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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100830

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100830

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 mars 2021, 27 septembre 2022 et 10 novembre 2022, Mme A C, représentée par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Caudebec-Lès-Elbeuf lui a retiré un jour de réduction du temps de travail et cinq jours de congés annuels, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 28 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que les décisions attaquées :

- sont insuffisamment motivées ;

- méconnaissent l'ordonnance n°2020-430 du 15 avril 2020 dès lors que l'autorité territoriale n'a pas pris de décision de transposition de l'ordonnance n°2020-430 du 15 avril 2020 et qu'elle a procédé à une réfaction de ses congés à caractère rétroactif ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'ordonnance n°2020-430 du 15 avril 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juillet 2022, le 12 octobre 2022 et le 23 novembre 2022, le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf, représentée par la SELARL Huon et Sarfati, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision du 30 septembre 2020 a été supprimée de l'ordonnancement juridique par la décision du 5 février 2021 et que la requérante n'a pas dirigé ses conclusions à l'encontre de la décision du 5 février 2021 ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2020-430 du 15 avril 2020 relative à la prise de jours de réduction du temps de travail ou de congés dans la fonction publique de l'Etat et la fonction publique territoriale au titre de la période d'urgence sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,

- et les observations Me Languil, représentant Mme C et de Me Garceries, représentant le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe administrative principale, exerce les fonctions de coordonnatrice sociale au sein du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf depuis 2005. Dans le contexte de l'émergence de l'épidémie de covid-19, de sa propagation sur le territoire français à compter du début de l'année 2020 et des diverses mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre cette épidémie, Mme C a bénéficié pour certaines journées d'autorisations spéciales d'absence (ASA) du 16 mars au 16 avril 2020, puis du 16 avril au 31 mai 2020. Par la décision attaquée du 30 septembre 2020, le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf a retiré à l'intéressée un jour de réduction du temps de travail et cinq jours de congés annuels. Par un recours gracieux du 27 novembre 2020, Mme C a demandé le retrait de cette décision. Par la décision attaquée du 28 décembre 2020, le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf a rejeté cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Le CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf fait valoir en défense que le litige a perdu son objet dès lors que le président du CCAS a pris le 5 février 2021 une décision, à la demande de Mme C, selon laquelle 3,5 jours ont été recrédités à celle-ci au titre des congés posés entre le 22 mai 2020 et le 27 mai 2020. Toutefois, dès lors que la décision du 30 septembre 2020 procédant à la réfaction d'un jour de réduction du temps de travail et de cinq jours de congés annuels a été exécutée entre le 30 septembre 2020 et le 5 février 2021 et que la décision du 5 février 2021 n'indique pas pour quels motifs les 3,5 jours de congés s ont été recrédités, le litige conserve son objet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 1 de l'ordonnance n° 2020-430 du 15 avril 2020 relative à la prise de jours de réduction du temps de travail ou de congés dans la fonction publique de l'Etat et la fonction publique territoriale au titre de la période d'urgence sanitaire : " Les fonctionnaires et agents contractuels de droit public de la fonction publique de l'Etat, les personnels ouvriers de l'Etat ainsi que les magistrats de l'ordre judiciaire en autorisation spéciale d'absence entre le 16 mars 2020 et le terme de l'état d'urgence sanitaire déclaré par la loi du 23 mars 2020 susvisée ou, si elle est antérieure, la date de reprise par l'agent de son service dans des conditions normales, prennent dix jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels au cours de cette période, dans les conditions suivantes : / 1° Cinq jours de réduction du temps de travail entre le 16 mars 2020 et le 16 avril 2020 ; / 2° Cinq autres jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels entre le 17 avril 2020 et le terme de la période définie au premier alinéa. / Les personnes mentionnées au premier alinéa qui ne disposent pas de cinq jours de réduction du temps de travail prennent au titre du 1°, selon leur nombre de jours de réduction du temps de travail disponibles, un ou plusieurs jours de congés annuels entre le 17 avril 2020 et le terme de la période définie au premier alinéa, dans la limite totale de six jours de congés annuels au titre du 1° et du 2°. / Le chef de service précise les dates des jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels à prendre après le 17 avril en respectant un délai de prévenance d'au moins un jour franc. / Le nombre de jours de congés imposés est proratisé pour les agents exerçant leurs fonctions à temps partiel ". Aux termes de l'article 2 de la même ordonnance : " Afin de tenir compte des nécessités de service, le chef de service peut imposer aux fonctionnaires et agents contractuels de droit public de la fonction publique de l'Etat, aux personnels ouvriers de l'Etat ainsi qu'aux magistrats judiciaires en télétravail ou assimilé entre le 17 avril 2020 et le terme de l'état d'urgence sanitaire déclaré par la loi du 23 mars 2020 susvisée ou, si elle est antérieure, la date de reprise de l'agent dans des conditions normales, de prendre cinq jours de réduction du temps de travail ou, à défaut, de congés annuels au cours de cette période. / Le chef de service précise les dates des jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels pris au titre de l'alinéa précédent en respectant un délai de prévenance d'au moins un jour franc ". Aux termes de l'article 4 de l'ordonnance précitée : " I. - Le nombre de jours de congés imposés au titre de l'article 1er et susceptibles de l'être au titre de l'article 2 est proratisé en fonction du nombre de jours accomplis en autorisation spéciale d'absence et en télétravail ou assimilé au cours de la période de référence définie au premier alinéa de l'article 1er. ". Aux termes de l'article 7 de l'ordonnance précitée : " Les dispositions de la présente ordonnance peuvent être appliquées aux agents publics relevant de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par décision de l'autorité territoriale, dans les conditions définies par celle-ci. Lorsque l'autorité territoriale fait usage de cette faculté, les fonctionnaires et agents contractuels de droit public occupant des emplois permanents à temps non complet sont assimilés à des agents publics à temps partiel. ".

4. Il ressort des termes de l'ordonnance du 15 avril 2020 susvisée que, d'une part, les jours de réduction du temps de travail entre le 16 mars et le 16 avril 2020 étaient retirés d'office aux agents placés en situation d'autorisation spéciale d'absence et, que, d'autre part, pour les jours de congés annuels ou de réduction de temps de travail qui devaient être pris pour les agents placés en autorisation spéciale d'absence entre le 16 mars et le terme de l'urgence sanitaire ou en télétravail entre le 17 avril et le terme de l'urgence sanitaire, le chef de service compétent devait préciser les dates des jours pris en respectant un délai de prévenance d'au moins un jour franc. Le délai de prévenance qu'elle institue relativement à la prise de cinq jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels entre le 17 avril 2020 et le terme de l'état d'urgence sanitaire déclaré par la loi du 23 mars 2020 ou, si elle est antérieure, la date de reprise par l'agent de son service dans des conditions normales, a pour objet et pour effet d'interdire aux chefs de service d'imposer aux agents en autorisation spéciale d'absence placés sous leur autorité la prise rétroactive de jours de congés au cours de cette période.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 30 septembre 2020, le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf a procédé à la réfaction d'un jour de réduction du temps de travail et de cinq jours de congés annuels de la feuille de congés de Mme C au titre de l'ordonnance du 15 avril 2020. S'il n'est pas indiqué au sein de la décision litigieuse au titre de quelle période la réfaction de ces jours a été opérée, il résulte des dispositions des alinéas 2 et 3 de l'article 1 ainsi que de l'article 2 de l'ordonnance du 15 avril 2020 précitée, que ce soit pour la période du 16 mars 2020 au 16 avril 2020 ou celle du 17 avril 2020 au terme de l'urgence sanitaire, que l'autorité territoriale ne pouvait imposer à Mme C de prendre des jours de congés annuels qu'en respectant le délai de prévenance d'un jour franc. Par suite, le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf, en lui retirant rétroactivement cinq jours de congés annuels, a commis une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf lui a retiré un jour de réduction du temps de travail et cinq jours de congés annuels, ainsi que, par voie conséquence, de la décision de rejet de son recours gracieux du 28 décembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf la somme de 1 500 euros à verser à Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 septembre 2020 par laquelle le président du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf a retiré à Mme C un jour de réduction du temps de travail et cinq jours de congés annuels, ainsi que, par voie conséquence, la décision de rejet de son recours gracieux du 28 décembre 2020, sont annulées.

Article 2 : Il est mis à la charge du CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf la somme de 1 500 euros à verser à Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la CCAS de Caudebec-lès-Elbeuf sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre communal d'action social de Caudebec-lès-Elbeuf.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

L. B

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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