jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2001881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BEUVIN - RONDEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai 2020 et 31 août 2022, M. J C, Mme I M épouse C, M. G C, M. D C, Mme H C, M. K C, M. E C et M. A C, représentés par Me Rondel, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à M. J C une somme de 15 000 euros, à Mme I M épouse C, une somme de 15 000 euros, à M. G C une somme de 6 000 euros, à M. D C une somme de 6 000 euros, à M. K C une somme de 6 000 euros, à M. E C, une somme de 6 000 euros et à M. A C, une somme de 15 000 euros, en réparation des préjudices subis du fait du décès de M. F C ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat doit être engagée pour faute simple du fait du défaut de vigilance et de surveillance de M. C, alors que les services pénitentiaires avaient été informés de l'état dépressif et suicidaire avéré de M. C, que des moyens ont été laissés à sa disposition lui permettant de mettre fin à ses jours et que M. C a été laissé seul dans sa cellule durant quatre heures, si bien que l'administration n'a pas pris des mesures de prévention suffisantes ;
- les frères et sœurs du détenu connaissent un préjudice de 6 000 euros chacun, les père, mère et enfant connaissent un préjudice de 15 000 euros chacun.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à la réduction des prétentions sollicitées.
Il fait valoir que :
- les fautes alléguées ne sont pas établies au regard notamment de l'absence d'indication du passage l'acte imminent de la part du détenu ;
- les requérants n'établissent pas suffisamment les liens qu'ils entretenaient avec le détenu ;
- à titre subsidiaire, le montant de l'indemnisation des préjudices doit être réduit.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,
- et les observations de Me Rondel, représentant M. C et autres.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C a été placé en détention provisoire le 22 août 2019. A la suite de sa condamnation pour des faits de violences et de menaces par le tribunal de grande instance de Dieppe, Mickaël C a été maintenu en détention le 23 août 2019 à la maison d'arrêt de Rouen. Le 25 août 2019, M. C s'est donné la mort par pendaison dans sa cellule. M. J C, Mme I M épouse C, M. G C, M. D C, Mme H C, M. K C, M. E C et M. A C, respectivement, père, mère, frères et sœurs ainsi que fils de M. F C demandent au tribunal de condamner l'Etat à réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du décès de leur parent. Par une demande préalable indemnitaire du 22 septembre 2022, restée sans réponse de la part de l'administration, les requérants ont demandé la réparation de leurs préjudices, liant ainsi le contentieux.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. La responsabilité de l'État en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier sur les antécédents de l'intéressé, son comportement et son état de santé, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
3. Lorsque les ayants droit d'un détenu recherchent la responsabilité de l'Etat du fait des services pénitentiaires en cas de dommage résultant du suicide de ce détenu, ils peuvent utilement invoquer à l'appui de cette action en responsabilité, indépendamment du cas où une faute serait exclusivement imputable à l'établissement public de santé où a été soigné le détenu, une faute du personnel de santé du service de l'établissement public de santé auquel est rattaché l'établissement pénitentiaire s'il s'avère que cette faute a contribué à la faute du service public pénitentiaire. Dans un tel cas, il est loisible à l'Etat, s'il l'estime fondé, d'exercer une action en garantie contre l'établissement public de santé dont le personnel a concouru à la faute du service public pénitentiaire.
4. En l'espèce, M. F C faisait l'objet d'un suivi et d'un traitement pour addiction et dépression à la date de son incarcération le 22 août 2019 et avait effectué des tentatives de suicide au mois de juin et juillet 2019, soit moins d'un mois avant son incarcération. Le 25 août 2019, après avoir refusé de se rendre en promenade à 14h30, M. C s'est suicidé par pendaison à l'aide d'une ceinture et de sac poubelle dans sa cellule. Son décès a été constaté le même jour à 18h30 après qu'un surveillant pénitentiaire a trouvé son corps à 17h40 au retour des promenades.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que les services pénitentiaires étaient informés, dès l'incarcération de l'intéressé, de son état dépressif, de ses antécédents suicidaires ainsi que de la nécessité qu'il fasse l'objet d'un suivi psychologique, notamment par des mentions dans les notices individuelles rédigées par le juge de la liberté et de la détention et par la substitut du procureur. Il résulte également de l'instruction que les évaluations du potentiel suicidaire et du potentiel dangerosité de l'intéressé du 24 août 2019 relèvent que, bien que ne se déclarant pas spontanément suicidaire, M. F C avait des antécédents de tentatives de suicide, des addictions et des problèmes de santé, et qu'il semblait en état de choc psychique, ou très anxieux et semblait dépressif. En outre, l'intéressé était en état de choc en raison de sa première incarcération et cherchait à justifier les faits ayant conduit à sa détention par son état dépressif et psychologiquement instable. Eu égard aux antécédents de l'intéressé, à son comportement et à son état de santé, l'administration pénitentiaire, qui avait connaissance dès le 23 août 2020 du risque suicidaire de M. C, ne pouvait raisonnablement pas ignorer, compte tenu des signalements effectués, le caractère prévisible d'un passage à l'acte suicidaire.
6. D'autre part, si l'administration fait état de ce que l'intéressé n'a été laissé seul en cellule qu'un faible laps de temps et qu'il était en cellule individuelle du " quartier arrivants " pour une courte durée, compte tenu ce que qui a été dit au point précédent, l'administration a mésestimé le risque de suicide imminent de l'intéressé en ne prenant aucune mesure de prévention autre que la consultation par un psychologue à son arrivée en détention, de nature à limiter les risques du passage à l'acte. Il résulte de l'instruction que M. C n'a pas fait l'objet de surveillance pendant environ quatre heures durant la période de promenade à laquelle il avait refusé de se rendre et que sa ceinture avait été laissée en sa possession alors que l'administration disposait de mesures de protection, notamment celle consistant à ôter au détenu le matériel lui permettant de passer à l'acte ou de s'assurer qu'il ne soit pas laissé seul et sans surveillance en cellule avec un tel matériel. Dès lors, l'administration pénitentiaire n'a pas pris les mesures adaptées, que l'on pouvait raisonnable attendre de sa part pour prévenir le suicide en laissant à la disposition de M. C une ceinture, à l'aide de laquelle il s'est pendu, alors en outre qu'il était affecté dans une cellule individuelle de sorte qu'aucun détenu ne pouvait le cas échéant contrecarrer un geste suicidaire. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le suicide de M. F C doit être considéré comme étant la conséquence directe du défaut de vigilance ou de surveillance fautif de la part des services pénitentiaires qui engage la responsabilité de l'Etat.
Sur les préjudices :
7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par les requérants en condamnant l'Etat à verser une somme de 10 000 euros à M. A C, fils de M. F C, une somme de 7 500 euros à ses parents, soit à M. J C, son père ainsi qu'à Mme I M, épouse C, sa mère et une somme de 4 000 euros à chacun de ses frères et sœurs, soit à M. G C, à M. D C, à M. K C, à M. E C et à Mme H C.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
9. La présente instance n'ayant comporté aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par les requérants tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent être que rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 7 500 euros à M. J C, une somme de 7 500 euros à Mme I M, épouse C, une somme de 4 000 euros à M. G C, une somme de 4 000 euros à M. D C, une somme de 4 000 euros à M. K C, une somme de 4 000 euros à M. E C, une somme de 4 000 euros à Mme H C et une somme de 10 000 euros à M. A C.
Article 2 : L'Etat versera aux requérants une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. J C, premier dénommé, en sa qualité de représentant unique des requérants, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
Mme L et Mme B, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La rapporteure,
B. B
La présidente,
P. Bailly La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026