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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100488

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100488

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantVINCENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 février 2021, 19 mai 2021 et 11 juillet 2021, M. et Mme A C, représentés par Me Vincent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le président de la métropole Rouen Normandie a rejeté leur demande du 12 octobre 2020 tendant à ce que soit mise en œuvre toute procédure idoine ayant pour effet de modifier le plan local d'urbanisme intercommunal en vue d'autoriser sur la parcelle AT 0007 une construction à usage d'habitation autre qu'en lien avec l'activité agricole ;

2°) d'enjoindre à la métropole Rouen Normandie de mettre en œuvre toute procédure idoine ayant pour effet de modifier le plan local d'urbanisme intercommunal en vue d'autoriser sur la parcelle AT 0007 une construction à usage d'habitation autre qu'en lien avec l'activité agricole, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la métropole Rouen Normandie la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- aucun élément ne permet d'établir que le signataire de la décision en litige avait compétence pour la signer ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, dès lors qu'au vu des objectifs fixés dans le plan d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie, qui classe au demeurant le secteur dans lequel se situe leur parcelle en " espaces urbains ", le classement de cette parcelle en zone A n'est pas justifié ;

- elle est illégale, dès lors que leur parcelle satisfait aux conditions nécessaires à la mise en place d'un secteur de taille et de capacité d'accueil limitées au sens et pour l'application de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mai 2021, 13 juin 2021 et 22 octobre 2021, la métropole Rouen Normandie, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Vincent, représentant M. C, ainsi que celles de Me Lereverand, substituant Me Rouhaud pour la métropole Rouen Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A C sont propriétaires de la parcelle cadastrée section AT n° 0007 située 607 rue des Clos sur le territoire de la commune de Jumièges, classée en zone A du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie. Par un courrier du 12 octobre 2020, ils ont demandé au président de la métropole de modifier le plan local d'urbanisme intercommunal en vue d'autoriser la construction à usage d'habitation sur leur parcelle. Par une décision du 10 décembre 2020, le président de la métropole Rouen Normandie a refusé de faire droit à leur demande. Par leur requête, les consorts C demandent l'annulation de la décision du 10 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 4 septembre 2020, affiché le même jour, le président de la métropole Rouen Normandie a donné délégation de fonction à M. Djoudé Merabet, vice-président chargé de l'urbanisme et de la politique foncière, à l'effet de signer " les actes relevant de la compétence du Président dans les domaines de l'urbanisme et de la politique foncière ", soit, notamment, " Le Plan Local d'Urbanisme Intercommunal (PLUI) ", le contenu de cette délégation comprenant notamment les propositions " de toute décision utile dans le cadre des délibérations de l'assemblée délibérante ", soit, en particulier, les décisions portant refus d'inscrire à l'ordre du jour du conseil de la métropole Rouen Normandie la question de la modification du plan local d'urbanisme intercommunal. Le moyen tiré de ce que le signataire de la décision contestée serait incompétent pour l'édicter doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun principe ni d'aucune disposition législative ou réglementaire que la décision par laquelle le président d'une métropole refuse d'inscrire à l'ordre du jour du conseil métropolitain la question de la révision du règlement d'un plan local d'urbanisme intercommunal, qui revêt un caractère réglementaire, s'agissant du classement d'une parcelle, doive être motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le classement en zone agricole peut concerner des zones à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles, alors même qu'elles seraient desservies ou destinées à être desservies par des équipements publics et seraient situées à proximité immédiate de zones construites. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan lorsqu'ils classent en zone agricole un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation, ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.

6. Par ailleurs, il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

7. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

8. Le plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la métropole Rouen Normandie se fixe pour objectif, notamment, de maintenir " l'équilibre entre les espaces agricoles, les espaces forestiers, et les espaces urbanisés " et de limiter " l'étalement urbain et la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers pour la période 2020-2023, dans le respect des objectifs définis dans le Schéma de Cohérence Territoriale ", ce document classant la zone où se situe la parcelle en cause en " espace naturel ou agricole ". Il fixe également comme objectif de " proposer un modèle de développement permettant de réduire de 50 % la consommation foncière liée à l'habitat ", en proposant plusieurs modes d'intervention, notamment en donnant " la priorité à l'urbanisation au sein de l'enveloppe urbaine existante après identification des espaces non bâtis, ou sous-utilisés ". Est également fixé comme objectif celui d'" organiser le développement urbain dans le respect de l'équilibre des territoires ", notamment en développant " modérément les bourgs et villages selon le principe de renforcement des centre-bourg " et " de contenir les extensions urbaines futures sur des espaces immédiatement contiguës au tissu urbain existant ".

9. Il est constant que la parcelle cadastrée section AT n° 0007, classée en zone A par le plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie, est une parcelle non bâtie. L'ensemble des terrains jouxtant cette parcelle sont classés en zone A. Les seules circonstances que cette parcelle est située à proximité de terrains sur lesquels ont été édifiées des constructions et est raccordée aux réseaux publics ne sauraient, à elles seules, caractériser une absence de potentiel agronomique, biologique ou économique, au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. Cette parcelle ne peut en tout état de cause être regardée comme étant située dans un " hameau " tel que défini par le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie, ou dans un secteur déjà urbanisé de la commune, au vu, notamment, de la faible densité du bâti existant, soit 1,7 logement par hectare ainsi que le fait valoir la métropole. Dans ces conditions, le classement en zone A de la parcelle cadastrée section AT n° 0007 ne saurait être regardé comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est, en tout état de cause, cohérent avec les objectifs du plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la métropole Rouen Normandie.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut, à titre exceptionnel, délimiter dans les zones naturelles, agricoles ou forestières des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées dans lesquels peuvent être autorisés : / 1° Des constructions ; / () Il précise les conditions de hauteur, d'implantation et de densité des constructions, permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. / Il fixe les conditions relatives aux raccordements aux réseaux publics, ainsi que les conditions relatives à l'hygiène et à la sécurité auxquelles les constructions, les résidences démontables ou les résidences mobiles doivent satisfaire. / Ces secteurs sont délimités après avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. / Leur caractère exceptionnel s'apprécie, entre autres critères, en fonction des caractéristiques du territoire, du type d'urbanisation du secteur, de la distance entre les constructions ou de la desserte par les réseaux ou par les équipements collectifs. ".

11. Ainsi que cela résulte des dispositions précitées, les auteurs du plan local d'urbanisme ne peuvent qu'exceptionnellement délimiter un secteur de taille et de capacité d'accueil limitées. Ainsi, la seule circonstance que la parcelle en cause satisferait les conditions des dispositions précitées de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme ne saurait entacher la décision contestée d'illégalité au regard de ces mêmes dispositions. En tout état de cause, si le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie prévoit que de tels secteurs peuvent être créés, et notamment des secteurs " N/A - sth ", soit " à vocation habitat ", il ressort toutefois des pièces du dossier, et au regard de ce qui a été dit précédemment, que la parcelle en cause ne peut être regardée comme se situant dans une zone remplissant les conditions de création d'un tel secteur. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la parcelle de M. et Mme C satisferait aux conditions nécessaires à la mise en place d'un secteur de taille et de capacité d'accueil limitées au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le président de la métropole Rouen Normandie a rejeté leur demande du 12 octobre 2020 tendant à ce que soit mise en œuvre toute procédure idoine ayant pour effet de modifier le plan local d'urbanisme intercommunal en vue d'autoriser sur la parcelle cadastrée section AT n° 0007 la construction à usage d'habitation autre qu'en lien avec l'activité agricole. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Rouen Normandie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les consorts C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme C une somme de 1 500 euros à verser à la métropole Rouen Normandie au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la métropole Rouen Normandie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A C et à la métropole Rouen Normandie.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme D et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

D. DLa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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