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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2004381

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2004381

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2004381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLEVESQUES THIERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2020 et le 7 mars 2022, Mme D B, représentée par Me Levesques, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Louviers à lui verser les sommes de 30 337,32 euros et 18 669,12 euros en réparation des préjudices subis du fait d'une perte de traitement et de la rupture et perte d'emploi ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Louviers une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Louviers a commis une faute en la maintenant irrégulièrement en situation de congé de maladie ordinaire en méconnaissance de son obligation de reclassement ou d'adaptation de son poste au regard des restrictions médicales établies et ce, malgré les jugements des 16 janvier 2018 et 27 février 2018 du tribunal administratif constatant que les décisions la plaçant en congé de maladie ordinaire à compter du 28 septembre 2015 étaient illégales ; en l'absence d'éléments nouveaux depuis les jugements du tribunal, elle reste fondée à se prévaloir de l'illégalité des décisions prolongeant la situation préexistante, par voie d'exception, à l'appui d'une demande indemnitaire ;

- la défaillance de la commune est également caractérisée par son maintien dans une situation de suspension de son emploi, sans lui proposer le moindre aménagement de poste, sans prendre en compte sa situation relevant d'un accident de service et en méconnaissance de l'obligation de reclassement et d'adaptation et de respect des préconisations médicales ; elle avait droit au maintien de son entier traitement ; en refusant de traiter sa situation, la commune est à l'origine de sa mise en retraite pour invalidité ; cette situation a provoqué l'aggravation de sa situation jusqu'au constat de son incapacité ;

- elle a subi un préjudice résultant de la perte d'un demi-traitement sur la période du 28 septembre 2015 au 31 décembre 2018, soit la somme de 30 337,32 euros sur la base d'un traitement mensuel de 1 555,76 euros par mois ;

- le préjudice lié à la perte d'emploi résultant du constat de son invalidité peut être estimé à la somme de 18 669,12 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, la commune de Louviers, représentée par Me Enard-Bazire, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les arrêtés successifs plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire et en disponibilité n'ayant pas été contestés dans les délais de recours contentieux, ils sont devenus définitifs ; dès lors, la requérante n'est plus recevable à demander l'indemnisation du fait de l'illégalité fautive de ces décisions ;

- il n'y a plus lieu à statuer sur les demandes indemnitaires relatives à la perte de traitement durant la période allant du 28 septembre 2015 au 21 février 2016, Mme B ayant perçu un traitement plein ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Levesques, représentant Mme B, et de Me Enard-Bazire, représentant la commune de Louviers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe technique de 2ème classe au sein la commune de Louviers depuis 2011, a été victime, le 5 mai 2014, d'un accident de service ayant déclenché l'apparition de lombalgies. Après avoir été placée en congé de maladie pris en charge au titre de l'accident de service à compter du 5 mai 2014, le maire de la commune de Louviers a, par arrêtés successifs, décidé que ses arrêts de travail à compter du 28 septembre 2015 seraient pris en charge au titre de la maladie ordinaire. A la suite de l'annulation, par jugements des 16 janvier et 27 février 2018, des arrêtés des 8 octobre 2015, 8 janvier 2016 et 5 février 2016 plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire respectivement du 28 septembre 2015 au 17 octobre 2015, du 30 décembre 2015 au 28 janvier 2016 et du 22 janvier 2016 au 21 février 2016, le maire de la commune de Louviers a décidé, par arrêté du 5 mars 2018, que les arrêts de travail de Mme B seraient pris en charge au titre de l'accident de service pour la période du 30 décembre 2015 au 21 février 2016. Après avoir été placée en congé de maladie ordinaire pour la période du 22 février 2016 au 27 septembre 2016, Mme B a été placée en disponibilité d'office à compter du 28 septembre 2016 jusqu'au 27 septembre 2018 par arrêtés des 25 avril et 10 novembre 2017. Le maire de la commune a également décidé, par arrêté du 4 septembre 2018, que Mme B continuerait à percevoir un demi-traitement à compter du 28 septembre 2018. Par arrêté du 28 novembre 2018, et après un avis favorable de la commission de réforme du 15 février 2018, confirmé par un second avis le 12 avril 2018, Mme B a été admise à la retraite pour invalidité à compter du 1er janvier 2019. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal la condamnation de la commune de Louviers à lui verser la somme de 30 337,32 euros au titre de la perte de traitement et la somme de 18 669,12 euros en réparation du préjudice subi du fait de la rupture et perte d'emploi.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants (). / Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite () ".

3. La commune de Louviers fait valoir, sans être contredite, avoir versé, conformément aux dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 précitées, un plein traitement à Mme B entre le 28 septembre 2015 et le 29 décembre 2015. En outre, il résulte de l'instruction qu'à la suite du jugement du tribunal du 27 février 2018, le maire de la commune de Louviers a, par arrêté du 5 mars 2018, placé Mme B en congé pour accident de service pour la période courant du 30 décembre 2015 au 21 février 2016, la commune ayant, par ailleurs, procédé, en cours d'instance, au paiement effectif de la régularisation de traitement à Mme B pour un montant de 1 407,14 euros. Par suite, il y lieu de limiter l'étendue du litige au titre de la demande indemnitaire formulée par Mme B à la période courant du 22 février 2016 au 31 décembre 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.

5. La commune de Louviers soutient que les arrêtés successifs plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire du 22 février 2016 au 27 septembre 2016, puis en disponibilité d'office à compter du 28 septembre 2016 étant devenus définitifs faute pour la requérante de les avoir contestés, celle-ci n'est plus recevable à formuler des conclusions indemnitaires fondées sur l'illégalité fautive de ces décisions. Toutefois, ni les arrêtés plaçant un agent en congé de maladie ordinaire, ni ceux le plaçant en disponibilité d'office n'étant des décisions dont l'objet est purement pécuniaire, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions indemnitaires de Mme B doit être écartée.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Louviers :

6. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984, alors en vigueur : " Le fonctionnaire territorial reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions peut être reclassé dans un emploi d'un autre cadre d'emplois ou d'un autre corps ou dans un autre emploi, en priorité dans son administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose, en ce cas, de voies de recours. ". Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. / () ". En outre, aux termes de l'article 36 du même décret : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées, soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes, peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande, soit d'office, à l'expiration des délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 et a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par dérogation à l'article 19, cette pension est revalorisée dans les conditions fixées à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale. ".

7. Il résulte des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur qu'un agent de la fonction publique territoriale qui n'est plus apte à reprendre son service à la suite d'un accident de service et auquel aucune offre de poste adapté ou de reclassement n'a été faite a le droit d'être maintenu en congé de maladie avec le bénéfice de son plein traitement sans autre limitation que celles tenant à sa mise à la retraite ou au rétablissement de son aptitude au service. Le droit, prévu par ces dispositions, de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions. Enfin, la circonstance que l'état de santé de l'agent soit consolidé ne fait pas obstacle à ce que les arrêts de travail postérieurs à la date de cette consolidation puissent être pris en charge au titre de l'accident de service, s'ils sont directement liés aux séquelles résultant de cet accident.

8. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 21 février 2016, le maire de la commune de Louviers a décidé, par arrêtés successifs, que les arrêts maladie de Mme B seraient pris en charge au titre de la maladie ordinaire avec bénéfice d'un demi-traitement, puis a placée l'intéressée, après l'épuisement de ses droits statutaires, en disponibilité d'office à compter du 28 septembre 2016 jusqu'à la date de sa mise à la retraite d'office pour invalidité avec bénéfice d'un demi-traitement. Toutefois, il résulte de l'instruction que, dans le prolongement des prescriptions médicales du médecin agréé des 14 janvier et 13 mai 2015 et de l'avis de la commission de réforme du 10 septembre 2015 favorable à la reprise de Mme B sur un poste aménagé à temps partiel thérapeutique avec restrictions, la commission de réforme a rendu un nouvel avis le 20 mars 2016 favorable à une reprise des fonctions à temps plein avec aménagements en lien avec la symptomatologie résultant de son accident, tout en précisant que les arrêts de travail après le 28 septembre 2015 étaient à prendre en charge au titre des séquelles de l'accident du 5 mai 2014. En outre, si le comité médical, saisi les 2 septembre 2016 et 7 avril 2017, a estimé que Mme B n'était pas éligible à l'octroi d'un congé de longue maladie, cette circonstance est sans incidence, dès lors que l'agent qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions au terme d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé de maladie, sans pouvoir bénéficier d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée, doit bénéficier de l'adaptation de son poste de travail ou, si celle-ci n'est pas possible, être mis en mesure de demander son reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois, s'il a été déclaré en mesure d'occuper les fonctions correspondantes. Enfin, si la commission de réforme a considéré, les 15 février et 12 avril 2018, et contrairement à ses précédents avis, que les arrêts de Mme B depuis le 17 mai 2015, date de consolidation de son état de santé, ne relevaient pas de l'accident de service du 5 mai 2014, ces mêmes avis relèvent par ailleurs que la lombalgie dont souffre la requérante est imputable à hauteur de 8 % à son accident de service. Ainsi, et alors même que l'état de santé de Mme B ne peut être regardé comme exclusivement imputable à son accident de service, il résulte de l'instruction que l'interruption de son activité présente un lien suffisamment direct avec l'accident de service qu'elle a subi. Dans ces conditions, en décidant de placer la requérante en congé de maladie ordinaire non imputable au service, puis en disponibilité d'office avec bénéfice d'un demi-traitement, la commune de Louviers a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

9. Il résulte en outre de l'instruction que la requérante était apte à reprendre ses fonctions sur un poste aménagé dès le 28 septembre 2015, ainsi que l'a estimé la commission de réforme dans ses avis des 10 septembre 2015 et 10 mars 2016. Si la commune a proposé à Mme B, le 31 mars 2016, un poste d'agent d'entretien avec limitation de ports de charge à 5 kilogrammes et des postures contraignantes, il résulte de l'instruction que le médecin de prévention a conclu, le 18 avril 2016, que ce poste de travail était incompatible avec l'état de santé de Mme B et que cette dernière devait être hospitalisée en vue d'une rééducation et réadaptation à l'effort physique. Il résulte également de l'instruction que la nouvelle fiche de poste proposée à Mme B le 29 novembre 2016, limitant les ports de charge à 5 kilogrammes ainsi que les postures contraignantes, n'a pas été validée par le médecin de prévention et se borne à proposer des aménagements formels identiques à ceux que le médecin du travail avait, le 18 avril 2016, considérés comme étant incompatibles avec l'état de santé de Mme B. Dans ces conditions, la commune ne peut être regardée comme ayant proposé, en dépit des demandes expresses formulées en ce sens par Mme B, un aménagement de poste compatible avec son état de santé en vue de lui permettre une reprise de ses fonctions. Enfin, il est constant que la commune de Louviers n'a pas davantage mis Mme B en mesure de demander son reclassement sur un autre emploi ou dans un autre cadre d'emploi. Dans ces conditions, la commune de Louviers a manqué à son obligation d'aménagement de poste et à son obligation de reclassement, fautes de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

10. En premier lieu, il est constant que la requérante n'a perçu, à compter du 22 février 2016, qu'un demi traitement et, à ce titre, justifie d'un préjudice financier du 22 février 2016 jusqu'au 31 décembre 2018, date de sa mise à la retraite pour invalidité. Mme B produit un bulletin de salaire du mois de décembre 2018, pour justifier d'un préjudice financier correspondant à la perte de traitement qu'elle estime avoir subie pour un montant de 30 337,32 euros au titre de cette période, sur une base mensuelle de 1 555,76 euros. Ce seul élément ne permettant pas d'évaluer de manière exacte le préjudice subi par Mme B, il y a lieu de la renvoyer devant la commune de Louviers afin que celle-ci procède, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la liquidation de l'indemnité correspondant au plein traitement qui aurait dû être versé à l'intéressée entre le 22 février 2016 au 31 décembre 2018 inclus, duquel doit être déduit le demi-traitement qui lui a été effectivement versé sur cette même période, le tout en tenant compte de l'indice correspondant à son échelon et son grade ainsi que d'un avancement normal.

11. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis de la commission de réforme du 15 février 2018, que si la commune de Louviers s'est abstenue de proposer à la requérante un reclassement ou un aménagement de son poste de travail adaptés à son état de santé, la reconnaissance de son inaptitude totale et définitive à toutes fonctions résulte, d'une part, d'un taux d'incapacité de 20 % imputable à un syndrome dépressif et, d'autre part, d'un taux d'incapacité de 15 % imputable à une lombalgie. La requérante n'apporte aucun élément de nature à établir un lien de causalité direct et certain entre le syndrome dépressif dont elle souffre et le comportement fautif de l'administration. En outre, il résulte de l'instruction, d'une part, que l'état de santé de Mme B, imputable à son accident de service, à l'origine de la lombalgie dont elle est atteinte, a été consolidé à la date du 17 mai 2015, par un arrêté définitif du 1er octobre 2015 et, d'autre part, que le taux d'incapacité, au titre de sa lombalgie, n'est pas exclusivement imputable à son accident de service, la commission de réforme ayant estimé que cette pathologie est également imputable à un état antérieur. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que Mme B n'a pas repris d'activité professionnelle depuis son accident de service du 5 mai 2014, elle ne saurait sérieusement soutenir qu'une aggravation de sa lombalgie conduisant à la perte de son emploi, du fait de son placement à la retraite pour invalidité d'office, serait imputable à un comportement de l'administration. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la commune de Louviers n'a pas commis de faute à l'origine de l'aggravation de l'état de santé de Mme B et de sa perte d'emploi. La demande d'indemnisation de Mme B présentée à ce titre doit, dès lors, être rejetée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de la commune de Louviers à lui verser une indemnité calculée selon les modalités définies au point 10 du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il résulte des dispositions de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991, codifiée à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais, l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

14. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2021 et n'allègue pas avoir exposé des frais autres que ceux susceptibles d'être pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. En outre, l'avocat de Mme B n'a pas formulé de demande tendant à ce que lui soit versée par la commune de Louviers la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de Mme B formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

15. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui ne peut être regardée comme partie perdante, la somme demandée par la commune de Louviers au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Louviers est condamnée à verser à Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une indemnité calculée selon les modalités définies au point 10 du présent jugement.

Article 2 : Les conclusions des parties tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la commune de Louviers.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

H. C

La présidente,

A. MACAUD Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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