vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2003774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2020, et un mémoire en réplique enregistré le 29 avril 2021, la commune de Saint-Georges Motel, M. D E et Mme C A, représentés par la Selarl Treguier Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 7 juillet 2020 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols de l'année 2019, notifié par courrier simple en date du 29 juillet 2019 par le préfet de l'Eure à la commune de Saint-Georges-Motel ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence négative dès lors que les ministres se sont crus à tort liés par l'avis de la commission interministérielle du 30 juin 2020 ;
- la régularité de la composition de la commission interministérielle lors de sa séance du 30 juin 2020 n'est pas établie et entache la procédure d'édiction de l'arrêté d'irrégularité entraînant son illégalité ;
- la commission interministérielle n'a pas procédé à un examen approfondi de la situation de la commune ;
- l'obligation de motivation prévue à l'article L. 125-1 du code des assurances n'a pas été respectée ;
-la méthode d'évaluation de l'état de catastrophe naturelle est injustifiée et entachée d'erreur de droit ;
-la méthode d'évaluation de l'état de catastrophe naturelle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les éléments produits par la commune permettent de démontrer l'état de catastrophe naturelle et que les situations de M. E et Mme A sont en lien direct avec le phénomène climatique observé en 2019 sur le territoire de la commune.
Par un mémoire enregistré le 10 novembre 2020, le préfet de l'Eure conclut à son incompétence pour défendre ce dossier.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par la Selas Arco-Legal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens présentés par la commune n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Saint-Georges-Motel a demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période allant du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019. Le 30 juin 2020, la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles a émis un avis défavorable sur cette demande au motif que les phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols survenus au cours de la période en cause sur tout ou partie du territoire de la commune ne présentaient pas une intensité anormale. Par un arrêté interministériel du 7 juin 2020, le ministre de l'intérieur, le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'action et des comptes publics, ont rejeté la demande de reconnaissance de la commune. Le préfet de l'Eure a notifié cet arrêté à la commune par lettre du 29 juillet 2020. Par la présente requête, la commune de Saint-Georges-Motel et deux de ses habitants, M. E et Mme A, demandent l'annulation de l'arrêté interministériel du 7 juin 2020.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats./ () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises./ L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation () ". La circulaire du 27 mars 1984 a institué une commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles pour donner aux ministres compétents un avis sur les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dont ils sont saisis.
3. En premier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que les ministres auteurs de l'arrêté litigieux ont, notamment, sollicité différents avis de la commission interministérielle relative à l'indemnisation des victimes de catastrophe naturelle avant de se prononcer définitivement sur la demande de la commune requérante, qu'ils ont repris à leur compte les éléments d'appréciation retenus par ladite commission et ont suivi sa position sur le cas de la commune de Saint-Georges-Motel, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'ils se seraient estimés liés par l'avis ainsi émis par la commission. Le moyen tiré de ce que les ministres n'auraient pas exercé leur entière compétence ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent qu'il n'est pas démontré que, lors de la séance du 30 juin 2020, au cours de laquelle la demande de la commune de Saint-Georges-Motel a été examinée par la commission, cette dernière était régulièrement composée au regard des dispositions de l'article 4 de la circulaire du 27 mars 1984, les requérants n'établissent pas que l'irrégularité ainsi alléguée aurait exercé, en fait, une influence sur les décisions attaquées. Il suit de là que le moyen, qui, au demeurant, compte tenu de la production de la liste d'émargement manque en fait, doit être écarté.
5. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la commission n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la commune, la circonstance qu'ils invoquent que la commission s'est prononcée sur les demandes de quatorze communes au cours de la même séance ne permet pas d'établir que la commission n'aurait pas procédé, pour cette seule raison, à l'examen particulier de la situation de la commune de Saint-Georges-Motel. Il ressort, en outre, de la lettre de notification de l'arrêté contesté que la commission a examiné la situation de la commune de Saint-Georges-Motel.
6. En quatrième lieu, si les dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances exigent que la décision des ministres soit notifiée postérieurement à la publication de l'arrêté, par le représentant de l'Etat dans le département à chaque commune concernée, accompagnée de sa motivation, elles ne sauraient être interprétées comme imposant une motivation en la forme de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle qui serait une condition de légalité de ce dernier. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, du fait de l'absence de motivation de sa lettre de notification, doit être écarté comme inopérant.
7. En cinquième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances précitées que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance, sur le territoire, de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet égard, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utiles de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de notification, que pour instruire les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur deux critères cumulatifs, un critère géologique et un critère météorologique, examinés au regard des études réalisées par Météo France pour les données météorologiques, et par le BRGM pour les données géologiques. Aux termes de cette méthode, le critère géologique est rempli lorsqu'au moins 3% du territoire communal est composé de sols sensibles aux mouvements de terrain. S'agissant du critère météorologique, Météo France, utilisant l'ensemble des données pluviométriques présentes dans la base de données climatologiques, modélise le bilan hydrique de l'ensemble du territoire français à l'aide d'une grille composée d'un maillage de plus de 9 000 mailles, chacune ayant huit kilomètres de côté. Pour chaque maille est évalué le seuil à partir duquel le phénomène de retrait-gonflement issu de la sécheresse est considéré comme intense et anormal. La méthode retenue est basée sur des modèles simulant les échanges d'eau et d'énergie entre le sol et l'atmosphère (modèle ISBA), prenant en compte le ruissellement et le drainage (modèle MODCOU) et les variables atmosphériques près de la surface (modèle SAFRAN). La teneur en eau des sols est représentée par le paramètre SWI, sur lequel se base Météo France, qui est un indice d'humidité du sol, intégrant l'humidité de la zone racinaire et de la zone profonde. Sont examinés, pour chaque saison de l'année, l'indicateur d'humidité des sols et la durée de retour de cet indicateur par comparaison aux indicateurs d'humidité des sols des années précédentes. Pour que l'intensité anormale de l'épisode de sécheresse soit retenue, la durée de retour doit être supérieure ou égale à 25 ans.
9. Il ressort des pièces du dossier que pour le territoire de la commune de Saint-Georges-Motel, compris dans les mailles 1554, 1555, 1670 et 1671, si le critère géologique a été rempli, le critère météorologique ne l'a pas été, pour aucune des saisons de l'année. Si la commune requérante soutient que le ministre aurait dû tenir compte de la présence d'argile dans les sols de la commune, il ressort des pièces du dossier que la nature argileuse de ces sols a été prise en compte. En outre, les éléments produits par la commune, et la circonstance que des désordres de fissuration ont été constatés sur des immeubles de la commune notamment ceux de M. E et Mme A, s'ils attestent de l'existence de dommages matériels imputables à la sécheresse et la réhydratation des sols, ne suffisent pas à contredire les données desquelles il résulte que ce phénomène ne présentait pas, pour la période considérée, une intensité anormale. Enfin, la commune de Saint-Georges-Motel ne fournit aucun élément, notamment météorologique, de nature à remettre en cause l'évaluation de l'intensité du phénomène de sécheresse résultant de l'application de la méthodologie décrite au point précédent. Par suite, les moyens tirés de ce que la méthode d'appréciation utilisée serait injustifiée, et qu'elle serait entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation relativement aux critères utilisés doivent être écartés.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme que les requérants demandent sur leur fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges Motel, de M. E et de Mme A la somme que l'Etat demande au titre des frais exposés dans le litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Saint-Georges-Motel, de M. E et de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Georges-Motel, à M. D E, à Mme C A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Catherine Boyer, présidente,
Mme Clémence Galle, première conseillère,
Mme Eugénie Garona, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
La présidente- rapporteure,
Signé :
C. B
L'assesseure la plus ancienne,
Signé :
C. GalleLe greffier,
Signé :
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026