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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2004124

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2004124

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2004124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMASSARDIER JULIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2020, M. C B, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes confirmant la décision de la commission de discipline de Rouen du 26 août 2020, n° 20120000452, prise à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision contestée est illégale, dès lors que la décision de fouille intégrale dont il a fait l'objet le 13 juillet 2020 n'est pas annexée au dossier de procédure disciplinaire ;

- elle est illégale, dès lors que les critères de nécessité et de proportionnalité de cette fouille ne peuvent pas être appréciés ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ; il n'a pas tenu les propos injurieux qui lui ont été attribués.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B était incarcéré au centre de détention de Val-de-Reuil. Par une décision du 26 août 2020, le président de la commission de discipline de ce centre pénitentiaire l'a sanctionné de zéro jour de cellule disciplinaire, cette décision emportant révocation automatique du sursis des dix jours de cellule disciplinaire prononcés le 17 juin 2020 à son encontre dans le cadre de la procédure n° 2020000297. Saisie d'un recours administratif contre cette décision, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes l'a rejeté et a confirmé la sanction par décision implicite née le 7 octobre 2020 du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressé. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues aux articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3, en trois degrés. ". Aux termes de l'article R. 57-7-1 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 57-7-56 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " Si, au cours du délai de suspension de la sanction, la personne détenue commet une nouvelle faute donnant lieu à une sanction, quels que soient la nature ou le degré de cette faute, le sursis est, sauf décision contraire du président de la commission, révoqué de plein droit. La première sanction est alors exécutée cumulativement avec celle afférente à la seconde faute. / Toutefois, lorsque les deux sanctions sont de même nature, leur durée cumulée ne peut excéder la limite du maximum prévu, pour la faute la plus grave, par les articles R. 57-7-33 à R. 57-7-37, R. 57-7-41, R. 57-7-42, R. 57-7-47 et R. 57-7-48. () ".

4. Enfin, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le sursis de la sanction du 17 juin 2020 de dix jours de cellule disciplinaire dont il a fait l'objet a été révoqué de plein droit " par oubli " de l'administration pénitentiaire. D'autre part, M. B doit être regardé comme soutenant que les faits qui lui sont reprochés sont matériellement inexacts. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un compte-rendu d'incident établi le 13 juillet 2020, que l'intéressé a insulté deux agents pénitentiaires lors d'une fouille intégrale dont il a fait l'objet ce même jour. Si le requérant conteste avoir tenu de tels propos, il n'apporte cependant aucun élément à l'appui de ses écritures de nature à remettre en doute les faits relatés dans le compte-rendu d'incident mentionné ci-dessus, alors qu'il ressort au demeurant des pièces du dossier qu'il a reconnu ces faits lors des déclarations qu'il a effectuées à l'occasion de l'édiction du rapport d'enquête relatif à ces mêmes faits. Il suit de là que les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation de la situation du requérant et que les faits reprochés au requérant ne seraient pas matériellement établis doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, dans sa version alors en vigueur : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. () ".

7. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire sur les détenus, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. La conformité des fouilles intégrales aux dispositions précitées de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 ne conditionne pas la légalité des preuves recueillies lors de ces fouilles. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision de fouille dont M. B a fait l'objet le 13 juillet 2020 n'est pas annexée au dossier de procédure disciplinaire doit être écarté comme inopérant.

8. En dernier lieu, pour le même motif que celui exposé au point précédent, le moyen tiré de ce que les critères de nécessité et de proportionnalité de la fouille dont M. B a fait l'objet ne peuvent être appréciés est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté le recours préalable obligatoire qu'il avait formé à l'encontre de la décision du 26 août 2020. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête relatives aux frais liés au litige.

Sur les dépens :

10. La présente instance n'ayant comporté aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par M. B relatives aux dépens ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme D et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

D. DLa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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