jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2100316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné sa reconduite à la frontière ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- n'a pas été précédée de la saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- méconnaît le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
L'arrêté portant reconduite à la frontière :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est dépourvu de base légale, l'administration ne justifiant pas de l'existence d'une décision de non-admission exécutoire ;
- a été adopté en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;
- n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle et méconnaît l'article L. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant cru à tort tenu de prendre la décision litigieuse ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant camerounais né le 30 septembre 1976, déclare résider en France depuis 2012. Le 2 octobre 2020, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Rouen à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont six mois fermes, pour violences conjugales en présence d'un mineur, en récidive, et a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen, le jour même. Les recherches administratives effectuées par la préfecture de la Seine-Maritime ont mis en évidence que M. B faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission au sein de l'espace Schengen émis par les autorités belges à la suite d'une condamnation de l'intéressé à trois ans d'emprisonnement et huit ans d'interdiction d'entrée dans l'espace Schengen par un tribunal de Bruxelles, le 14 mai 2020, pour des faits de fraude informatique. Par l'arrêté contesté du 26 janvier 2021, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné sa reconduite à la frontière. M. B demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite de refus de séjour qu'il estime révélée par cette mesure d'éloignement. Par un jugement n°2100316 en date du 9 février 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 26 janvier 2021 du préfet de la Seine-Maritime portant reconduite à la frontière de M. B et renvoyé devant une formation collégiale les conclusions formées par l'intéressé contre la décision implicite de refus de séjour qu'il estime révélée par l'édiction de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. M. B fait valoir qu'il avait déposé une demande de titre de séjour " étranger malade ", à une date non spécifiée, alors qu'il se trouvait en détention, de sorte que l'arrêté de reconduite à la frontière qui lui a été notifié en détention le 26 janvier 2021 révèle implicitement mais nécessairement l'existence d'une décision de refus de séjour. Le requérant soutient que le préfet ne peut dès lors se prévaloir, ainsi qu'il l'a fait dans l'arrêté litigieux, de ce qu'aucune démarche aux fins de renouveler son titre de séjour n'a été entamée.
3. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que M. B, qui était titulaire d'une carte de séjour " étranger malade " a été écroué, le 2 octobre 2020, à la maison d'arrêt de Rouen. Son titre de séjour a expiré, le 20 octobre suivant, alors qu'il se trouvait en détention. Si le requérant ne spécifie pas la date à laquelle il aurait déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour, il verse cependant aux débats un courrier électronique en date du 23 novembre 2020 au médecin de la maison d'arrêt de Rouen, établissant que celui-ci a été rendu destinataire à cette date, par des correspondants de la préfecture de la Seine-Maritime, des documents composant le dossier médical confidentiel destiné à l'instruction des demandes de titre de séjour " étranger malade " auprès des services de l'OFII. Dans les circonstances de l'espèce, cette pièce versée aux débats par le requérant permet d'établir, à elle seule, qu'une procédure visant à la délivrance ou au renouvellement de son titre de séjour " étranger malade " avait bien été initiée par le requérant à la date du 23 novembre 2020, au plus tard.
4. Il suit de là que l'adoption, le 26 janvier 2021, par l'autorité préfectorale, d'un arrêté portant reconduite à la frontière, à l'encontre du requérant révèle une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Au demeurant, le préfet de la Seine-Maritime, n'oppose aucune fin de non-recevoir tirée de l'inexistence de cette décision dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite de refus de séjour :
5. D'une part, en vertu de l'article L. 531-3, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision exécutoire prise par l'un des autres Etats parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et qu'il se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain, l'autorité administrative peut décider qu'il sera d'office reconduit à la frontière. / () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 25 de la convention d'application de l'accord de Schengen susvisée, tel que modifié par le 3 de l'article 1er du règlement (UE) n° 265/2010 du Parlement européen et du Conseil du 25 mars 2010 modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Lorsqu'un Etat membre envisage de délivrer un titre de séjour, il interroge systématiquement le système d'information Schengen. Lorsqu'un Etat membre envisage de délivrer un titre de séjour à un étranger qui est signalé aux fins de non admission, il consulte au préalable l'Etat membre signalant et prend en compte les intérêts de celui-ci ; le titre de séjour n'est délivré que pour des motifs sérieux, notamment d'ordre humanitaire ou résultant d'obligations internationales. / Lorsque le titre de séjour est délivré, l'Etat membre signalant procède au retrait du signalement, mais peut cependant inscrire cet étranger sur sa liste nationale de signalement / () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'un Etat membre n'est pas tenu de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant de pays tiers au seul motif que celui-ci est signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, pour autant que la délivrance de ce titre résulte de motifs sérieux, notamment d'ordre humanitaire, ou d'obligations internationales.
8. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
9. Au cas d'espèce, M. B justifie être atteint d'une maladie infectieuse particulièrement grave, l'exposant à un risque de décès en cas de défaut de prise en charge adaptée. En outre, il n'est pas contesté par l'administration que l'intéressé s'est vu délivrer, depuis 2012, des titres de séjour " étranger malade " en raison de cette pathologie. Dès lors, sans qu'y fasse obstacle la circonstance invoquée par le préfet que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, l'administration était tenue de saisir, pour avis, le collège de médecins de l'OFII avant de refuser éventuellement de l'admettre au séjour. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que la décision implicite de refus de séjour doit être annulée.
Sur l'injonction :
10. L'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. B. En revanche, elle implique nécessairement que sa demande de titre de séjour soit réexaminée, et qu'une autorisation provisoire de séjour lui soit délivrée pendant la durée de ce réexamen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois, et à cette délivrance dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, toutefois, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions formées par le requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de délivrance de titre de séjour de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente ;
M. Leduc, premier conseiller ;
M. Bouvet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mars 2023.
Le rapporteur
signé
C. BOUVET
La présidente,
signé
A. GAILLARD
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ".
Pour expédition conforme,
La greffière,
signé
S. Combes
N°2100316
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026