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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2004377

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2004377

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2004377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 et 13 novembre 2020, M. C B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2020 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2020, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu le jugement de la magistrate désignée du 19 novembre 2020 statuant sur les conclusions de la requête relatives à la décision portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et emportant interdiction de retour ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

-les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant albanais né le 24 juillet 1994, entré sur le territoire français, selon ses déclarations le 27 mai 2018, a sollicité le bénéfice de l'asile qui lui a été refusé par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 avril 2019, puis par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 30 juillet 2019. Par arrêté du 16 septembre 2019, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence. L'intéressé n'a pas respecté son assignation à résidence et s'est maintenu sur le territoire français. Le 16 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 8 novembre 2020, l'intéressé a été interpellé par les services de police lors d'un contrôle routier, puis placé en retenue administrative. Par l'arrêté attaqué du 10 novembre 2020, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'étendue du litige :

2. La magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a, par jugement du 19 novembre 2020, statué sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le tribunal reste seulement saisi des conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant de refus de titre de séjour et celles à fin d'injonction sous astreinte en tant qu'elles s'y rattachent.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 8 octobre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial du département, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, pour signer l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. L'arrêté fait également état de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. B, en mentionnant notamment qu'il est sans charge de famille connue et son " implication dans le bénévolat ". La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées en tant que salarié, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. M. B fait valoir qu'il est entré sur le territoire français le 27 mai 2018 et qu'il est investi dans des activités bénévoles pour l'association du secours catholique depuis 17 mois à la date de la décision attaquée et qu'il apprend le français. Ces éléments ne sont cependant pas constitutifs de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. En outre, M. B qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 16 septembre 2019 à la suite du rejet par la Cour nationale du droit d'asile de sa demande de protection internationale, n'apporte aucune précision quant à ses attaches amicales et familiales en France. Enfin, le requérant ne fait état d'aucune activité professionnelle en France. Ainsi, la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à son insertion professionnelle, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. B ne peut pas soutenir utilement que la décision de refus de titre de séjour aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que ce moyen n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte en tant qu'elles s'y rattachent sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme D et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé :

B. A

La présidente,

Signé :

P. Bailly La greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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