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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100013

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100013

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2021 et un mémoire enregistré le 7 janvier 2021, Mme A C épouse B, représentée par Me Sow, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique dirigé contre l'arrêté du 10 juin 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de 15 jours, sous la même astreinte, et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire au séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

* La décision de rejet de son recours hiérarchique :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît son droit à mener une vie familiale normale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* La décision portant refus de titre de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît son droit à mener une vie familiale normale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît son droit à mener une vie familiale normale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* La décision fixant le délai de départ volontaire à 30 jours :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise sur le fondement du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui méconnaît les dispositions du 2° de l'article 7 de la directive n° 2008/115 ;

- n'aurait pas dû fixer à 30 jours ce délai.

* La décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 12 août 2022 admettant Mme B à l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 10 juin 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination et, d'autre part, la décision du 29 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique dirigé contre l'arrêté du 10 juin 2020.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige a été prise par M. G F qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime n° 20-30 du 13 mars 2020 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2020-46 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige, qui comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'est prononcé le 12 février 2020 sur la situation médicale de Mme B. La requérante, à qui l'avis a été communiqué en cours d'instance, ne fait valoir aucun argument précis de nature à démontrer que cet avis a été irrégulièrement émis. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et méconnaît les dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable au litige.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () "

6. Il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 12 février 2020 que si le défaut de prise en charge de l'état de santé de Mme B est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourra effectivement bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine, l'Algérie. La requérante ne produit aucune pièce de nature à démontrer qu'elle ne pourrait pas effectivement accéder en Algérie à une prise en charge adaptée à son état de santé. Elle n'apporte donc pas la preuve, qui lui incombe, de la méconnaissance des stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

7. En dernier lieu, la seule circonstance que l'un de ses fils résiderait en France n'est pas de nature à porter une atteinte disproportionnée au droit de Mme B, âgée de 70 ans à la date de la décision, de mener une vie familiale normale alors qu'elle réside en France depuis moins de deux ans et qu'il n'est pas établi qu'elle serait dépourvue de toute attache, notamment familiale, en Algérie, où elle a vécu la très grande partie de sa vie. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de son insuffisante motivation, de la méconnaissance des dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable, de celle du 10° de l'article L. 511-4 du même code dans sa rédaction applicable, de la méconnaissance du droit à mener une vie familiale normale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 2 à 7 du présent jugement.

Sur la légalité de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, le moyen d'incompétence doit être écarté pour le motif exposé au point 2.

10. En deuxième lieu, les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction applicable, prévoient que, pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité et que l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Aux termes de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. () 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. " En prévoyant qu'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, eu égard à sa situation personnelle, se voir accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours " à titre exceptionnel ", les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas eu pour objet et ne sauraient avoir pour effet de méconnaître le principe, posé par celles de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008, selon lequel ce délai, de sept à trente jours en principe, peut être prolongé en cas de nécessité au regard de circonstances propres à la situation de l'étranger. Dès lors, le moyen tiré de la contrariété de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'article 7 de la directive 2008/115/CE doit être écarté.

11. En dernier lieu, Mme B ne justifie pas de circonstances qui auraient obligé le préfet de la Seine-Maritime, qui ne s'est pas mépris sur l'étendue de sa compétence, à lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours qui est le délai de droit commun et alors que l'intéressée n'établit pas avoir demandé le bénéfice d'un délai supérieur.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. La décision en litige, qui comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée, est, dès lors, suffisamment motivée.

Sur la légalité de la décision de rejet du recours hiérarchique :

13. En premier lieu, la décision en litige a été prise par M. E D qui disposait, en qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'immigration familiale, d'une délégation de signature du directeur de l'immigration du ministère de l'intérieur des 9 octobre 2017 et 12 mars 2020 régulièrement publiées au Journal officiel de la République française, lequel disposait lui-même, en application de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, régulièrement publié au journal officiel de la République française, d'une délégation pour signer l'ensemble des actes relevant de sa direction. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

14. En second lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision, de la méconnaissance des dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable, de la méconnaissance des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de la méconnaissance du droit à mener une vie familiale normale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 3 à 7 du présent jugement.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fin de non-recevoir opposées en défense, que Mme B n'est fondée à demander l'annulation ni de l'arrêté du 10 juin 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ni de la décision du 29 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Sileymane Sow, au préfet de la Seine-Maritime et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

H. JEANMOUGIN Le président,

Signé

P. MINNE Le président,

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Seine-Maritime en ce qui les concernent et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2100013

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