mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2004776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | CHELBI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2020 et le 21 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Chelbi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer une carte de résident valable dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de résident sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur ou, à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions du 3° de son article L. 314-11 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la délivrance d'une carte de résident sur le fondement du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans rédaction alors en vigueur, est de plein droit et il remplit l'ensemble des conditions posées par ces dispositions ;
- il est père d'un enfant français, à l'entretien et à l'éducation duquel il participe ;
- il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle depuis plus de trois ans;
- il est intégré à la société française ;
- la décision est entachée d'erreur de fait ;
- il remplit également les conditions de délivrance de la carte de résident prévue par le 3° de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, le préfet étant en situation de compétence liée pour délivrer la carte de résident prévue par les dispositions du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pour saisir la commission du titre de séjour en application de son article L. 312-2, dans leur rédaction alors en vigueur ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2021, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 25 janvier 2021 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 18 novembre 2021 fixant la clôture de l'instruction au 3 décembre 2021 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Paraiso, substituant Me Chelbi, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 1er février 1987, est entré régulièrement en France le 31 mars 2010 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, en qualité de conjoint d'une ressortissante française. De leur union est né un fils, de nationalité française, le 17 mars 2011. Après le divorce, prononcé au cours de l'année 2013, l'ex-épouse s'est vu attribuer la garde de leur fils et M. A s'est vu attribuer, en 2016, un droit de visite et d'hébergement. Ce dernier a bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'un enfant français, dont il a sollicité le renouvellement au cours de l'année 2020. Il a également sollicité, à cette occasion, la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 22 septembre 2020, le préfet de l'Eure a renouvelé sa carte de séjour pluriannuelle. Par un courrier du 7 octobre 2020, M. A a formé un recours gracieux contre la décision refusant de lui délivrer une carte de résident. Il demande l'annulation de la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le préfet de l'Eure a rejeté son recours.
Sur la décision attaquée :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il est constant que M. A a sollicité, au cours de l'année 2020, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle ainsi que la délivrance d'une carte de résident valable dix ans. Ne s'étant vu délivrer qu'une carte de séjour d'une durée de deux ans, une décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident doit être regardée comme étant née ou, en tout état de cause, comme ayant été confirmée, à la date du 22 septembre 2020. L'intéressé a présenté un recours gracieux contre cette décision, par l'intermédiaire de son conseil, le 7 octobre 2020. Dès lors, la décision, formalisée par un courriel du 15 octobre 2020 adressé à Me Chelbi, avocate de M. A, par les services de la préfecture de l'Eure, doit être regardée comme rejetant ce recours gracieux. Par suite, il y a lieu de regarder les conclusions de la requête dirigées contre cette décision du 15 octobre 2020 comme étant également dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " La carte de résident est délivrée de plein droit : / () 2° A l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire mentionnée au 6° de l'article L. 313-11 ou d'une carte de séjour pluriannuelle mentionnée au 2° de l'article L. 313-18, sous réserve qu'il remplisse encore les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour et qu'il ne vive pas en état de polygamie. " Il résulte des dispositions de l'article L. 314-10 du même code, dans leur rédaction alors en vigueur, que la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 314-9 est subordonnée au respect des conditions prévues à l'article L. 314-2, aux termes duquel : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle il réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. () "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré et a séjourné sur le territoire français dans les conditions rappelées au point 1, est parent d'un enfant français résidant en France, dont il n'est pas contesté qu'il participe à son entretien et à son éducation. Il n'est pas non plus contesté qu'il bénéficiait depuis plus de trois années de cartes de séjour temporaire ou pluriannuelles en cette qualité. Le préfet de l'Eure, conformément aux dispositions citées ci-dessus, a saisi pour avis le maire de la commune de résidence de M. A, qui a rendu le 23 juillet 2020 un avis défavorable quant à l'intégration républicaine du requérant. Le préfet fait valoir que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de violences aggravées en 2019, de violences et menaces de mort en 2016 et de séquestration arbitraire en 2015 et qu'il a été condamné en 2012 pour conduite de véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique avec concentration d'alcool par litre de sang d'au moins 0,80 gramme, et en 2015 pour récidive de cette infraction et conduite d'un véhicule malgré injonction de restituer son permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet, en 2011, d'une plainte pour injure et diffamation non publique à l'encontre de son épouse. Le préfet produit aussi les avis, également défavorables, émis par le maire en 2016 et 2017. Si M. A remet en cause la réalité des faits de violence, menaces et séquestration et établit, par la production du bulletin n° 3 de son casier judiciaire, n'avoir jamais été condamné à ce titre, il ne conteste toutefois pas les autres éléments opposés par le préfet. Il ne fait, par ailleurs, état d'aucun élément particulier démontrant son insertion, nonobstant une activité professionnelle qu'il a été contraint d'interrompre en 2015 à la suite d'un accident de travail. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Eure a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 314-9 et L. 314-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ayant refusé de lui délivrer une carte de résident valable dix ans.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité la délivrance d'une carte de résident valable dix ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard à la rente d'invalidité dont il bénéficie. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions, ni soutenir que le préfet était tenu de saisir préalablement la commission du titre de séjour.
7. En troisième lieu, la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, ainsi que la saisine de la commission du titre de séjour, prévues respectivement aux articles L. 314-9 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont subordonnées à la circonstance que l'étranger remplisse effectivement les conditions de délivrance du titre qu'il sollicite. Or, il résulte du point 5 que M. A ne remplissait pas les conditions de délivrance d'une carte de résidence valable dix ans en qualité de parent d'enfant français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En dernier lieu, il est constant que M. A a vu sa carte de séjour pluriannuelle renouvelée le 22 septembre 2020. Ainsi, la décision refusant de lui délivrer une carte de résident n'a pas pour effet de le priver du droit de se maintenir sur le territoire français, où réside son fils. Si le requérant se prévaut de ce que le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle implique des démarches administratives plus fréquentes et des frais plus importants, ces seuls éléments ne sauraient être regardés comme constituant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation ni de la décision implicite rejetant sa demande de carte de résident valable dix ans, ni de la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le préfet de l'Eure a rejeté son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sadia Chelbi et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2004776
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026