mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2004812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | MICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 décembre 2020, M. F C, représenté par Me Michel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2020 par laquelle le préfet de la
Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'échanger son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard conformément aux articles L 911-1, L 911-2 et L 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'à la date du dépôt de sa demande d'échange de permis de conduire il existait un accord de réciprocité entre la France et la Syrie ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que sa demande étant complète à la date où il l'a présentée, sa situation juridique était définitivement constituée et devait donc relever de l'état du droit antérieur ;
- il est illégal par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'arrêté du 9 avril 2019 qui est incompatible avec les stipulations de l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'attitude dilatoire de l'administration ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2021, le préfet de la
Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- l'arrêté ministériel du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été présenté au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C est un ressortissant syrien qui a quitté son pays d'origine en janvier 2018 et a sollicité, le 15 janvier 2019, l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français. Par une décision du 9 mars 2020 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence du signataire :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B E, directrice du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers à la préfecture de la Loire-Atlantique, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté préfectoral du 17 septembre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen manque en fait.
En ce qui concerne la réglementation applicable au litige :
3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes :/ A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ".
4. Selon l'avis du Conseil d'Etat n° 445426 du 19 février 2021, d'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions de l'article 5-I de l'arrêté du 12 janvier 2012. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant la mise à jour de la liste des Etats et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, en vertu d'accords bilatéraux et de pratiques réciproques d'échange des permis de conduire, ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.
5. L'article 1 de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrée par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, a abrogé les dispositions du I de l'article 11 selon lesquelles : " Les dispositions du A du 1 de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " qui s'appliquaient également aux apatrides et aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire. Il en résulte que, malgré la circonstance que M. C se soit vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides, il ne peut se prévaloir de l'exception prévue par la version ultérieure à la décision attaquée de l'article 11 précité.
6. Il ressort des pièces du dossier et il est constant, qu'à la date de la décision attaquée, il n'existait pas d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire. Ainsi, la légalité de la décision contestée est, quelle qu'ait été la réglementation en vigueur à la date à laquelle l'intéressé a déposé sa demande tendant à l'échange de son permis de conduire, subordonnée à la réalisation des conditions prescrites par les lois et règlements en vigueur au moment où l'administration a statué sur son dossier. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne se trouvait pas dans une situation juridique définitivement constituée le 17 décembre 2018, date à laquelle il a déposé sa demande d'échange de permis. Dès lors, en l'absence d'accord de réciprocité à la date de la décision attaquée, le préfet de la
Loire-Atlantique, qui se trouvait en situation de compétence liée en application du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, était tenu de refuser de procéder à l'échange du permis de conduire du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne l'exception d'illégalité de l'arrêté ministériel du 9 avril 2019 et l'erreur d'appréciation :
7. Aux terme de l'article 7 de la convention de Genève de 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés : " I. Sous réserve des dispositions favorables prévues par cette Convention, tout Etat Contractant accordera aux réfugiés le régime qu'il accorde aux étrangers en général. / 2. Après un délai de résidence de trois ans, tous les réfugiés bénéficieront, sur le territoire des Etats Contractants de la dispense de réciprocité législative () 4. Les Etats envisageront avec bienveillance la possibilité d'accorder aux réfugiés, en l'absence de réciprocité, des droits et des avantages outre ceux auxquels ils peuvent prétendre en vertu des paragraphes 2 et 3 ainsi que la possibilité de faire bénéficier de la dispense de réciprocité des réfugiés qui ne remplissent pas les conditions visées aux paragraphes 2 et 3 ".
8. Le quatrième point de l'article 7 de la Convention de Genève susvisée n'offre qu'une faculté pour les Etats contractants. Par ailleurs, M. C n'établit ni même n'allègue qu'il résidait en France depuis trois ans à la date de la décision attaquée. En outre, le requérant ne saurait se prévaloir de sa situation personnelle, notamment de son impécuniosité et de difficultés linguistiques, ces allégations étant sans incidence sur la décision attaquée dont la légalité ne peut être appréciée qu'au regard des dispositions législatives et réglementaires en vigueur. En outre, compte tenu des impératifs de la sécurité routière, laquelle requiert un bon niveau de formation des conducteurs, le fait d'assujettir l'échange des permis de conduire des ressortissants étrangers, y compris ceux des réfugiés et des bénéficiaires de la protection subsidiaire, à l'existence d'un accord bilatéral de réciprocité avec le pays d'origine, nécessairement conclu en considération de l'équivalence des conditions de délivrance des permis de conduire, ne saurait être regardé comme contraire à ces stipulations conventionnelles.
9. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir des stipulations précitées de l'article 7 de la convention de Genève au soutien du moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 9 avril 2019 pour contester l'arrêté attaqué.
10. Enfin, si M. C soutient que l'administration a fait preuve d'une attitude dilatoire en statuant sur sa demande d'échange de permis de conduire seulement après la dénonciation par la France de l'accord de réciprocité avec la Syrie et que la décision attaquée est entachée de détournement de pouvoir en ce que le préfet de la Loire-Atlantique a eu pour seul but de rejeter sa demande et non de l'instruire conformément aux dispositions en vigueur à la date de son dépôt, ces moyens manquent en fait. Par suite, les moyens tirés du détournement de pouvoir et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
C. ALa greffière,
Signé :
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026