mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2004864 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | DETTORI JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2020 et le 28 novembre 2021, M. B D, représenté par Me Dettori, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle et sa radiation des cadres à compter du 1er août 2020 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice résultant de ce licenciement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence en raison de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, de l'absence de signature de l'auteur de l'acte et de l'absence d'identification du signataire de la décision attaquée ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de respect de la procédure disciplinaire et de l'absence de communication du dossier administratif ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;
- la décision attaquée est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits reprochés ne sont pas de nature à justifier un licenciement pour insuffisance professionnelle ;
- le préjudice résultant de l'illégalité de cette décision s'élève à 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,
- les conclusions de M. Bertoncini, rapporteur public,
- et les observations de Me Dettori, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été nommé en qualité d'élève dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire à compter du 15 octobre 2018 et a effectué son stage à la maison d'arrêt de Rouen à compter du 15 avril 2019. Par arrêté du 30 septembre 2020, par la suite retiré et remplacé par l'arrêté du 29 juillet 2021 dont le requérant demande l'annulation, le ministre de la justice, a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle et sa radiation des cadres à compter du 1er août 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, d'une part, l'arrêté attaqué du 29 juillet 2021 est revêtu de la signature dématérialisée et lisible de Mme A C, adjointe à la cheffe du bureau de la gestion des personnels de la direction de l'administration pénitentiaire du ministère de la justice, laquelle est clairement identifiable. D'autre part, par un arrêté du 15 juillet 2021 régulièrement publié au Journal officiel de la République française, Mme A C a reçu délégation du ministre de la justice aux fins de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, au nombre desquels figure la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, de l'absence de signature de l'auteur de l'acte et de l'absence d'identification du signataire de la décision attaquée doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de de l'article 6 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Les agents recrutés en application de l'article 4 sont nommés élèves surveillants. Ils suivent une formation à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire () " Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les élèves dont la scolarité a donné satisfaction sont nommés surveillants stagiaires et affectés selon leur rang de classement dans un établissement pénitentiaire ou tout autre service relevant de l'administration pénitentiaire () " Aux termes de l'article 9 du même décret : " Le stage dure un an. / () Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire ou dont le stage complémentaire n'a pas donné satisfaction sont soit licenciés s'ils n'avaient pas la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine selon les dispositions qui leur sont applicables. "
4. Si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. Ainsi, la décision refusant de le titulariser à l'issue du stage n'a pour effet, ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait pour lui un droit ni, dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Une telle décision n'est, dès lors, pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dans la mesure où M. D a débuté son stage le 15 avril 2019, celui-ci, d'une durée réglementaire, d'un an, s'est donc achevé le 15 avril 2020. Son licenciement à compter du 1er août 2020 étant intervenu postérieurement à la date de fin de stage, M. D ne peut donc utilement se prévaloir de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
5. En dernier lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire, se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage, qui est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des rapports sur la manière de servir de M. D durant son année de stage et du bilan de cette période de stage, ainsi que des termes mêmes de l'arrêté ministériel attaqué, que la décision de ne pas titulariser le requérant et de le licencier est fondée sur son insuffisance dans l'exercice de ses fonctions de surveillant pénitentiaire mais ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire. Par suite, les moyens tirés de l'absence de respect de la procédure disciplinaire et de l'absence de communication du dossier administratif au requérant sont inopérants. D'autre part, si la décision de non-titularisation attaquée repose également sur des faits susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires, il ressort des pièces du dossier que M. D a reçu notification, le 27 janvier 2020, du bilan de son stage par lequel le chef d'établissement indiquait demander son licenciement et au vu duquel la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes émettait un avis favorable à ce licenciement. Par son contenu, ce bilan a mis le requérant à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. M. D n'a apporté aucune observation lors de son évaluation et ne précise pas les observations complémentaires qu'il aurait souhaité porter à la connaissance de sa hiérarchie et qui auraient été de nature à avoir une influence sur la décision prise à son encontre. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu son droit à présenter des observations préalablement à son édiction.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. Dans son rapport sur l'appréciation de la manière de servir durant les neuf premiers mois de son année de stage, le chef d'établissement a relevé que le comportement de M. D démontrait un manque de savoir-faire, de rigueur, de concentration et d'organisation ainsi qu'une incompréhension des valeurs institutionnelles, de ses obligations de réserve et des règles déontologiques. Dans un rapport établi le 20 juillet 2020, le chef d'établissement recensait également des relations sciemment entretenues avec des proches de détenus et non justifiées par les nécessités du service, sans avoir informé sa hiérarchie, en contravention de l'article 20 du décret du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire, ainsi qu'une mauvaise exécution des tâches qui lui étaient confiées. Il constatait aussi une méconnaissance des règles et des consignes de sécurité dans l'exercice de ses fonctions, telles que l'absence de fermeture de la serrure d'une cellule de détenu le 30 avril 2019, le contrôle erroné des effectifs le 27 mai 2019, la validation erronée des effectifs le 12 novembre 2019 et l'abandon de son poste sans attendre la relève le 20 novembre 2019.
8. D'une part, ces faits sont établis par les pièces du dossier alors, au demeurant, que lors des évaluations aux troisième et sixième mois de son stage, M. D indiquait ne pas en contester la matérialité et être conscient du travail à faire sur lui-même. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude des faits reprochés doit être écarté.
9. D'autre part, ces faits sont, par leur nature et leur répétition, de nature à caractériser une insuffisance professionnelle, sans que la production d'attestations des collègues de M. D relatives à la qualité de son travail ne suffise pour contredire l'appréciation portée par la hiérarchie sur le déroulement du stage. Par suite, la non titularisation de M. D prononcée à l'issue de son stage n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. La décision de licenciement n'étant pas entachée d'illégalité, M. D n'est pas fondé à demander l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi de ce fait.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est fondé, ni à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le ministre de la justice a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle et sa radiation des cadres à compter du 1er août 2020, ni à demander la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
T. DEFLINNE Le président,
Signé
P. MINNE Le greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2004864
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026