jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2002458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | CAPITAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2020 et un mémoire enregistré le 18 avril 2023, M. C B, représenté par Me Capitaine, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 36 832 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conséquences dommageables sont imputables aux actes commis par les agents pénitentiaires lors de la fouille réalisée le 6 octobre 2016 ;
- ces actes sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat pour faute ;
- il connait un préjudice de 30 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total ;
- il connait un préjudice de 936 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 30 % ;
- il connait un préjudice de 1 776 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 10 % ;
- il connait un préjudice de 2 790 euros au titre de l'incapacité temporaire totale ;
- il connait un préjudice de 3 300 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- il connait un préjudice de douleur de 8 000 euros ;
- il connait un préjudice de 5 000 euros au titre des incidences professionnelles liées à la persistance des douleurs sternales lors de gros efforts ;
- il connait un préjudice d'agrément de 10 000 euros ;
- il connait un préjudice moral de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 24 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut à la limitation du montant des préjudices.
Il fait valoir que les préjudices de M. B doivent être ramenés à de plus justes proportions.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen qui n'a pas produit à l'instance.
Vu :
- l'ordonnance n°19DA00013 du 1er août 2019 par laquelle le juge des référés, président-assesseur de la 2ème chambre de la cour administrative de Douai a annulé l'ordonnance n°1803445 du juge des référés du tribunal et a prescrit une mesure d'expertise et désigné l'expert judiciaire ;
- le rapport de l'expert judicaire enregistré le 21 octobre 2019 ;
- l'ordonnance du 4 novembre 2019 par laquelle le président de la cour administrative de Douai a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expert judiciaire à la somme de 1 000 euros et a mis ces frais et honoraires à la charge de M. B ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B a été incarcéré à la maison d'arrêt de Rouen entre le 6 octobre 2016 et le 24 août 2018. Par une ordonnance n°1803445, du 10 septembre 2018, le juge des référés du tribunal a ordonné une expertise visant à l'évaluation des préjudices subis par M. B et leur imputabilité à des faits de violences subis par l'intéressé le 6 octobre 2016 à l'occasion d'une fouille. Par une ordonnance n°19DA0013, du 1er août 2019, le juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai a annulé l'ordonnance du tribunal et ordonné la même expertise. Par une demande préalable indemnitaire du 12 mars 2020 adressé au garde des sceaux, ministre de la justice, M. B a demandé l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par la présente requête, M. B demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 39 832 euros.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 dans sa version en vigueur à la date des faits : " Les personnels de surveillance de l'administration pénitentiaire constituent, sous l'autorité des personnels de direction, l'une des forces dont dispose l'Etat pour assurer la sécurité intérieure. / Dans le cadre de leur mission de sécurité, ils veillent au respect de l'intégrité physique des personnes privées de liberté et participent à l'individualisation de leur peine ainsi qu'à leur réinsertion. / Ils assurent également la protection des bâtiments abritant les administrations centrales du ministère de la justice. / Ils ne doivent utiliser la force, le cas échéant en faisant usage d'une arme à feu, qu'en cas de légitime défense, de tentative d'évasion ou de résistance par la violence ou par inertie physique aux ordres donnés. Lorsqu'ils y recourent, ils ne peuvent le faire qu'en se limitant à ce qui est strictement nécessaire. "
3. Il résulte de l'instruction que deux surveillants pénitentiaires ont dressé un compte rendu d'incident le 6 octobre 2016 faisant état de ce que M. B a fait l'objet d'une fouille le premier jour de son incarcération à l'occasion de laquelle ils reconnaissent avoir fait usage de la force pour le contraindre à leur remettre des stupéfiants qu'il aurait cachés dans son rectum, puis tenté d'avaler. Il résulte des mentions mêmes de ce compte rendu d'incident que les surveillants pénitentiaires reconnaissent avoir maintenu M. B au sol par une clef de bras pour le menotter pendant que le détenu se débattait et avoir fait usage de la force pour " contenir " l'intéressé. En outre, M. B allègue sérieusement, sans être contredit, avoir été mis à terre avec une extrême violence et maintenu avec une forte pression exercée par le genou de l'un des agents pénitentiaires sur son sternum.
4. Il résulte également de l'instruction et notamment de certificats médicaux dressés les 7 octobre 2016 et 26 octobre 2016 par deux médecins que, à la suite des " contentions énergétiques " du sternum dont M. B a fait l'objet de la part des deux agents pénitentiaires lors de cette fouille, M. B souffrait d'une fracture du sternum. Selon ces certificats, l'anatomie de l'intéressé présente une excroissance au niveau du rectum qui peut être prise " pour un œil non averti, pour un objet mou ", M. B souffrait de douleur à la palpation et la respiration ainsi que d'érosion cutanée et se trouvait dans un état de perturbation psychologique.
5. Au surplus, à la suite de cette fouille, alors qu'il était blessé et en situation de détresse psychologique affirmant être prostré au sol, le requérant a été placé en cellule disciplinaire, jusqu'au lendemain lorsqu'il a bénéficié d'une prise en charge médicale. Si une procédure disciplinaire a été ouverte à l'encontre de M. B, ce dernier a été relaxé de toutes les poursuites le 31 octobre 2016.
6. Dans ces conditions, compte tenu de la nature des blessures de l'intéressé qui ne peuvent être liées qu'à l'usage d'une violence disproportionnée pour procéder à une fouille, la seule circonstance que les surveillants pénitentiaires aient fait usage d'une telle violence constitue un comportement fautif de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat.
Sur les préjudices :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions du rapport d'expertise remis le 16 octobre 2019, que les préjudices dont se prévaut M. B sont en lien direct et certain avec le comportement fautif des surveillants pénitentiaires dès lorsqu'ils ne concernent que les conséquences dommageables résultant des actes de violences dont l'intéressé a été victime et que la date de consolidation de l'état de santé de M. B a été fixée au 4 septembre 2018.
8. L'expert a relevé dans son rapport que M. B a souffert d'une fracture du sternum laissant en séquelles des douleurs sternales d'effort, à la respiration et à la palpation ainsi qu'une perturbation psychologique. L'expert relève qu'il a ainsi subi un déficit fonctionnel temporaire total s'agissant de la journée du 6 octobre 2016, un déficit temporaire partiel de 30% pour la période du 7 octobre 2016 au 19 janvier 2017, un déficit temporaire partiel de 10% pour la période du 20 janvier 2017 au 3 septembre 2018. Il sera fait une juste appréciation des préjudices tenant au déficit fonctionnel temporaire total d'un jour et aux déficits fonctionnels temporaires partiels, incluant également la réparation du préjudice subi en raison de l'incapacité temporaire totale de travail de 93 jours, en l'évaluant à une somme totale de 1 400 euros.
9. Compte tenu du déficit fonctionnel permanent, évalué à 2% par l'expert en tenant compte notamment des douleurs à l'effort, il sera fait une juste appréciation du préjudice tenant au déficit fonctionnel permanent en l'évaluant à la somme de 2 300 euros.
10. Il résulte de l'instruction que M. B a subi un préjudice à raison des souffrances endurées avant la consolidation de son état de santé, que l'expert a évaluées à 3 sur une échelle de 0 à 7, eu égard aux douleurs physiques et au retentissement psychique de l'incident. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à une somme de 3 700 euros.
11. Compte tenu du retentissement psychique des faits et du suivi psychologique dont M. B a fait l'objet durant la période de son incarcération, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par lui en l'évaluant à une somme de 1 800 euros.
12. En revanche, en l'absence d'éléments relatifs à la pratique du motocross de manière régulière avant son incarcération, M. B n'est pas fondé à se prévaloir d'un préjudice d'agrément qui, en l'espèce, ne présente pas un caractère certain. En l'absence d'éléments relatifs à l'exercice d'une activité professionnelle antérieurement ou postérieurement à son incarcération, le préjudice tiré des conséquences de ses blessures sur son activité professionnelle en raison de la persistance des douleurs sternales lors de gros efforts n'est pas non plus établi.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 9 200 euros en réparation des préjudices subis résultant directement des faits fautifs commis par les surveillants pénitentiaires le 6 octobre 2016.
Sur les dépens :
14. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre les dépens, constitués des frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidées à la somme de 1 000 euros à la charge définitive de l'Etat.
Sur les frais d'instance :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera une somme de 9 200 euros à M. B en réparation des préjudices subis par ce dernier.
Article 2 : Les honoraires et frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros, sont mis à la charge définitive de l'État.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 2 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au garde des sceaux, ministre de la justice et à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
Mme D et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
B. A
La présidente,
P. Bailly La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026