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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100513

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100513

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantRICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2021, M. D A demande au tribunal d'annuler la délibération du 9 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville a décidé la suppression des communes déléguées de Saint-Just, de La Chapelle-Réanville et de Saint-Pierre-d'Autils.

Il soutient que :

- cette délibération est entachée d'un vice de procédure dès lors que le contenu de la note de synthèse n'a pas permis aux conseillers municipaux de disposer, conformément aux exigences prévues à l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, d'une information adéquate sur les conséquences du projet de suppression des communes déléguées et les différentes solutions envisageables, le maire ayant, par ailleurs, donné de fausses informations aux conseillers municipaux ;

- en présentant la suppression des communes déléguées comme la régularisation d'une situation de fait, d'une part, et une demande émanant du représentant de l'Etat, d'autre part, le maire a délivré une information erronée aux conseillers municipaux, information qui a pu être de nature à exercer une influence sur le sens de leur vote.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2021, la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville, représentée par le cabinet Richer et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales est inopérant, la commune comptant moins de 3 500 habitants ;

- les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de M. A et de Me Richer, représentant la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 août 2016 du préfet de l'Eure, la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville a été créée à compter du 1er janvier 2017 en lieu et place des communes de La Chapelle-Réanville, de Saint-Just et de Saint-Pierre-d'Autils qui ont été constituées en communes déléguées. M. Dewas, conseiller municipal, demande l'annulation de la délibération du 9 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de La Chapelle-Longueville a décidé la suppression des trois communes déléguées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2113-1 du code général des collectivités territoriales : " La commune nouvelle est soumise aux règles applicables aux communes, sous réserve des dispositions du présent chapitre et des autres dispositions législatives qui lui sont propres ". Aux termes de l'article L. 2113-10 du même code : " () / Le conseil municipal de la commune nouvelle peut décider la suppression d'une partie ou de l'ensemble des communes déléguées, dans un délai qu'il détermine. Le projet de suppression d'une commune déléguée est subordonné à l'accord du maire délégué et, lorsqu'il existe, du conseil de la commune déléguée () ". L'article L. 2121-12 de ce code dispose que : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal () ". Enfin, l'article L. 2121-13 dudit code prévoit que : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

3. En application des dispositions de l'article L. 2121-13, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération.

4. En premier lieu, si l'arrêté préfectoral du 3 août 2016 portant création de la commune nouvelle de La Chapelle-Réanville mentionne que la population totale s'établit à 3 545 habitants au 1er janvier 2016, il ressort toutefois des chiffres du dernier recensement de la population, qui sont librement consultables sur le site de l'Institut national de la statistique et des études économiques, que la commune ne comptait plus que 3 325 habitants au 1er janvier 2018. Dès lors, M. A ne peut utilement se prévaloir des exigences prévues à l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales dont les dispositions ne sont applicables qu'aux seules communes de 3 500 habitants et plus. En tout état de cause, le rapport de présentation, qui rappelle le cadre légal applicable et qui expose les éléments d'informations suffisants, permettait aux conseillers municipaux d'appréhender le contexte, de comprendre les motifs de fait et de droit de la délibération soumise à leur approbation et d'en mesurer les implications. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 9 décembre 2020, le maire de la commune de La Chapelle-Longueville a fourni à l'ensemble des conseillers municipaux, en réponse à la demande adressée le 7 décembre 2020 par M. A, des informations claires, précises et détaillées sur le contexte du projet de suppression des communes déléguées ainsi que sur les conséquences juridiques, administratives et financières qu'impliquait cette décision. En outre, il ne ressort ni du courriel du maire ni du procès-verbal de la séance ni du rapport de présentation, qui rappelle d'ailleurs que le renouvellement général de l'assemblée municipale d'une commune nouvelle n'entraîne pas la suppression de plein droit des communes déléguées, que des informations indispensables au vote des conseillers municipaux leur auraient été dissimulées ni que ceux-ci n'auraient pas été en mesure d'exercer pleinement leur mandat et de se prononcer, de manière suffisamment éclairée, sur la délibération en cause. Dès lors, le moyen tiré de ce que les membres du conseil municipal auraient reçu une information erronée et insuffisante et que leur droit à l'information garanti par l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales aurait été méconnu doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 9 décembre 2020 de la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune nouvelle de La Chapelle-Longueville.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

S. C

La présidente,

A. MACAUD

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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