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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2003772

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2003772

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2003772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLECLERCQ & TARTERET AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2020, M. B C, représenté par Me Tarteret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Sainneville lui a refusé la délivrance d'un permis de construire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2020 par lequel le maire de la commune de Sainneville a procédé au retrait du permis de construire qui lui avait été délivré tacitement et lui a refusé la délivrance d'un permis de construire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2020 par lequel le maire de la commune de Sainneville a procédé au retrait du permis de construire qui lui avait été délivré tacitement et lui a refusé la délivrance d'un permis de construire ;

4°) d'enjoindre à la commune de Sainneville de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Sainneville la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la procédure de retrait du permis de construire obtenu tacitement le 27 juillet 2020 est irrégulière, dès lors qu'elle n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- à titre subsidiaire, il appartient au maire de justifier de la compétence du signataire de l'arrêté du 20 août 2020 ;

- les arrêtés contestés méconnaissent les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le terrain en cause ne présente aucun risque pour la sécurité publique ;

- ils méconnaissent l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, dès lors que le terrain en cause se trouve dans une partie actuellement urbanisée de la commune.

Par des mémoires en défense enregistrés le 8 janvier 2021 et les 17 et 30 janvier 2023, la commune de Sainneville, représentée par Me Legendre, conclut au rejet de la requête et, dans le dernier état de ses écritures, à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 18 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

Le 20 janvier 2023, M. C a présenté une réponse à ce moyen susceptible d'être relevé d'office.

Le 30 janvier 2023, la commune de Sainneville-sur-Seine a présenté une réponse à ce moyen susceptible d'être relevé d'office.

Par un mémoire enregistré le 3 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Bodin, substituant Me Tarteret, représentant M. C, ainsi que celles de Me Legendre, représentant la commune de Sainneville.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est propriétaire d'un terrain situé 3 chemin Grénesé à Sainneville-sur-Seine, cadastré section B n° 333, sur lequel il a édifié sans autorisation une maison individuelle à usage d'habitation à ossature bois, d'une surface de 49,58 m². Le maire de la commune a dressé un procès-verbal d'infraction. Le 27 mai 2020, M. C a adressé un dossier de demande de permis de construire aux services de la commune. Par un arrêté du 27 juillet 2020, notifié au plus tôt le 31 juillet 2020, le maire de la commune de Sainneville a refusé de faire droit à sa demande. Par un courrier du 5 août 2020, M. C a sollicité la communication d'un certificat attestant de ce qu'il était titulaire d'un permis de construire tacite. Par un courrier du 10 août 2020, le maire de la commune a informé l'intéressé de son intention de retirer le permis de construire délivré tacitement le 27 juillet 2020. Par arrêtés des 10 et 20 août 2020, le maire de la commune a procédé au retrait de ce permis de construire tacite. Par sa requête, M. C demande l'annulation des arrêtés des 27 juillet 2020, 10 août 2020 et 20 août 2020.

2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; () ". Aux termes de l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () b) Permis de construire () tacite. () ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Enfin, l'article R. 423-22 de ce code dispose que : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ".

3. Il est constant que M. C a déposé, le 27 mai 2020, une demande de permis de construire auprès des services de la commune de Sainneville. Il n'est fait état, ni dans les arrêtés contestés, ni en défense, de ce que le dossier de demande n'aurait pas été complet. Dès lors, en application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, M. C était titulaire, le 27 juillet 2020, soit au terme d'un délai de deux mois à compter du 27 mai 2020, d'un permis de construire tacite. Ainsi, l'arrêté du 27 juillet 2020, notifié au plus tôt le 31 juillet 2020, doit être regardé comme portant, d'une part, retrait du permis de construire tacite dont M. C était bénéficiaire depuis le 27 juillet 2020, et, d'autre part, refus de la demande de permis de construire présentée par l'intéressé.

4. Par suite, les arrêtés des 27 juillet 2020, 10 août 2020 et 20 août 2020 présentent un objet et des motifs identiques, en ce qu'ils portent, d'une part, retrait du permis de construire tacite dont M. C était bénéficiaire, et, d'autre part, refus de la demande de permis de construire présentée par l'intéressé. Dans ces conditions, les arrêtés des 10 août 2020 et 20 août 2020 doivent être regardés comme ayant, implicitement mais nécessairement, également eu pour objet de retirer, respectivement, les arrêtés des 27 juillet 2020 et 10 août 2020, et ainsi de remplacer ces arrêtés.

5. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque le juge statue par une même décision sur les conclusions aux fins d'annulation de différentes décisions, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 20 août 2020 :

6. En premier lieu, si le requérant soutient que le signataire de l'arrêté du 20 août 2002 n'était pas compétent pour le signer, il ressort au contraire des pièces du dossier que le maire de la commune de Sainneville-sur-Seine a, par un arrêté n° 2020-014 du 9 juin 2020, régulièrement publié, donné délégation à M. E D, premier adjoint, pour exercer les fonctions liées, notamment, " à l'urbanisme ". Par suite, dès lors qu'il ressort des éléments produits en défense par la commune que M. E D a signé l'arrêté contesté, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté, nonobstant la mention " Le Maire / Denis Merville " figurant sous la signature de M. D.

7. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'arrêté du 20 août 2020 constitue une décision de retrait d'une décision créatrice de droit et figure ainsi au nombre des actes devant être motivés et devant faire l'objet d'une procédure contradictoire, en application des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 10 août 2020, le maire de la commune a notamment invité M. C à présenter, dans un délai de huit jours, ses observations sur son intention de procéder au retrait du permis tacite dont il bénéficie depuis le 27 juillet 2020. Ainsi, M. C a été mis en mesure de présenter ses observations préalables à l'arrêté du 20 août 2020. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

9. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité du projet aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

10. Il est en l'espèce constant que la parcelle dont M. C est propriétaire se situe dans le périmètre de protection de 60 mètres autour de l'indice de cavité souterraine n° 9 (parcelle napoléonienne), répertorié à l'inventaire du recensement des indices de cavités souterraines sur le territoire de la commune de Sainneville. Si le requérant soutient avoir sollicité les services d'une société pour procéder à la réalisation de sondages afin de délimiter le périmètre de cette cavité, il ne produit toutefois aucune pièce permettant de remettre en cause l'existence de cette cavité. Dans ces conditions, ce moyen, non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ".

12. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", soit en dehors des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par ces dispositions, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre l'urbanisation de la commune à des parties encore non urbanisées.

13. Pour procéder au retrait du permis de construire tacite dont M. C bénéficiait depuis le 27 juillet 2020 et refuser le permis de construire sollicité par celui-ci, le maire de la commune de Sainneville a notamment estimé que le terrain en cause est situé en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune.

14. Il est constant que le territoire de la commune de Sainneville n'est couvert par aucun plan local d'urbanisme, carte communale opposable aux tiers ou tout document d'urbanisme en tenant lieu. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en cause, dont il n'est pas contesté qu'il est relié aux réseaux publics de distribution d'eau et d'électricité et est desservi par une impasse débouchant sur une voie publique, se situe dans un hameau de la commune, à plus d'un kilomètre du bourg. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et photographies produits, que ce terrain est bordé, à l'ouest, par des parcelles non construites, constituées principalement par de vastes champs agricoles. Au sud, ce terrain est bordé par une parcelle non construite, laquelle jouxte, uniquement au sud, des parcelles comportant une dizaine de maisons individuelles. Au nord de ce même terrain se trouvent tant des parcelles construites, soit environ cinq maisons individuelles, que non construites, constituées par des champs. Enfin, à l'est, la parcelle du terrain d'assiette du projet en litige jouxte une parcelle déjà construite, sur laquelle est implantée une maison d'habitation, les parcelles suivantes étant, pour la première d'entre elles, construite, les suivantes ne l'étant pas et étant constituées de vastes champs. Ainsi, au vu de la configuration des lieux, le projet en cause ne peut être regardé comme s'insérant dans une partie actuellement urbanisée de la commune. Il suit de là que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire a pu, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, anciennement codifiées à l'article L. 111-1-2 du même code, prendre l'arrêté en litige.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé, par les moyens qu'il invoque, à demander l'annulation de l'arrêté du 20 août 2020 du maire de la commune de Sainneville.

En ce qui concerne la légalité des arrêtés des 27 juillet 2020 et 10 août 2020 :

16. Eu égard à ce qui précède, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation des arrêtés des 27 juillet 2020 et 10 août 2020, l'arrêté du 20 août 2020 ayant implicitement mais nécessairement eu pour effet de retirer ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions susvisées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainneville, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Sainneville au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 27 juillet 2020 et 10 août 2020 du maire de la commune de Sainneville portant retrait du permis de construire tacite dont bénéficiait M. C et refus de sa demande de permis de construire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la requête de la commune de Sainneville sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Sainneville.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme F et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

D. FLa présidente,

Signé

P. BaillyLa greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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