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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2003103

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2003103

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2003103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2020, M. B C, représenté par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 4 août 2017, 5 septembre 2018, 24 janvier 2019, 2 février 2019, 14 mars 2019, 6 juin 2019, 13 septembre 2019, 5 octobre 2019 et 25 mai 2020 ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision 48 SI du 15 mai 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nuls.

Il soutient que :

- aucune des décisions portant retrait de points ne lui a été notifiée ;

- il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route s'agissant des infractions relevées par procès-verbal électronique ;

- s'agissant des infractions relevées par radar automatique, l'administration ne rapporte pas la preuve qu'il aurait acquitté une amende forfaitaire majorée et qu'il aurait reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- il aurait dû recevoir ces informations au moment de la verbalisation ;

- il n'est pas établi, s'agissant des infractions dont l'amende a été payée au moment du constat de l'infraction, qu'il ait reçu les informations prévues.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut, d'une part, au non-lieu à statuer en ce qui concerne la demande d'annulation de la décision 48SI en tant qu'elle invalide son permis de conduire pour solde de points nul, et, d'autre part, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir :

- que les mentions relatives à l'infraction commise le 5 octobre 2019 ont été supprimées et qu'elle ne pouvait par conséquent plus entraîner de retrait de points ;

- qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. C ainsi que des écritures en défense du ministre de l'intérieur que les mentions relatives à l'infraction commise le 5 octobre 2019 ont été supprimées. Le permis de conduire de M. C, à la suite de cette modification, est redevenu positif, crédité de trois points. Ainsi, l'administration doit être regardée comme ayant implicitement mais nécessairement retiré cette décision de retrait de points ainsi que la décision référencée 48SI du 21 mai 2020 en tant qu'elle constatait l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé.

Sur le défaut de notification des retraits de points :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. C soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

Sur l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

S'agissant des infractions des 5 septembre 2018 et 25 mai 2020 :

5. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction entrainait le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

7. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C que ces deux infractions ont chacune fait l'objet d'un procès-verbal électronique mentionnant le retrait de points encouru et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ces procès-verbaux de constat comportent les mentions requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points dont il a fait l'objet à la suite de ces infractions seraient illégaux.

S'agissant des infractions des 4 août 2017, 24 janvier 2019, 2 février 2019 et 14 mars 2019 :

8. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que le requérant a payé les amendes forfaitaires afférentes à ces infractions, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)". Ainsi, le requérant a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'Intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

10. Enfin, les points retirés à la suite des infractions commises les 6 juin 2019 et 13 septembre 2019 ont été respectivement restituées les 19 février 2020 et 2 juin 2020, antérieurement à l'enregistrement de la requête. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions ne peuvent qu'être rejetées.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations de la requête présentée par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision faisant suite à l'infraction du 5 octobre 2019 ainsi que de la décision 48 SI du 21 mai 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

C. ALa greffière,

Signé

A. RAHILI

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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