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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2004148

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2004148

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2004148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantCHALOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 octobre 2020 et 4 octobre 2022, M. D E, représenté par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la sanction disciplinaire prononcée le 9 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision de poursuite ne mentionne pas l'identité de son signataire en méconnaissance du principe d'impartialité et des articles R. 57-7-5 et R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le rédacteur du compte rendu d'incident n'est pas clairement identifié en méconnaissance des articles L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration et R. 57-7-13 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E est incarcéré depuis le 18 juillet 2018 au centre de détention de Val de Rueil. Par une décision du 9 septembre 2020, le directeur du centre de détention de Val-de-Reuil a prononcé à son encontre une sanction d'un jour de confinement en cellule et emportant révocation du sursis prononcé le 21 août 2020 à hauteur de six jours. Le 17 septembre 2020, M. E a adressé à la directrice interrégionale des services pénitentiaires un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Ce recours est resté sans réponse. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. / L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " () L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte rendu d'incident du 9 juin 2020 versé au dossier par le garde des sceaux, ministre de la justice, que l'identité de l'agent ayant rédigé le compte rendu d'incident, fondant la procédure disciplinaire, a été partiellement anonymisée, de manière à ce que seules les premières lettres des prénoms et noms de famille du rédacteur ainsi que son grade soient mentionnées sur l'acte de procédure. L'absence de mention de son nom et prénom de manière intégrale, autorisée sur le fondement de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale pour des motifs de sécurité afin d'empêcher l'identification des agents ayant rédigé les comptes rendus, est, en elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision de sanction attaquée. Au demeurant, la mention des initiales du rédacteur du compte rendu d'incident " M. A " est suffisante pour s'assurer du respect des dispositions précitées des articles R 57-7-13 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. (). ". Aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. ".

5. Il ressort des mentions mêmes de la décision prise sur rapport d'enquête du 6 juillet 2020, produite par le garde des sceaux, ministre de la justice, que cette décision, qui constitue la décision d'engagement des poursuites disciplinaires, fait apparaitre de manière suffisamment lisible, en dépit de la mauvaise qualité de la copie produite, l'identité de son signataire en indiquant par un tampon encreur au niveau de la signature " I. F, directrice de division ". Par une décision du 11 octobre 2019, régulièrement publiée au recueil administratif de la préfecture de l'Eure n°27-2012-12-02-018, le chef d'établissement de centre pénitentiaire de Val de Reuil a délégué sa signature à Mme B F pour les décisions d'engagement des poursuites disciplinaires prises en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Il s'ensuit que Mme B F a régulièrement signé la décision du 6 juillet 2022 engageant les poursuites disciplinaires à l'encontre de M. E. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure quant à l'absence de mention de l'identité du signataire de cette décision, doit être écarté.

6. Il résulte ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de la décision par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la sanction disciplinaire du 9 septembre 2020, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées à fin d'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme G et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

B. C

La présidente,

P. Bailly La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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