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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2003349

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2003349

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2003349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLECLERCQ & TARTERET AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 août 2020 et 1er septembre 2021, M. et Mme D F, représentés par Me Malbesin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Sainte-Adresse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée le 9 juin 2020 par M. C en vue de la réalisation d'une extension d'une maison d'habitation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Adresse une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-36 du code de l'urbanisme dès lors que :

- le plan de masse produit à l'appui de la déclaration préalable en cause n'est pas côté en trois dimensions, que l'échelle indiquée est fausse et que les mesures mentionnées manuscritement ne sont ni proportionnelles, ni cohérentes entre elles ;

- aucun plan de coupe n'est produit à l'appui du dossier de déclaration préalable du projet en cause ; cette absence est préjudiciable en ce qu'elle ne permet pas au service instructeur d'apprécier l'importance des remblais réalisés sur le terrain et de vérifier le respect des règles de hauteur, dont le calcul s'effectue au point le plus bas de l'emprise de projet ;

- les seuls documents graphiques et photographiques produits à l'appui du dossier de déclaration préalable ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport à son environnement ;

- le dossier de déclaration préalable comporte volontairement des déclarations frauduleuses pour tenter d'échapper aux dispositions des articles UE7 et UE10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse ;

- il méconnaît l'article UE4 du règlement du plan d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse dès lors, d'une part, que le projet en cause ne prévoit aucun dispositif de collecte des eaux pluviales des deux toit-terrasses devant être réalisés, ni de dispositif de rejet dans le réseau situé en amont, et, d'autre part, que la prescription visant à la collecte et l'infiltration des eaux pluviales sur le terrain en cause est en contradiction avec ces dispositions ;

- il méconnaît l'article UE7 du règlement du plan d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse, dès lors que le projet en cause ne respecte pas les règles de distance prévues en matière de limites séparatives avec les parcelles cadastrées section AX nos 352 et 357 ;

- il méconnaît l'article UE10 du règlement du plan d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse, dès lors que la hauteur du projet en cause ne respecte pas ces dispositions ;

- il méconnaît l'article UE11 du règlement du plan d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse, dès lors que l'extension projetée ne s'insère pas de façon homogène dans son environnement, en particulier s'agissant de sa façade ;

- il méconnaît l'article UE12 du règlement du plan d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse, dès lors que le projet en cause ne prévoit la création d'aucune place de stationnement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 novembre 2020 et 28 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Tarteret, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- les requérants ne justifient d'aucun intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté contesté ;

- les moyens soulevés par M. et Mme F ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 février 2021 et 6 octobre 2021, la commune de Sainte-Adresse, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit prononcé, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, un sursis à statuer et qu'un délai dans lequel elle devra délivrer un nouveau permis de construire pour régulariser les éventuelles irrégularités du permis de construire initial soit fixé, à ce qu'il soit prononcé, en tant que de besoin, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, l'annulation partielle de l'arrêté contesté, et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient d'aucun intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté contesté ;

- les moyens soulevés par M. et Mme F ne sont pas fondés.

Par une lettre du 7 septembre 2022, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de surseoir à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pour permettre la régularisation des vices tirés de l'incomplétude et de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable (absence de plan de coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au projet du terrain, état initial et état futur ; absence de deux documents photographiques permettant de situer le terrain dans l'environnement proche et dans le paysage lointain), ainsi que de la méconnaissance de l'article UE7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse, l'absence de plan de coupe faisant apparaître le terrain naturel, ne permettant pas d'apprécier la hauteur du projet et donc la régularité de son implantation par rapport aux limites séparatives vis-à-vis des deux parcelles voisines (XE n° 352 et XE n° 357).

M. C, la commune de Sainte-Adresse et M. et Mme F ont, chacun, présenté des observations, enregistrées les 8, 12 et 19 septembre 2022, sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pour la régularisation de ces vices, qui ont été communiquées aux parties à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Malbesin, représentant M. et Mme F, ainsi que celles de Me Bodin, substituant Me Tarteret, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 février 2020, le maire de la commune de Sainte-Adresse a pris un arrêté portant non-opposition, assorti de prescriptions, à la déclaration préalable déposée le 10 janvier 2020 par M. C en vue de la réalisation d'une extension de sa maison d'habitation située au 95 rue du Carrousel sur la parcelle cadastrée section XE n° 356. Par courriers des 11 et 19 juin 2020, M. et Mme D F ont, par l'intermédiaire de leur conseil, demandé au maire de dresser un procès-verbal d'infraction aux règles de l'urbanisme au motif que la construction en cause, qui était en cours de réalisation, ne respecterait pas les plans produits à l'appui de la déclaration préalable mentionnée ci-dessus. Par arrêté du 18 juin 2020, le maire de la commune de Sainte-Adresse a procédé au retrait de l'arrêté du 17 février 2020. Le 9 juin 2020, M. C a déposé une nouvelle déclaration préalable, à laquelle le maire a fait droit par arrêté de non-opposition assorti de prescriptions en date du 26 juin 2020. Par leur requête, M. et Mme F demandent l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2020.

Sur la fin de non-revoir opposée par M. C et la commune de Saint-Adresse :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. M. et Mme F sont propriétaires de la parcelle cadastrée section XE n° 560 qui jouxte le terrain d'assiette du projet en cause, lequel consiste en l'édification d'une extension, composée de deux volumes cubiques superposés, d'une maison individuelle vers leur propriété. Il est constant que les deux volumes ainsi créés comportent des ouvertures vers la maison des requérants, qui est en outre située en contrebas de la propriété de M. C, et notamment une large baie vitrée, créant ainsi des vues sur la propriété des requérants. La construction envisagée doit par suite être regardée comme de nature à affecter directement les conditions de jouissance de la propriété des requérants. Ces derniers, en leur qualité de voisins immédiats du terrain d'assiette du projet, justifient dès lors d'un intérêt leur donnant qualité à agir. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par M. C et la commune de Sainte-Adresse doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de déclaration préalable :

5. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation d'urbanisme qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

S'agissant du plan de masse :

6. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, dans sa version alors en vigueur : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; () ".

7. S'il est constant que le plan de masse produit à l'appui de la déclaration préalable en cause n'est pas côté dans les trois dimensions, cette carence est compensée par deux documents graphiques, soit des plans en trois dimensions, qui permettent de connaître les dimensions du projet dans ses trois dimensions, et en particulier sa hauteur. En outre, la circonstance, à la supposer même établie, que l'un ou plusieurs des plans ne seraient pas proportionnels à la réalité est compensée par la circonstance que les cotes mentionnées sur les documents figurant dans le dossier de déclaration préalable sont identiques. Ainsi, l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable n'a pu être faussée. De plus, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait au pétitionnaire de mentionner la largeur et la longueur du terrain d'assiette. Cette branche du moyen doit, dès lors, être écartée.

S'agissant du plan en coupe :

8. L'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, dans sa version alors en vigueur, prévoit que le dossier joint à la déclaration préalable " est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

9. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 421-20 du code de l'urbanisme : " Dans le périmètre des sites patrimoniaux remarquables, les abords des monuments historiques, les sites classés ou en instance de classement et les réserves naturelles doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / () - les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et portant sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés ; () ".

10. Il est en l'espèce constant que le dossier de déclaration préalable ne comporte pas de plan en coupe précisant l'implantation de l'extension projetée par rapport au profil du terrain. Par ailleurs, les différents documents joints au dossier ne peuvent être regardés comme ayant permis au service instructeur d'apprécier les caractéristiques du projet par rapport au profil du terrain, le niveau de celui-ci ayant été modifié en vue de la construction de l'extension en cause, ainsi que cela ressort notamment des constats d'huissier produits dans le cadre de la présente instance. Enfin, cette omission peut être regardée, au vu des autres documents joints au dossier, comme ayant été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Cette branche du moyen doit, dès lors, être accueillie.

S'agissant de l'insertion du projet :

11. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, dans sa version alors en vigueur : " () Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. () ".

12. En l'espèce, le dossier de déclaration préalable comporte notamment une vue aérienne et des photographies du projet qui permettent d'apprécier l'insertion du projet d'extension par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, ainsi que son impact visuel. Toutefois, ce dossier ne comporte aucune photographie permettant de situer le terrain en cause dans l'environnement proche. En outre, il est constant que ce dossier ne comporte pas de photographie permettant de situer le terrain dans le paysage lointain, alors que les requérants établissent, par la production d'une telle photographie à l'appui de leur mémoire complémentaire, qu'une telle photographie était possible. Ces omissions peuvent être regardées, au vu des autres documents joints au dossier, comme ayant été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Cette branche du moyen doit, dès lors, être accueillie.

S'agissant de l'existence d'une fraude :

13. Une décision de non-opposition à déclaration préalable n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance de la décision de non opposition à déclaration préalable, de nature à affecter la légalité de celui-ci. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres dans le but de tromper l'administration sur la réalité du projet ou dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

14. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait volontairement procédé à des manœuvres consistant, d'une part, en l'omission d'indication des cotes exactes de l'extension projetée sur les plans joints au dossier de déclaration préalable, et, d'autre part, en le remblaiement d'une partie du terrain d'assiette dans le seul but de tromper le service instructeur sur la réalité du projet ou dans le but de d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

En ce qui concerne le respect des dispositions du plan local d'urbanisme :

15. En premier lieu, aux termes de l'article UE4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse : " () 2. Assainissement des eaux usées et pluviales (système unitaire) : toute construction ou installation le nécessitant doit être raccordée par des canalisations souterraines au réseau collectif d'assainissement en respectant ses caractéristiques. () ".

16. En l'espèce, l'article 2 de l'arrêté de non-opposition contesté prévoit que " les eaux pluviales des toitures du ou des bâtiments, ainsi que de toutes les surfaces imperméabilisées extérieures, devront être collectées et infiltrées sur le terrain (aucun rejet sur le domaine public) ". Les dispositions précitées de l'article UE4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse ont seulement pour objet de prévoir une obligation de raccordement au réseau d'assainissement des eaux usées et pluviales. Il est constant, en l'espèce, que la maison d'habitation, propriété de M. C, est raccordée au réseau collectif d'assainissement. Le maire de la commune de Sainte-Adresse a pu, dans ces conditions, sans méconnaître les dispositions de l'article UE4, prévoir que les eaux pluviales propres à la toiture de l'extension autorisée par la décision en litige devraient être collectées et infiltrées sur le terrain. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article UE7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse : " 1. () Toute construction ou installation doit être implantée, par rapport aux limites séparatives, à une distance au moins égale à la moitié de sa hauteur et jamais inférieure à 3 mètres. / Par exception, des dispositions autres pourront être adoptées : / () - Lorsqu'une construction est déjà implantée en limite séparative, une nouvelle construction édifiée sur le terrain limitrophe pourra jouxter cette limite séparative commune, à condition de s'inscrire dans le profil de la construction existante, et en respectant par rapport à la limite latérale opposée une distance au moins égale à la moitié de sa hauteur et d'au moins 3 mètres. () ".

18. Par ailleurs, le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse prévoit que " S'inscrire dans le profil d'une construction existante demande à ce que la nouvelle construction s'établisse dans le prolongement de la façade sur rue de la construction, ou respecte une marge de recul équivalente par rapport aux voies et emprises publiques. ".

19. L'absence de plan de coupe joint au dossier de demande de déclaration préalable en cause ne permet pas d'apprécier le respect, par le projet en litige, de la règle de distance par rapport à la limite séparative s'agissant des parcelles cadastrées section XE n° 352 et XE n° 357, qui doit être égale à au moins la moitié de la hauteur du bâtiment, en application des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UE7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse doit, en l'état de l'instruction, également être accueilli.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article UE10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse : " () La hauteur des constructions est calculée à partir du point le plus bas du terrain naturel de l'emprise projetée. / () 1. Dispositions applicables à l'ensemble de la zone UE () / La hauteur des constructions ne doit pas excéder : / () - dans le cas de toiture-terrasse : RDC + 1 (7,50 mètres à l'acrotère) () ".

21. Il ressort des pièces du dossier que la hauteur de l'extension projetée est, d'une part, en limite de la parcelle cadastrée section AX n° 352, de 3,50 mètres, et, d'autre part, de la parcelle cadastrée section AX n° 357, de 5,70 mètres à l'acrotère. Il est constant que l'exhaussement du terrain réalisé par le pétitionnaire en vue de l'édification de l'extension en litige est seulement de 60 cm. Il suit de là qu'alors même que le dossier de demande ne comporte pas de plan de coupe mentionnant l'état du terrain naturel initial et futur, la construction projetée respecte, en toutes hypothèses les dispositions précitées. La circonstance, à la supposer même établie, qu'un brise-vue a été réalisé sans être mentionné dans le projet de déclaration préalable est, quant à elle, sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article UE10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse doit être écarté.

22. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article UE11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse : " En vertu de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Les dispositions de cet article pourront être adaptées aux projets de construction intégrant des technologies compatibles avec la notion de développements durable (énergie solaire, éoliennes, aérothermie) et aux constructions et installations d'intérêt général. / 1. Les façades / Les façades devront présenter un aspect homogène () ". Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de l'arrêté attaqué.

23. Pour rechercher l'existence d'une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants de nature à fonder un refus d'autorisation, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

24. Il ressort des pièces du dossier que l'extension projetée doit être réalisée dans le périmètre du phare de la Hève, soit dans périmètre d'un monument historique, et que l'architecte des bâtiments de France a émis le 16 juin 2020 un avis favorable à ce projet. Cette extension sera construite en bois type Douglas, posé en claire-voie couleur miel, et comportera des menuiseries en aluminium noir. Si cette couleur bois n'est pas homogène avec la façade blanc cassé de la construction existante, le pétitionnaire fait valoir sans être contesté que les matériaux utilisés sont naturels et que le projet est ainsi compatible avec la notion de développement durable. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la façade de cette extension, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la diversité du bâti existant, notamment en termes de couleurs de façades, dans les environs proches, de la densité de ce bâti, qui masque en partie le projet et de ses dimensions modestes, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ou au paysage urbain, qui n'est altéré ni dans sa structure ni dans ses caractères essentiels. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UE11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse doit être écarté.

25. En dernier lieu, aux termes de l'article UE12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse : " Pour les constructions à usage d'habitation il est exigé : / () - 2 places de stationnement par logement ayant une surface de plancher habitable supérieure à 70 m² () ".

26. Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé, une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée pour la modification de cette construction, sous réserve de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, que si les travaux envisagés rendent l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues ou s'ils sont étrangers à ces dispositions. Pour l'application de cette règle, des travaux entrepris sur une construction existante qui n'impliquent pas la création de nouveaux logements mais seulement l'extension des logements existants doivent être regardés comme étrangers aux dispositions d'un plan local d'urbanisme imposant un nombre minimal de places de stationnement par logement.

27. Il ressort des pièces du dossier que la construction existante ne présente aucune place de stationnement en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UE12 du règlement du plan local d'urbanisme. Toutefois, les travaux d'extension projetés n'impliquent pas la création de nouveaux logements mais seulement l'extension de la construction existante et doivent ainsi être regardés comme étrangers aux dispositions précitées imposant un nombre minimal de places de stationnement par logement. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F sont fondés à soutenir que l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable est illégal.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

29. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

30. Les vices relevés aux points 10, 12 et 19 du présent jugement, tirés de l'incomplétude et de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable, ainsi que de la méconnaissance de l'article UE7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse, en raison de l'absence de plan de coupe faisant apparaître le terrain naturel, ne permettant pas d'apprécier la hauteur du projet et donc la régularité de son implantation par rapport aux limites séparatives vis-à-vis des deux parcelles voisines (XE n° 352 et XE n° 357), sont susceptibles d'être régularisés par un permis modificatif. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer et d'impartir à M. C un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour justifier auprès du tribunal de la régularisation des vices entachant l'arrêté en litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête n° 2003349.

Article 2 : M. C devra justifier, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de la délivrance d'un permis de construire modificatif permettant de régulariser les vices relevés aux points 10, 12 et 19 du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D F, à M. B C et à la commune de Sainte-Adresse.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme E et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

D. ELa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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