020, le groupe hospitalier du Havre, représenté par Me Tugaut, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la santé publique ;

- le code général de la fonction publique ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, modifié,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Lanyi, représentant le groupe hospitalier du Havre.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 14 octobre 2019, la directrice de l'institut des formations paramédicales (IFP) " Mary Thieullent " du groupe hospitalier du Havre a prononcé une sanction d'exclusion de la formation pour une durée de cinq ans à l'encontre de M. B C, alors étudiant en troisième année de formation d'infirmier dans cet institut. Cette sanction, suspendue par le juge des référés du tribunal administratif de Rouen par une ordonnance du 20 décembre 2019, a été retirée par le groupe hospitalier du Havre le 13 janvier 2020. Par une nouvelle décision du 14 février 2020, le président de la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires a prononcé une sanction d'exclusion de la formation de M. C pour une durée de cinq ans. M. C demande l'annulation de cette sanction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 du l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, dans sa version issue de l'arrêté du 17 avril 2018 : " Avant toute présentation devant la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires, l'étudiant est reçu en entretien par le directeur à sa demande, ou à la demande du directeur, d'un membre de l'équipe pédagogique ou d'encadrement en stage. / L'entretien se déroule en présence de l'étudiant qui peut se faire assister d'une personne de son choix et de tout autre professionnel que le directeur juge utile. / Au terme de cet entretien, le directeur détermine l'opportunité d'une présentation devant la section compétente pour les situations disciplinaires. / Lorsqu'il est jugé de l'opportunité d'une présentation devant la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires, le directeur de l'institut de formation saisit la section par une lettre adressée à ses membres, ainsi qu'à l'étudiant, précisant les motivations de présentation de l'étudiant. /Ce document mentionne le nom, l'adresse et la qualité de la personne faisant l'objet des poursuites ainsi que les faits qui leur sont reprochés. Il est accompagné de toutes pièces justificatives. / L'étudiant reçoit communication de son dossier à la date de saisine de la section. / Le délai entre la saisine de la section et la tenue de la section est de minimum quinze jours calendaires. ".

3. Conformément à ce que fait valoir le groupe hospitalier du Havre en défense, il résulte des dispositions précitées que le dossier de l'étudiant lui est communiqué à la date de saisine de la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires. M. C doit être regardé comme se prévalant, au titre des droits à la défense, de son droit d'accès direct, à tout moment, à son dossier étudiant. Si M. C est fondé à soutenir que la directrice de la formation ne pouvait pas régulièrement lui refuser le droit d'accès direct aux informations contenues dans son dossier individuel, lorsque l'intéressé en a sollicité la communication, il n'est pas contesté que celui-ci a reçu communication de son entier dossier, dès la saisine de la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires, le 28 janvier 2020. Dès lors qu'il a pu consulter son dossier conformément aux dispositions de l'article 21 de l'arrêté du 21 avril 2007, les modalités de communication de son dossier n'ont pas été susceptibles d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision attaquée, ni n'ont privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'illégalité.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte rendu de l'entretien du 27 janvier 2020, que la directrice de l'institut de formation a introduit l'entretien en expliquant que celui-ci avait pour objet de déterminer l'opportunité d'une présentation devant la section compétente pour le traitement des situation disciplinaires et a clairement affirmé que l'entretien constituait une " rencontre réglementaire et qu'à l'issue de cet entretien, elle pourra déterminer ou non l'opportunité d'une présentation devant une section disciplinaire ". La directrice de l'IFP a ainsi régulièrement jugé l'opportunité de présenter M. C à la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires à l'occasion de l'entretien du 27 janvier 2020. Si M. C se prévaut de ce qu'un étudiant aurait constaté la présence dans le bureau de la directrice d'un dossier indiquant " Victor C, section disciplinaire, 14 février 2020 " préalablement à la tenue de l'entretien du 27 janvier 2020, une photographie de la pochette, produite en défense fait état de ce que le nom de M. C n'était pas mentionné. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de l'arrêté du 21 avril 2007 dans sa version issue de l'arrêté du 17 avril 2018 : " Les décisions de la section font l'objet d'un vote à bulletin secret. Les décisions sont prises à la majorité. En cas d'égalité de voix, la voix du président de section est prépondérante. / Tous les membres ont voix délibérative. / La décision prise par la section est prononcée de façon dûment motivée par celle-ci et notifiée par écrit, par le président de la section, au directeur de l'institut à l'issue de la réunion de la section. / Le directeur de l'institut notifie par écrit, à l'étudiant, cette décision, dans un délai maximal de cinq jours ouvrés après la réunion. Elle figure dans son dossier pédagogique. / La notification doit mentionner les voies de recours et les délais selon lesquels la décision peut être contestée. ".

6. Les modalités de notification des décisions administratives n'ont d'incidence que sur l'opposabilité des voies et délais de recours au requérant. La durée excessive de notification de la décision attaquée, en méconnaissance de l'article 29 de l'arrêté du 21 avril 2007, est ainsi sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que par un courrier envoyé le 15 février 2020 et pour lequel il a été avisé le 18 février 2020, la directrice de l'IFP a assuré la notification de la décision attaquée dans le délai de cinq jours ouvrés suivant la décision attaquée du 14 février 2020. Par ailleurs, M. C a également reçu notification de la décision attaquée par voie de courriel, le jour de la décision attaquée, dont l'administration produit l'accusé de réception numérique. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, rien ne s'oppose à ce que la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires se soit prononcée dans une composition identique à celle ayant prise la sanction du 14 octobre 2019, suspendue par le tribunal et retirée par l'administration. Cette seule circonstance, alors que M. C ne se prévaut d'aucune animosité des membres de la section à son égard, ne saurait suffire à mettre en doute l'impartialité de la section. D'autre part, M. C ne peut pas utilement se prévaloir du défaut d'impartialité de la directrice de l'institut de formation, qui n'est pas l'autorité administrative ayant prononcé la sanction discipline à son encontre, mais celle ayant lancé les poursuites disciplinaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité en tant que principe général du droit doit être écarté.

8. En tout état de cause, la procédure au terme de laquelle l'institut IFP " Mary Thieullent " du centre hospitalier du Havre exerce son pouvoir disciplinaire n'entre pas dans le champ d'application de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que M. C ne peut pas utilement se prévaloir de la méconnaissance du droit à un procès équitable sur le fondement de ces stipulations.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Aux termes de l'article L. 521-4 de ce code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-13 du même code : " L'ordonnance prend effet à partir du jour où la partie qui doit s'y conformer en reçoit notification ".

10. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte que lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d'une décision administrative et qu'il n'a pas été mis fin à cette suspension - soit, par l'aboutissement d'une voie de recours, soit dans les conditions prévues à l'article L. 521-4 du code de justice administrative, soit par l'intervention d'une décision au fond - l'administration ne saurait légalement reprendre une même décision sans qu'il ait été remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension.

11. Dès lors que l'ordonnance du juge des référés du 20 décembre 2019 n'est pas revêtue de l'autorité de la chose jugée, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait une telle autorité. A supposer que M. C entende se prévaloir du caractère exécutoire et obligatoire de l'ordonnance des juges des référés ayant suspendu la sanction prononcée à son encontre le 14 octobre 2019, il ressort des pièces du dossier que le juge des référés a retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la sanction du 14 octobre 2019 en se fondant sur les moyens tirés des vices de procédure et des erreurs de faits. Toutefois, la décision attaquée, qui prend une nouvelle sanction à l'encontre de M. C après le retrait de celle du 14 octobre 2019 par l'administration, a été signée par une autre autorité et tient compte de l'enquête administrative menée du 7 au 16 janvier 2020, postérieurement au retrait de la précédente sanction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'ordonnance du juge des référés du 20 décembre 2019 ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 28 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " A l'issue des débats, la section peut décider d'une des sanctions suivantes : / -avertissement, / -blâme, / -exclusion temporaire de l'étudiant de l'institut pour une durée maximale d'un an, / -exclusion de l'étudiant de la formation pour une durée maximale de cinq ans. ". Aux termes de l'article 12 du règlement intérieur de l'IFP " Mary Thieullent " : " Le comportement des personnes, notamment : actes, attitudes, propos ou tenue, ne doit pas être de nature à : / porter atteinte au bon fonctionnement de l'institut de formation / créer une perturbation dans les activités d'enseignement / porter atteinte à la santé, l'hygiène et la sécurité des personnes et des biens / ne pas respecter le secret professionnel / D'une manière générale, le comportement des personnes doit être conforme aux règles communément admises en matière de respect d'autrui et de civilité, ainsi qu'aux lois et règlements en vigueur. ".

13. D'une part, la décision attaquée est fondée sur les griefs présentés devant la section compétente pour les situations disciplinaires d' " intimidation verbale et physique " , de " propos dégradants récurrents à caractère raciste, misogyne et homophobe ", de " menaces", de " visionnage d'images à caractère pornographique devant ses collègues " et de " propos inappropriés vis-à-vis de la profession et de ses valeurs ". Il ressort des pièces du dossier qu'une enquête administrative a été menée par la directrice de l'institution de formation en soins infirmiers afin d'établir les faits reprochés à M. C fondant la sanction attaquée. Les parties produisent à l'instance les comptes rendus des 36 entretiens réalisés dans le cadre de cette enquête ainsi que le dossier scolaire et professionnel de M. C.

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. C a été qualifié d'inapproprié et d'agressif par un grand nombre d'étudiants. Il ressort également des pièces du dossier et notamment d'une série d'entretiens concordants relatant des faits intervenus entre septembre 2017 et juillet 2019 que M. C a visionné des vidéos pornographiques à la cafeteria de l'institut, qu'il a montré des photographies à caractère sexuel à ses collègues sur le temps de travail, qu'il a, régulièrement, eu des propos sexuels lors des cours en travaux dirigés, qu'il a eu des gestes inappropriés et sexuels à répétition envers une étudiante en raison de l'homosexualité de celle-ci, qu'il a insulté certaines étudiantes, qu'il a tenu des propos sexuels devant des patients à l'occasion de ses stages, et enfin, qu'il aurait affirmé à ses collègues ne pas vouloir effectuer certains actes de soin intime dans le cadre du traitement des patients et n'avoir un intérêt pour la profession pour des raisons exclusivement pécuniaires. En outre, il ressort également de ces entretiens que M. C se serait vanté et aurait fait état de faits de violence ayant conduit à sa condamnation pénale dans le cadre de précédentes fonctions. Au demeurant, si les faits relatés du 2 juillet 2019, concernant une bouteille d'eau renversée sur la tête d'une étudiante depuis une salle de classe où se trouvait M. C, ne permettent pas d'établir clairement que M. C aurait menacé l'étudiante, il est établi par les descriptions de cet évènement par l'ensemble des étudiants y ayant assisté que M. C a eu une dispute avec cette étudiante, au cours de laquelle le ton est monté. La circonstance que M. C produise des témoignages d'étudiants de sa promotion faisant état de son bon comportement et de sa bonne entente avec ses collègues ne permet pas de remettre en cause la matérialité des faits qui est établie par les propos concordants de dizaines d'étudiants de la promotion ayant été entendus séparément par la directrice ou la directrice adjointe de l'IFP dans le cadre de l'enquête administrative menée en janvier 2020. L'ensemble des faits précités, suffisamment établis par les pièces du dossier, sont fautifs et de nature à justifier une sanction disciplinaire fondée sur la méconnaissance de l'article 12 du règlement intérieur de l'IFP, relatif au comportement général des étudiants. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 4312-1 du code de la santé publique : " Les dispositions du présent chapitre constituent le code de déontologie des infirmiers. Elles s'imposent à tout infirmier () ainsi qu'aux étudiants en soins infirmiers () ". Aux termes de l'article R. 4312-9 du même code : " L'infirmier s'abstient, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 4312-11 du même code : " L'infirmier doit écouter, examiner, conseiller, éduquer ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient, notamment, leur origine, leurs mœurs, leur situation sociale ou de famille, leur croyance ou leur religion, leur handicap, leur état de santé, leur âge, leur sexe, leur réputation, les sentiments qu'il peut éprouver à leur égard ou leur situation vis-à-vis du système de protection sociale. / Il leur apporte son concours en toutes circonstances. /Il ne doit jamais se départir d'une attitude correcte et attentive envers la personne prise en charge. ". Et enfin, aux termes de l'article R. 4312-25 du même code : " Les infirmiers doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité. / Ils se doivent assistance dans l'adversité. Il est interdit à un infirmier, quel que soit le moyen ou le support de communication utilisé, d'en calomnier un autre, de médire de lui ou de se faire l'écho de propos capables de lui nuire dans l'exercice de sa profession. / Un infirmier en conflit avec un confrère doit rechercher la conciliation, au besoin par l'intermédiaire du conseil départemental de l'ordre. ".

16. Si M. C fait état de son dossier scolaire et professionnel selon lequel son comportement et ses capacités professionnelles ont donné entière satisfaction à l'occasion des stages, il ressort des faits retenus à l'encontre de l'intéressé, eu égard aux obligations déontologiques rappelées au point précédent qui s'appliquent également aux étudiants en soins infirmiers, que le comportement de M. C est constitutif de fautes graves et répétées. Compte tenu des faits rappelés aux points 12 à 14 du présent jugement, la sanction disciplinaire d'exclusion de la formation pour une durée de cinq ans, motivée par le comportement inapproprié de M. C tant envers les autres étudiants de la formation qu'envers les patients, dès lors que l'intéressé a affirmé ne pas vouloir effectuer certains soins intimes sur les patients, en méconnaissance des valeurs et des principes déontologiques de la profession, n'est pas disproportionnée, alors même qu'il s'agit de la sanction la plus lourde prévue par l'article 28 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2020 l'excluant pour une durée de cinq ans de sa formation en soins infirmiers.

Sur les frais du litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du groupe hospitalier du Havre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par le groupe hospitalier du Havre au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du groupe hospitalier du Havre tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au groupe hospitalier du Havre.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme D et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

B. A

La présidente,

P. Bailly La greffière

A. Hussein

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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