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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2003766

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2003766

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2003766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantAIT-TALEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2020, M. A C, représenté par Me Ait-Taleb, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de sa destination ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2018 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence valable un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant expulsion du territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à son édiction, de même que préalablement à l'édiction de l'arrêté du 17 octobre 2018 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 521-2 et L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version alors en vigueur, dès lors qu'il ne peut faire l'objet d'une expulsion ;

- la décision fixant le pays de sa destination a été prise en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à son édiction ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision prononçant son expulsion ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2018 sont irrecevables, dès lors qu'elles ont été formées après l'expiration du délai de recours contentieux ouvert à l'encontre de cet arrêté ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par des lettres des 6 juillet 2022 et 2 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de :

- l'irrecevabilité du moyen tiré de ce que l'arrêté du 10 août 2020 serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 17 octobre 2018 dès lors que ce dernier arrêté était devenu définitif à la date d'introduction de la requête de M. C ;

- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de M. C, qui est une décision confirmative de l'arrêté du 17 octobre 2018, devenu définitif, en tant que cet arrêté a fixé le pays de destination de l'intéressé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 octobre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 25 janvier 1974 à Alger, serait entré sur le territoire français à l'âge de six ans selon ses déclarations. Par un arrêté du 17 octobre 2018, le préfet de police a décidé de l'expulsion de l'intéressé du territoire français sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable, à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il est légalement admissible. Le 28 juin 2020, M. C a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen. Par un arrêté du 10 août 2020, le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont l'intéressé fait l'objet, en application de l'article L. 523-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa requête, M. C demande l'annulation des arrêtés des 17 octobre 2018 et 10 août 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Il résulte des dispositions de l'article R. 421-5 du même code que ce délai n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision.

3. Par l'arrêté attaqué du 17 octobre 2018, qui comporte l'indication des voies et délais de recours, le préfet de police a expulsé M. C du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué a été régulièrement présenté le 18 octobre 2018 à l'adresse indiquée par le requérant aux services préfectoraux mais que le pli a été retourné aux services de la préfecture avec la mention " Pli avisé, non réclamé ". Dans ces conditions, l'arrêté du 17 octobre 2018 doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à M. C à la date de première présentation du pli, soit le 18 octobre 2018, date à laquelle le délai de recours de deux mois a commencé à courir. Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2018 présentées à l'appui de la requête de M. C enregistrée au greffe du tribunal le 29 septembre 2020, sont, dès lors et ainsi que le fait valoir le préfet de police, tardives et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 août 2020 :

4. Ainsi que cela été rappelé au point précédent, l'arrêté du 17 octobre 2018 par lequel le préfet de police a notamment fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C, est devenu définitif, faute d'avoir été attaqué dans le délai du recours contentieux. En l'absence de circonstances nouvelles que le dossier ne fait pas apparaître, le préfet de la Seine-Maritime, en réitérant, par sa décision du 10 août 2020, la fixation, dans les mêmes termes, du pays de destination de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C, n'a fait que confirmer purement et simplement cette précédente décision. Dans ces conditions, les conclusions présentées par le requérant à l'encontre de l'arrêté du 10 août 2020 ne sont pas recevables.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas recevable à demander l'annulation des arrêtés des 17 octobre 2018 et 10 août 2020. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de police et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme D et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

D. DLa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de police et au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui les concernent, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

ah

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