mercredi 31 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2002606 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL EMMANUELLE BOURDON ET CELINE BART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2020, l'association Œuvre Normande des Mères, représentée par la SELARL Bourdon et Bart, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 mai 2020 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 7 octobre 2019 autorisant le licenciement de M. C A, salarié protégé, et refusé de délivrer l'autorisation sollicitée.
L'association soutient que :
- la procédure de licenciement qu'elle a suivie n'était pas irrégulière, contrairement à ce qu'a estimé la ministre ;
- le reclassement du salarié était impossible ;
- c'est donc à bon droit que l'inspecteur du travail a délivré l'autorisation de licencier le salarié.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2020, M. C A, représenté par la SELARL Baudeu et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2022, la ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;
- les observations de Me Berbra, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a été recruté le 30 mai 2011 sous contrat à durée indéterminée par l'Œuvre Normande des Mères, association chargée de l'aide aux personnes en difficulté, en qualité de chef de service éducatif. M. A a été élu délégué du personnel, le 9 avril 2015 et son mandat, prorogé, le 1er avril 2019. Le 10 mai 2019, le médecin du travail l'a déclaré inapte à son poste de travail en raison d'une maladie reconnue comme professionnelle, l'année précédente. Le 6 septembre 2019, son employeur a saisi l'inspection du travail de la Seine-Maritime d'une demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude laquelle a été initialement refusé par l'inspecteur du travail au motif que le salarié n'avait pas été personnellement convoqué à la réunion du comité d'entreprise chargée de rendre un avis sur le projet de licenciement. Après avoir organisé une nouvelle réunion du comité d'entreprise, l'employeur a présenté une nouvelle demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude le 6 octobre 2019. L'inspecteur du travail a accordé cette autorisation par décision du 7 octobre 2019. M. A a formé un recours hiérarchique et la ministre du travail a, par la décision en litige du 12 mai 2020, annulé la décision de l'inspecteur du travail du 7 octobre 2019 et refusé d'autoriser le licenciement de M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 1226-10 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Cette proposition prend en compte, après avis du comité économique et social, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. () ". Les attributions du comité économique et social prévues par les dispositions précitées étaient exercées, jusqu'à la mise en place de ce comité, par les délégués du personnel.
3. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale.
4. Par ailleurs, lorsque le salarié a la qualité de salarié protégé, il résulte de l'article L. 1226-10 du code du travail que si, à l'issue de la procédure fixée par ces dispositions, il refuse les postes qui lui sont proposés et que l'employeur sollicite l'autorisation de le licencier, l'administration ne peut légalement accorder cette autorisation que si le comité économique et social, ou les délégués du personnel lorsque le comité n'a pas encore été constitué, a été mis à même, avant que soient adressées au salarié des propositions de postes de reclassement, d'émettre son avis en tout connaissance de cause sur les postes envisagés, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles de fausser cette consultation.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, salarié protégé, a été déclaré définitivement inapte à toute fonction dans l'établissement de Canteleu de l'Œuvre Normande des Mères par le médecin du travail, le 10 mai 2019 en raison d'une maladie reconnue comme d'origine professionnelle. A la suite de cet avis, l'employeur de M. A a engagé une procédure de licenciement en lui adressant, le 24 mai 2019, une convocation pour un entretien préalable fixé au 4 juin suivant. Dans ce cadre, l'Œuvre Normande des Mères a soumis au salarié, par un courrier en date du 4 juin 2019, une proposition de reclassement sur un poste de chef de service au Pôle Médico-Social de Dieppe. En vertu des dispositions de l'article L. 1226-10 du code du travail citées au point n°2 et des principes cités au point n°4, une telle proposition de reclassement ne pouvait être soumise par l'employeur au salarié qu'après la consultation des membres du comité économique et social ou des délégués du personnel. Il est constant, à cet égard, que les représentants du personnel n'ont été réunis que le 7 juin 2019, soit postérieurement à la proposition de reclassement adressée au salarié. Si l'Œuvre Normande des Mères fait valoir qu'elle pouvait valablement régulariser la procédure en convoquant une seconde fois les représentants du personnel, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier, et notamment pas des procès-verbaux particulièrement succincts des deux séances du comité d'entreprise en date respectivement des 7 juin et 22 août 2019 que les délégués du personnel ont été consultés sur la question du reclassement de M. A et que les postes pouvant être proposés à l'intéressé leur ont été présentés, aucune mention en ce sens n'étant portée dans ces documents. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, en tout état de cause, que des postes de reclassement ont été, à nouveau, proposés à M. A à l'issue de cette consultation. Au regard de cette double circonstance et des éléments précédemment exposés, la ministre du travail a pu, à bon droit, retenir le motif de refus d'autorisation du licenciement tiré de que la procédure suivie par l'employeur de M. A était irrégulière et de nature à ôter tout caractère sérieux à la recherche de reclassement.
6. Au surplus, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la procédure de licenciement de M. A a été engagée le 24 mai 2019, ainsi qu'il a été dit au point précédent, soit avant la consultation des représentants du personnel, laquelle n'est intervenue que le 7 juin 2019, s'agissant de la première réunion du Comité d'Entreprise, et, même, avant l'obtention, le 4 juin 2019, des résultats de la recherche de postes de reclassement, lancée le 20 mai 2019, auprès des directeurs d'établissements. Dans ces conditions, la recherche de reclassement ne peut être tenue pour loyale. Par suite, l'Œuvre Normande des Mères a entaché la procédure de licenciement de M. A d'une irrégularité substantielle de nature à fonder, à elle seule, le refus d'autorisation litigieux.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Œuvre Normande des Mères n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 mai 2020 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 7 octobre 2019 autorisant le licenciement de M. A. Ses conclusions formées en ce sens doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'association requérante qui a, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser à M. C A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'Œuvre Normande des Mères est rejetée.
Article 2 : L'Œuvre Normande des Mères versera une somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à l'Œuvre Normande des Mères et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Leduc, premier conseiller,
M. Bouvet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2022.
Le rapporteur,
C. B
La présidente,
A. GAILLARD
La greffière,
A. RAHILI
La République mande et ordonne au ministre du Travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2202606
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026