jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2100195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2021, M. D C, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 12 octobre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;
3) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le versement à la SELARL Mary et Inquimbert, avocat de M. C, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait le droit constitutionnel d'asile et son corollaire, le droit de solliciter le statut de réfugié ;
- elle méconnait les articles L. 744-1 et D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 1 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à l'office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit d'observations en défense.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et son protocole additionnel ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Mulot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Une note en délibéré, présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a été enregistrée le 14 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. D C, ressortissant de nationalité ougandaise né en 1982, est entré en France le 21 novembre 2019 pour y solliciter l'asile. Il a quitté le territoire français le lendemain, pour se rendre au royaume des Pays-Bas, où il a déposé une demande d'asile le 26 novembre suivant. Sur le fondement du règlement dit " B A ", ce pays membre de l'Union européenne a engagé à l'encontre de M. C une procédure de transfert, estimant que la France était responsable de l'examen de sa demande d'asile. L'Etat français a reconnu sa responsabilité et accepté le transfert de M. C le 13 mars 2020. Celui-ci n'a pu matériellement intervenir que le 4 septembre 2020 compte-tenu des mesures de restriction de déplacements prises par les Etats dans le cadre de la pandémie de covid-19. A son retour sur le territoire français, M. C a déposé une demande d'asile le 23 septembre 2020 à la préfecture de la Seine-Maritime. A l'issue d'une procédure contradictoire, par une décision du 12 octobre 2020, la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête M. C demande au tribunal, à titre principal, l'annulation de cette décision.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 744-8, dans leur version en vigueur à la date de la décision en litige : " Le bénéfice des conditions matérielles peut être () 3° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du A de l'article L. 723-2 ", délai fixé à quatre-vingt-dix jours par les dispositions dont il s'agit.
3. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, M. C est entré en France le 21 novembre 2019, et a quitté dès le lendemain le territoire national pour solliciter l'asile au royaume des Pays-Bas. Il a fait l'objet de la part des autorités de cet Etat d'une décision de transfert vers la France le 13 mars 2020 à laquelle il ne s'est pas opposé et qui n'a pu être exécutée, compte-tenu des mesures prises par les autorités des Etats membres pour lutter contre l'épidémie de covid-19, que le 4 septembre 2020. Lorsque M. C est à nouveau entré sur le territoire français, il a déposé sa demande d'asile le 23 septembre 2020, soit quelques jours après son retour. Dès lors, en estimant que M. C avait sollicité l'asile, sans motif légitime, plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version alors en vigueur.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
5. Le présent jugement implique nécessairement, au sens des dispositions de l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration accorde à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive jusqu'à la date, qui ne peut être déterminée en l'état de l'instruction à laquelle il a cessé ou cessera de remplir les conditions. Il y a lieu de prononcer une injonction en ce sens, assortie d'un délai d'exécution de deux mois. En revanche, il n'apparait pas nécessaire de l'assortir d'une astreinte.
6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le versement à la SELARL Mary et Inquimbert de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 octobre 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration de Rouen, ou à tout autre directeur territorialement compétent, d'accorder à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive et jusqu'à la date à laquelle il a cessé ou cessera de remplir les conditions pour les percevoir. Cette injonction devra être exécutée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'office français de l'immigration et de l'intégration versera à la SELARL Mary et Inquimbert une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à la SELARL Mary et Inquimbert et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Boulay, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
R. MULOT
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100195
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026