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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2004553

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2004553

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2004553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantCHALOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2020 sous le n° 2004552, M. H, représenté par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours préalable obligatoire formé contre la décision rendue par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre le 31 août 2020, prononçant une sanction de dix jours de cellule disciplinaire à son encontre pour des faits commis le 14 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes est illégale en raison de l'incompétence du signataire de la décision de poursuite de la procédure disciplinaire ;

- la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a commis une erreur d'appréciation en considérant que la matérialité des faits qui lui étaient reprochés est établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H sont infondés.

II. Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2020 sous le n° 2004553, M. H, représenté par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours préalable obligatoire formé contre la décision rendue par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre le 31 août 2020, prononçant une sanction de dix jours de cellule disciplinaire à son encontre pour des faits commis le 15 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes est illégale en raison de l'incompétence du signataire de la décision de poursuite de la procédure disciplinaire ;

- la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a commis une erreur d'appréciation en considérant que la matérialité des faits qui lui étaient reprochés est établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H sont infondés.

III. Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2020 sous le n° 2004554, M. H, représenté par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours préalable obligatoire formé contre la décision rendue par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre le 31 août 2020, prononçant une sanction de trente jours de cellule disciplinaire à son encontre pour des faits commis le 24 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes est illégale en raison de l'incompétence du signataire de la décision de poursuite de la procédure disciplinaire ;

- la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a commis une erreur d'appréciation en considérant que la matérialité des faits qui lui étaient reprochés est établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H sont infondés.

M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions n° 20/13361 et n° 20/13362 du 5 mars 2021. La demande présentée sous le n° 22/13363 a été rejetée par décision du même jour pour cause de double emploi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, alors détenu au centre pénitentiaire du Havre, a comparu devant la commission de discipline le 31 août 2020 pour divers faits commis les 14 août 2020 à 21h40, 15 août 2020 à 21h et 24 août 2020 à 20h45. Les sanctions disciplinaires prononcées à l'encontre de M. H ont été respectivement de dix jours de cellule disciplinaire pour les deux premières, et de trente jours de cellule disciplinaire pour la dernière. Par des courriers des 1er et 2 septembre 2020, M. H a exercé un recours préalable obligatoire auprès de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes. Ces recours ont été rejetés par une décision commune du 29 octobre 2020, par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires confirme les sanctions prises à l'encontre de M. H, tout en précisant que les deux premières sanctions doivent être confondues avec la troisième sanction de trente jours de cellule disciplinaire. Par trois requêtes enregistrées les 18 et 19 novembre 2020 sous les n°s 2004552, 2004553 et 2004554, M. H demande l'annulation de cette décision.

2. Les requêtes n°s 2004552, 2004553 et 2004554 tendent à l'annulation de la même décision prise sur recours préalable obligatoire par la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes le 29 octobre 2020. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale, applicable à la date de la décision attaquée : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / Pour les décisions de confinement en cellule individuelle ordinaire, de placement en cellule disciplinaire et de suspension de l'exercice de l'activité professionnelle de la personne détenue, lorsqu'elles sont prises à titre préventif, le chef d'établissement peut en outre déléguer sa signature à un major pénitentiaire ou à un premier surveillant. ". Aux termes de l'article R. 57-7-15 du même code : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions par lesquelles il a été décidé d'engager des poursuites à l'encontre de M. H ont été signées par M. F G, lieutenant pénitentiaire, adjoint au chef de détention du centre pénitentiaire du Havre à qui Mme C E, chef de l'établissement, avait consenti une délégation de signature à cet effet par une décision du 1er août 2020, publiée le 7 août 2020 au recueil des actes administratifs de la Seine-Maritime. Eu égard à l'objet d'une délégation de signature qui, quoique constituant un acte réglementaire, n'a pas la même portée à l'égard des tiers qu'un acte modifiant le droit destiné à leur être appliqué, sa publication au recueil des actes administratifs, qui permet de donner date certaine à la décision de délégation prise par le chef d'établissement, a constitué une mesure de publicité suffisante pour rendre les effets de la délégation de signature opposables aux tiers, notamment à l'égard des détenus de l'établissement pénitentiaire. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions de poursuivre ont été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

5. Aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, applicable à la date de la décision attaquée : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 1° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel ou d'une personne en mission ou en visite dans l'établissement ; () / 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du code précité " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-3 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du troisième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De ne pas respecter les dispositions du règlement intérieur de l'établissement ou les instructions particulières arrêtées par le chef de l'établissement ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 57-7-1 ; / 2° Les fautes prévues aux 4° et 7° de l'article R. 57-7-1 ont été commises avec violence physique contre les personnes. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la commission de discipline du 31 août 2020, M. H a été sanctionné de dix jours de cellule disciplinaire aux motifs qu'il a, le 14 août 2020, insulté un membre du personnel du centre pénitentiaire, de dix jours de cellule disciplinaire au motif qu'il a, le 15 août 2020, obstrué la grille de sa cellule et tenu des propos menaçants à l'encontre d'un surveillant et de trente jours de cellule disciplinaire au motif qu'il a, le 24 août 2020, de nouveau obstrué la grille de sa cellule, insulté un membre de l'établissement et craché au visage de ce dernier. Saisie de l'ensemble de ces sanctions dans le cadre du recours préalable obligatoire, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a cependant décidé que les deux premières sanctions seraient confondues avec la troisième sanction de trente jours. Ainsi, la durée de mise en cellule disciplinaire de M. H s'est finalement élevée à trente jours de cellule disciplinaire pour l'ensemble des faits précités.

7. Contrairement à ce que fait valoir M. H, le comportement fautif de celui-ci est suffisamment établi notamment par les comptes-rendus d'incidents ainsi que par les rapports d'enquête, alors qu'il n'en conteste pas sérieusement la matérialité. En outre, si M. H évoque l'existence d'une plainte déposée par l'agent qu'il a insultée le 24 août 2020, cette circonstance ne saurait être de nature à remettre en cause le caractère probant du compte-rendu d'incident rédigée par cette agent. Par suite, les faits reprochés à l'intéressé doivent être regardés comme suffisamment établis.

8. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a sanctionné celui-ci de trente jours de cellule disciplinaire.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante la somme réclamée par le conseil de M. H sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur le montant de l'aide juridictionnelle :

10. Aux termes de l'article 38 de la loi du 10 juillet 1991 : " La contribution versée par l'Etat est réduite, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, lorsqu'un avocat ou un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation est chargé d'une série d'affaires présentant à juger des questions semblables ". L'article 92 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions prévoit que : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire, de 40 % pour la troisième, de 50 % pour la quatrième et de 60 % pour la cinquième et s'il y a lieu pour les affaires supplémentaires ".

11. M. H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans deux des trois instances par des décisions d'aide juridictionnelle n° 20/13361 et n° 20/13362. Toutefois, dès lors que les trois requêtes concernent un même détenu, assisté d'un même avocat et qu'elles sont dirigées contre une seule décision prise sur recours préalable obligatoire s'étant prononcée sur les trois sanctions disciplinaires, qu'elles présentent des conclusions identiques assorties de mêmes moyens et qu'elles conduisent à trancher des questions semblables, la part contributive de l'Etat sera réduite de 30 % dans la deuxième affaire en application des dispositions citées au point précédent.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos2004552, 2004553 et 2004554 de M. H sont rejetées.

Article 2 : La part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle sera versée à Me Chalot dans les conditions fixées au point 18 du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D H, à Me Chalot et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme I et Mme A, conseillères,

Assistées de Mme Hussein, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La présidente,

P. B

L'assesseure la plus ancienne

D. I

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2004552, 2004553 et 2004554

ah

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