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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2004288

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2004288

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2004288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBILLORÉ-TENNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2020, M. B C, représenté par Me Billoré-Tennah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 3 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet d'échanger son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'acte attaqué est dépourvu de motivation ;

- l'acte attaqué est entaché d'une erreur de droit, méconnaissant l'article R. 222-3 du code de la route, et l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen.

Une mise en demeure a été adressée au préfet de la Seine-Maritime le 27 décembre 2022, demeurée sans réponse.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- l'arrêté ministériel du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été présenté au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est un ressortissant français qui a sollicité l'administration française le 18 octobre 2016 en vue d'obtenir l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis français. A plusieurs reprises, il a tenté d'obtenir des informations relatives à l'état d'avancement du traitement de son dossier, sans obtenir de réponse. Le 17 juillet 2020, il a de nouveau interrogé l'administration et également sollicité la communication des motifs de l'éventuelle décision implicite de rejet de sa demande d'échange de permis, démarche à laquelle le préfet de la Seine-Maritime n'a donné aucune suite. Par ailleurs, à la suite de la communication de la requête de M. C à ce préfet, ce dernier a indiqué au tribunal, le 13 novembre 2020, que le préfet de la Loire-Atlantique était compétent pour produire en défense dans cette instance. Le 30 novembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a signalé au tribunal qu'il appartenait au préfet de la Seine-Maritime d'en connaître. Le 22 décembre 2022, une mise en demeure a été adressée au préfet de la Seine-Maritime, restée sans réponse. Par le présent recours, M. C conteste la décision implicite intervenue le 3 octobre 2020.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 27 décembre 2022 par le greffe du tribunal, le préfet de la Seine-Maritime n'a produit aucun mémoire en défense. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. " Selon l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article

R. 222-1 du code de la route () / () / D. ' Apporter la preuve de sa résidence normale au sens du III de l'article R. 221-1 du code de la route sur le territoire de l'Etat de délivrance, lors de l'obtention des droits à conduire, en fournissant tout document approprié présentant des garanties d'authenticité. Les ressortissants étrangers qui détiennent uniquement la nationalité de l'Etat du permis dont l'échange est demandé ne sont pas soumis à cette condition. Entre autres documents permettant d'établir la réalité de cette résidence normale, il sera tenu compte, pour les Français, de la présentation d'un certificat d'inscription ou de radiation sur le registre des Français établis hors de France délivré par le consulat français territorialement compétent, ou, pour les ressortissants étrangers ne possédant pas la nationalité de l'Etat de délivrance, d'un certificat équivalent, délivré par les services consulaires compétents, rédigé en langue française ou, si nécessaire, accompagné d'une traduction officielle en français. Pour les ressortissants français qui possèdent également la nationalité de l'Etat qui a délivré le permis de conduire présenté pour échange, la preuve de cette résidence normale, à défaut de pouvoir être apportée par les documents susmentionnés, sera établie par tout document suffisamment probant et présentant des garanties d'authenticité. () ". L'article R. 222-1 du code de la route dispose : " () On entend par " résidence normale " le lieu où une personne demeure habituellement, c'est-à-dire pendant au moins 185 jours par année civile, en raison d'attaches personnelles ou d'attaches professionnelles () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'un Français possédant également la nationalité de l'Etat qui lui a délivré un permis de conduire dont il demande l'échange doit établir que ce titre lui a été délivré au cours d'une période où il avait sa résidence normale dans cet Etat. Cette condition ne peut normalement être regardée comme remplie que si le permis a été obtenu au cours d'une année pendant laquelle l'intéressé a résidé, en raison d'attaches personnelles ou professionnelles, pendant au moins 185 jours dans le pays de délivrance. Toutefois, elle doit également être regardée comme remplie si le permis a été obtenu au cours d'une période de résidence dans ce pays précédant ou suivant immédiatement une année pendant laquelle il a résidé pendant au moins 185 jours. La preuve de la résidence normale peut être apportée par tout document probant et présentant des garanties d'authenticité.

6. Dans la mesure où M. C, de nationalités française et algérienne, a obtenu son permis de conduire algérien en 2008, alors qu'il résidait en Algérie, et qu'il n'a quitté cet Etat qu'en 2015, après avoir obtenu la nationalité française, sa résidence normale en Algérie pendant au moins 185 jours à la date d'obtention de son permis est établie.

7. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'en refusant implicitement de procéder à l'échange de son permis de conduire contre un titre français, le préfet a méconnu les dispositions précitées.

8. Il résulte de ce qui précède, et alors en outre que par un courrier du 17 juillet 2020, reçu le 3 août 2020 par l'administration, le requérant l'a sollicitée en vue d'obtenir communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande d'échange, ce dernier n'a pas répondu dans le délai d'un mois prévu par l'article précité L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision implicite attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la

Seine-Maritime de procéder à l'échange de permis de conduire demandé par M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2020. Par suite, son avocate peut se prévaloir du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Billoré-Tennah renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL Eden avocats de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er: La décision implicite de rejet oppose par l'administration à la demande de permis de conduire français introduite par M. C est annulée.

Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime procédera à l'échange de permis de conduire sollicité par M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Billoré-Teannah la somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Billoré-Teannah, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. ALa greffière,

Signé :

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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