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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100429

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100429

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3P
Avocat requérantMALEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2021, et un mémoire complémentaire enregistré le 6 août 2021, M. C B, représenté par Me Malec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 rejetant son recours administratif contre la décision du préfet de la Seine-Maritime du 24 septembre 2020 prorogeant la validité de son permis de conduire pour une année, année au cours de laquelle sa capacité à conduire serait contrôlée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'acte attaqué est insuffisamment motivé ;

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- l'acte attaqué méconnait la circulaire du 3 août 2012 relative à l'organisation du contrôle médical de l'aptitude à la conduite des conducteurs et des candidats au permis de conduire ;

- cet acte est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A comme juge statuant seul dans les matières prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 21 décembre 2005 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée ;

- l'arrêté du 31 juillet 2012 relatif à l'organisation du contrôle médical de l'aptitude à la conduite ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été présenté au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la route : " I.- Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende ".

2. En vertu de l'article L. 224-14, du 3° du I de l'article R. 221-14, du 1° de l'article R. 221-13 et du 1° de l'article R. 226-1 du code de la route, le conducteur à l'encontre duquel le préfet a prononcé une mesure suspensive du droit de conduire pour l'infraction prévue par l'article L. 234-1 de ce code est soumis, avant la restitution de son permis, à un contrôle médical, organisé selon la procédure définie à l'article R. 226-2 et, le cas échéant, à celle prévue à l'article R. 226-4 du même code, afin de déterminer s'il dispose de l'aptitude médicale à la conduite du véhicule, qui consiste en une évaluation de l'aptitude physique, cognitive et sensorielle du titulaire du permis. L'intéressé ne peut obtenir la restitution de son permis que si, à l'issue de ce contrôle médical, il a été reconnu apte.

3. A la suite d'un contrôle d'alcoolémie effectué le 5 novembre 2017 par les forces de l'ordre, le taux d'alcool de M. B, au volant de son véhicule automobile, atteignait 0,47mg/L d'air expiré, ce qui a amené le préfet de la Seine-Maritime à prendre un arrêté de suspension du permis de conduire à l'encontre de l'intéressé pour une durée de trois mois. Une ordonnance pénale délictuelle le condamnait par ailleurs au paiement d'une amende de 250 euros assortie d'une peine de deux mois de suspension du titre de conduite. M. B devait se soumettre au contrôle médical d'aptitude à la conduite auprès de la commission médicale primaire. Des avis médicaux ont été rendus les 25 avril 2018, 12 décembre 2018 et 13 juin 2019, admettant une aptitude temporaire à la conduite pour des périodes de six mois. Le requérant ne s'étant pas rendu à la visite de contrôle de décembre 2019, il y a été procédé le 24 septembre 2020 et, eu égard aux analyses de sang produites par l'intéressé, une aptitude temporaire à la conduite d'un an a été prononcée. M. B demande l'annulation de la décision du 4 décembre 2020 rejetant son recours administratif contre l'arrêté du 24 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la motivation de l'acte :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 211-6 de ce code : " Les dispositions du présent chapitre ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret ".

5. D'autre part, les médecins chargés du contrôle médical sont tenus au secret médical dans les conditions rappelées au premier alinéa de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique relatif aux devoirs des médecins exerçant la médecine de contrôle, aux termes duquel : " Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent ".

6. La décision par laquelle le préfet suspend ou annule un permis de conduire, ou restreint sa validité, au motif que son titulaire est atteint d'une affection médicale incompatible avec la conduite d'un véhicule présente le caractère d'une mesure de police et doit, par suite, être motivée. Si le préfet ne peut que se référer, dans sa décision, pour en assurer la motivation, à l'avis qui lui a été communiqué par les médecins chargés du contrôle médical, lequel, conformément aux dispositions de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique, se borne à indiquer que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite d'un véhicule, il incombe aux médecins, afin d'assurer le respect des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 5, d'informer le titulaire des motifs médicaux sur lesquels ils se sont fondés. La signature de l'intéressé sur l'avis d'inaptitude, sous une mention selon laquelle il reconnaît avoir été informé verbalement des motifs médicaux retenus, permet ainsi de vérifier le respect de cette obligation. Il est, par ailleurs, loisible au titulaire du permis de demander communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents conservés par les médecins relatifs à son état de santé.

7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la décision du préfet de la Seine-Maritime du 24 septembre 2020 indique les dispositions du code de la route dont elle fait application et mentionne que M. B a pris connaissance des motifs d'ordre médical retenus. Ces éléments sont par ailleurs explicités par le courrier du 4 décembre 2020 signé par le médecin responsable de la commission médicale primaire. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne le principe du contradictoire :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ".

9. D'autre part, l'article R. 226-2 du code de la route, pris pour l'application de l'article L. 224-14 du même code, prévoit que le contrôle médical organisé, notamment, dans le cas de la situation décrite au point 2 " est effectué par un médecin agréé par le préfet, consultant hors commission médicale, ou des médecins siégeant dans une commission médicale primaire départementale ou interdépartementale (). Lors de ce contrôle médical, le médecin agréé ou la commission médicale peut prescrire tout examen complémentaire. Il peut également solliciter, dans le respect du secret médical, l'avis de professionnels de santé qualifiés dans des domaines particuliers. / S'il l'estime médicalement nécessaire, le médecin agréé peut demander au préfet de convoquer la personne examinée devant la commission médicale primaire dont la compétence est alors substituée à la sienne. / Le médecin agréé consultant hors commission médicale ou la commission médicale émet un avis médical sur l'aptitude, l'aptitude temporaire, l'aptitude avec restrictions d'utilisation du permis ou sur l'inaptitude à la conduite de la personne examinée. Lorsque cet avis est rendu par la commission médicale, il est transmis au préfet par ses soins ". Aux termes de l'article R. 226-4 du code de la route : " La commission médicale d'appel peut être saisie par la personne qui a fait l'objet d'un contrôle médical lorsque, à la suite de l'avis qui lui a été transmis, le préfet a rendu à son encontre une décision d'aptitude temporaire, d'aptitude avec restrictions d'utilisation du permis ou d'inaptitude. / Cet appel ne suspend pas l'application de la décision préfectorale. / La commission médicale d'appel, après avoir examiné la personne et entendu, si elle le juge nécessaire, le ou les médecins agréés qui ont réalisé son contrôle médical en première instance, transmet au préfet son avis motivé. / La personne ayant fait l'objet d'une décision d'inaptitude, d'aptitude temporaire ou d'aptitude assortie de restrictions du préfet prise après avis de la commission d'appel, peut demander un nouveau contrôle médical par un médecin agréé consultant hors commission médicale ou par la commission médicale à l'expiration d'un délai de six mois suivant cette décision ".

10. La procédure de contrôle médical prévue à l'article L. 224-14 du code de la route et définie aux articles R. 226-2 et R. 226-4 de ce code, qui permet de vérifier l'aptitude médicale à la conduite du véhicule et présente des caractéristiques spécifiquement attachées à la situation du conducteur et aux exigences de la sécurité routière, a le caractère d'une procédure contradictoire particulière pour l'application du 3° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le requérant ne peut dès lors pas utilement soutenir que la décision attaquée a méconnu le principe du respect du contradictoire prévu à l'article L. 121-1 de ce code.

En ce qui concerne l'erreur d'appréciation de la situation médicale :

11. Il ressort des pièces du dossier que le taux de transférine carboxy déficiente de M. B constaté à l'occasion de la commission médicale du 24 septembre 2020 a été fixé à 1,9 pour 1,7 en juillet 2020 puis 1,5 pour 1,7 en septembre 2020, ce qui révèle une consommation d'alcool demeurant élevée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en renouvelant la validité du permis du requérant pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par ailleurs, eu égard au contenu de l'arrêté susvisé du 21 décembre 2005 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire, en particulier de son annexe I, l'administration était fondée à prendre en considération le diabète qui affecte M. B. Enfin, il convient d'indiquer que la circulaire du 3 août 2012 citée par le requérant est dépourvue de valeur réglementaire et n'est pas de nature à modifier la portée des dispositions du code de la route susvisées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. ALe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et au préfet de la Seine-Maritime chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100429

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