jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2100595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 février 2021, M. B C, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 12 novembre 2020 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant refus des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en violation des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas reçu d'information préalable dans une langue qu'il comprend ;
- a été prise en violation des dispositions combinées des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations ;
- a été prise en violation des dispositions de la directive n° 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité et de ses besoins particuliers ;
- a été prise en violation des dispositions combinées des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'il se trouve, avec ses deux enfants mineurs dont il a la charge, dans une situation de grande vulnérabilité, qui n'a pas été examinée ; il a, en outre, présenté sa demande d'asile dans un délai de 90 jours après son entrée en France ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 décembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant nigérian né le 15 février 1981, entré sur le territoire français au cours de l'année 2014 selon ses déclarations, a, le 12 novembre 2020, introduit une demande d'asile. Par la décision attaquée du 12 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
2. En premier lieu, Mme D E, directrice territoriale de l'OFII à Rouen, a reçu délégation en vertu de la décision du directeur général de l'OFII du 2 janvier 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n° 2018-02 du 15 février 2018, à l'effet de signer, dans le cadre des instructions qui lui sont données et dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant, notamment, aux missions dévolues à la direction territoriale de Rouen. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions dont il a été fait application, relève que M. C a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. La décision en litige, qui n'a au demeurant pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " () Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ".
5. Les dispositions précitées prévoient une obligation d'informer le demandeur d'asile que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui sera de plein droit refusé s'il n'accepte pas la proposition d'hébergement qui lui est faite par l'OFII, s'il quitte le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation, ou s'il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Il est constant que la décision contestée n'a pas été prise au motif que M. C a refusé une proposition d'hébergement qui lui aurait été faite, a quitté un tel lieu d'hébergement ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'intéressé n'a pas reçu l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ". Aux termes de l'article D. 744-38 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".
7. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de mettre en mesure un demandeur d'asile de présenter des observations n'est applicable que dans les cas où il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En l'espèce, la décision attaquée a pour objet de refuser à M. C l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant l'intervention de la décision attaquée, en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, M. C ne saurait utilement invoquer l'illégalité de la décision portant refus des conditions matérielles d'accueil au regard des dispositions des articles 20 à 22 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, cette directive ayant été entièrement transposée en droit interne. En tout état de cause, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que celle-ci a été précédée d'un examen de la vulnérabilité du requérant. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; / 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; / 3° En cas de fraude. ".
10. D'une part, si le requérant soutient qu'il devait être considéré comme une personne vulnérable aux motifs qu'il est isolé sur le territoire français avec deux enfants mineurs à charge, qu'il ne dispose pas d'hébergement et n'a aucune aide, il n'apporte toutefois aucune précision ni aucun justificatif sur ses conditions de vie et ses ressources. Il ressort au demeurant des pièces du dossier que M. C n'a pas la charge de ses enfants, ceux-ci résidant chez leur mère. Enfin, si le requérant a, durant l'entretien de vulnérabilité qui s'est tenu le 12 novembre 2020, indiqué avoir " mal au dos ", il ne produit toutefois aucun document médical permettant d'en attester. Par suite, les seules pièces du dossier ne permettent pas d'établir une situation de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'il appartient à l'OFII d'établir qu'il a demandé l'asile plus de 90 jours après être entré en France, M. C ne remet pas en cause la circonstance qu'il a lui-même déclaré aux services de l'OFII être entré sur le territoire français au mois de février 2014. Ainsi, le requérant, qui se maintient au demeurant sur le territoire français sans bénéficier des conditions matérielles d'accueil depuis plus de six années et dont il est constant qu'il a introduit sa demande d'asile le 12 novembre 2020, a présenté sa demande plus de 90 jours après être entrée en France. Au demeurant, M. C n'établit, ni même n'allègue, l'existence d'un motif légitime justifiant le dépôt de sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France.
12. Il suit de là que le moyen tiré de la violation des dispositions combinées précitées des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, doit être écarté.
13. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant ne fournissant aucun élément de précision sur sa situation personnelle.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Elatrassi et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme F et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
D. FLa présidente,
Signé
P. BaillyLa greffière,
Signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026