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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2002082

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2002082

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2002082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantJAVELOT FREMY RENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 juin 2020, 23 novembre 2021 et 20 janvier 2022, la société civile immobilière M.G.B.J., représentée par Me René, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a mise en demeure de faire cesser la mise à disposition des locaux impropres à l'habitation dont elle est propriétaire au 3 rue Cousin à Rouen et lui a enjoint de procéder au relogement de l'occupant dudit logement ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'acte ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits, le local en litige n'étant pas impropre à l'habitation ;

- l'occupant ne justifiant d'aucun droit ni titre, c'est au prix d'une erreur de droit que le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation d'assurer le relogement de ce dernier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 août 2020 et 23 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- l'ordonnance n°2020-1144 du 16 septembre 2020, notamment son article 19 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Javelot, avocat de la SCI M.G.B.J.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que la SCI M.G.B.J. est propriétaire d'un local situé au 3 rue Cousin à Rouen, qu'elle a donné à bail par un acte sous seing privé du 26 août 2017. Elle a obtenu du tribunal d'instance de Rouen, par un jugement du 4 juin 2019, l'expulsion du locataire. Le service d'hygiène et de sécurité de la commune de Rouen ayant été saisi, il a été procédé à deux visites sur place, les 18 novembre et 12 décembre 2019, qui ont donné lieu à un rapport établi le 26 décembre 2019. A l'issue d'une procédure contradictoire, le préfet de la Seine-Maritime a, par un arrêté du 21 avril 2020, déclaré les locaux en cause impropres à l'habitation et fait obligation à la SCI M.G.B.J. d'assurer le relogement de l'occupant. Par la présente requête, la SCI M.G.B.J. conteste la légalité de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ". Le secrétaire général de la préfecture de la Seine-Maritime, qui a signé l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation consentie par le préfet du département par un arrêté du 13 septembre 2019, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte n'est pas fondé et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, dans leur version applicable à l'arrêté attaqué, qui est celle antérieure à celle issue de l'ordonnance du 16 septembre 2020 susvisée : " Les caves, sous-sols, combles, pièces dépourvues d'ouverture sur l'extérieur et autres locaux par nature impropres à l'habitation ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux. Le représentant de l'Etat dans le département met en demeure la personne qui a mis les locaux à disposition de faire cesser cette situation dans un délai qu'il fixe. Il peut prescrire, le cas échéant, toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès ou l'usage des locaux aux fins d'habitation, au fur et à mesure de leur évacuation. Les mêmes mesures peuvent être décidées à tout moment par le maire au nom de l'Etat. Ces mesures peuvent faire l'objet d'une exécution d'office ".

4. Le recours dont dispose le propriétaire d'un logement contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare ce logement impropre à l'habitation et prescrit les mesures nécessitées par les circonstances est un recours de plein contentieux. Il appartient au juge administratif de se prononcer d'après l'ensemble des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport établi le 26 décembre 2019 par l'inspecteur de salubrité du service de la commune de Rouen mais aussi du constat d'huissier dressé le 1er octobre 2020 que l'accès au local en litige, situé en contrebas d'un immeuble ancien, nécessite de descendre cinq marches et que celui-ci est enterré sur les trois quarts de sa hauteur sur toute sur sa surface et ne dispose d'aucun autre accès direct à l'extérieur. Si quatre fenêtres assurent un éclairage, celles-ci sont situées sur la partie haute du logement, au ras du sol naturel, à hauteur des gaz d'échappement des véhicules qui stationnent dans la cour et présentent une surface faible. En outre, l'éclairage de l'une d'elles apparait peu opérant en raison du rehaussement du sol et de la présence de véhicules automobiles stationnés à proximité immédiate de ladite ouverture et la vue vers l'extérieur depuis le logement est quasi inexistante. Par suite, compte-tenu de l'ensemble des éléments produits par les parties et notamment de l'enterrement très important de ce local, en retenant qu'il s'agissait d'un local impropre à l'habitation, le préfet de la Seine-Maritime a procédé à une qualification juridique exempte de l'erreur qui lui est reprochée.

6. En dernier lieu, s'agissant de l'obligation de relogement mise à la charge de la requérante, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, dans sa version applicable à l'arrêté en litige : " Les dispositions de l'article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation sont applicables aux locaux visés par la mise en demeure () ", et aux termes du III de l'article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsque les locaux sont frappés d'une interdiction définitive d'habiter et d'utiliser, les baux et contrats d'occupation ou d'hébergement poursuivent de plein droit leurs effets () jusqu'à leur terme ou jusqu'au départ des occupants () ". L'article L. 521-1 du même code définit l'occupant, au sens desdites dispositions, comme " le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale ".

7. Or ainsi qu'il a été rappelé, par le jugement mentionné au point 1, le tribunal d'instance de Rouen a constaté l'acquisition à compter du 27 septembre 2018 de la clause résolutoire insérée au contrat de bail conclu le 26 août 2017 entre la SCI requérante et le locataire et a ordonné la libération des lieux. Par suite, l'occupant du local appartenant à la SCI requérante n'était pas titulaire d'un droit réel et ne pouvait être regardé comme un occupant de bonne foi, compte-tenu de l'expulsion prononcée à son encontre. Le représentant de l'Etat ne pouvait dès lors sans erreur de droit mettre à la charge de la requérante une obligation de procéder au relogement de l'occupant.

8. Il résulte de ce qui précède que la SCI M.G.B.J. est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il lui fait obligation de procéder au relogement du locataire du bien dont elle est propriétaire.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SCI M.G.B.J. présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 21 avril 2020 est annulé en tant qu'il fait obligation à la SCI M.G.B.J. de reloger l'ancien occupant du local situé 3 rue Cousin à Rouen.

Article 2 : Les conclusions de la requête de la SCI M.G.B.J. sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI M.G.B.J., au ministre de la santé et de la prévention et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Copie pour information en sera adressée à la commune de Rouen.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Michel, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Jean-Luc Michel

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°200208

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