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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100106

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100106

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantVERDIER MOUCHABAC & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 janvier, le 27 août 2021 et le 7 janvier 2022, Mme A E, représentée par Me Coconnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2020 par lequel le président de la région de Normandie l'a reconnue inapte totalement et définitivement à toutes fonctions

dans la fonction publique territoriale ;

2°) d'ordonner sa réintégration dans ses fonctions, ainsi que le paiement rétroactif de son traitement intégral à compter de la prise d'effet de l'arrêté du 18 novembre 2020 ;

3°) de condamner la région de Normandie à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;

4°) de mettre à la charge de la région de Normandie une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée de l'heure de la tenue de la séance de la commission de réforme en méconnaissance de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 ;

- il est entaché d'un détournement de procédure, dès lors que la procédure de mise à la retraite pour invalidité a été utilisée à son encontre dans un but autre que celui pour lequel elle a été instituée, la Région ayant souhaité l'évincer dans un contexte de harcèlement moral de ses collègues et de sa supérieure hiérarchique ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle n'était pas inapte à tout poste au sein de la fonction publique territoriale ; aucune démarche de reclassement n'a été envisagée ;

- ses demandes indemnitaires sont recevables, dès lors qu'elle a lié le contentieux en cours de procédure ;

- elle a subi un préjudice moral qui devra être réparé à hauteur de 15 000 euros ;

- à compter de la prise d'effet de l'arrêté de reconnaissance de l'inaptitude totale et définitive à toutes fonctions, elle sera placée dans une situation de précarité financière, dès lors elle se réserve le droit de solliciter un rappel de traitement pour la période postérieure à sa mise effective en retraite anticipée pour invalidité ; en tout état de cause, elle sollicite le paiement rétroactif par la région de son traitement intégral à compter de la prise d'effet de l'arrêté attaqué.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 juin et 11 octobre 2021, la région de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires de Mme B sont irrecevables, faute de demande indemnitaire préalable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par lettre du 3 juin 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2020 reconnaissant l'inaptitude totale et définitive à toutes fonctions de Mme B, dès lors que cette décision, présentant un caractère préparatoire, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, recrutée en qualité d'agent technique territoriale par la région de Normandie à compter du 1er juillet 2016, exerçait des fonctions d'agent d'entretien et de restauration au sein du lycée Bloch situé à Val-de-Reuil. Elle a fait l'objet d'arrêts de travail à compter du 6 décembre 2019, pour une période de douze mois consécutifs. Par l'arrêté attaqué du 18 novembre 2020, pris après un avis favorable de la commission de réforme du 5 novembre 2020, le président de la région de Normandie a reconnu l'inaptitude définitive et totale de Mme B et l'a informée de la constitution de son dossier de retraite pour invalidité en vue de sa transmission à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL).

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2020 et d'injonction :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 27 du décret du 14 mars 1986 dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. "

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 18 novembre 2020 se borne, ainsi que le précise d'ailleurs le courrier de notification du même jour, à prendre acte de l'avis de la commission de réforme du 5 novembre 2020, en reconnaissant que Mme B est inapte de façon totale et définitive à l'exercice de toutes fonctions dans la fonction publique territoriale et informe l'intéressée que la constitution de son dossier de retraite pour invalidité est engagée en vue de sa transmission à la CNRACL. En outre, si la décision attaquée prend la forme d'un arrêté mentionnant les voies et délais de recours ouverts à son encontre, cet acte ne modifie pas par lui-même la position statutaire de l'intéressée, placée à la date de la décision en congé de maladie ordinaire. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le président de la région de Normandie a, après un avis favorable du 25 février 2021 de la CNRACL, par un arrêté distinct du 1er avril 2021, prononcé la mise à la retraite pour invalidité d'office de Mme B et sa radiation des cadres. Dans ces conditions, l'arrêté du 18 novembre 2020, présentant un caractère préparatoire, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de cet arrêté du 18 novembre 2020 sont irrecevables.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2020 du président de la région de Normandie. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Si Mme B soutient avoir subi un préjudice moral du fait de sa mise à la retraite pour invalidité, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité du préjudice subi.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander la condamnation de la région de Normandie.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région de Normandie, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à la région de Normandie.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

H. C

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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