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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100898

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100898

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantSCP JEROME ROUSSEAU ET GUILLAUME TAPIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mars 2021, 10 juin 2022 et 1er décembre 2022, Mme D C, représentée par le cabinet Veil Jourde, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le jury de l'examen pratique d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale a décidé de son ajournement à l'épreuve du 23 septembre 2020 ainsi que la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le président du Conseil national de l'ordre vétérinaire (CNOV) a rejeté son recours amiable en date du 28 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au CNOV de valider son épreuve d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale et de procéder à son inscription sur le registre national d'aptitude à la profession d'ostéopathe animalier, ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNOV la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le procès-verbal de délibération du jury du 23 septembre 2020 comprend en annexe l'arrêté du 19 avril 2017 dans sa version antérieure à la modification par l'arrêté du 10 juin 2020 ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure :

o la composition du jury pour l'épreuve d'aptitude du 23 septembre 2020 étant irrégulière dès lors que le CNOV ne justifie pas que le président de jury était le représentant du CNOV et que les membres du jury n'ont pas été désignés par désignation du président du CNOV ;

o l'épreuve s'étant déroulée en méconnaissance des règles relatives à la désignation des examinateurs, au tirage au sort lors de l'épreuve, au temps de préparation et au temps de passage lors de l'épreuve pratique d'admission,

o la composition, le fonctionnement de la commission de recours amiable et l'avis rendu le 5 janvier 2021 par celle-ci sont irréguliers ;

- elles sont dépourvues de base légale dès lors que le règlement des épreuves d'aptitude établi par le CNOV n'a pas fait l'objet :

o de mesures de publicité adéquates ;

o d'une délibération du CNOV adoptant le règlement ;

o d'une consultation préalable du comité de pilotage.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 avril 2022, 4 juillet 2022, 14 novembre 2022, 2 décembre 2022 et 7 décembre 2022, le CNOV, représenté par le cabinet Rousseau - Tapie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a produit un mémoire le 12 décembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, trois jours avant l'audience, qui n'a pas été communiqué.

Par courrier du 26 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le président du CNOV a informé Mme C de son ajournement à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale du 23 septembre 2020 dès lors que cette décision ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Des observations sur le moyen susceptible d'être soulevé d'office, enregistrées le 27 octobre 2022, ont été produites pour Mme C.

Des observations sur le moyen susceptible d'être soulevé d'office, enregistrées le 28 octobre 2022, ont été produites pour le président du CNOV.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 19 avril 2017 précisant les conditions selon lesquelles les personnes mentionnées à l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime sont réputées détenir les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise des compétences exigées pour la réalisation d'actes d'ostéopathie animale modifié par l'arrêté du 10 juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Par décision du président du tribunal, M. B a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Guiral, rapporteur public,

- et les observations de Me Hardouin, représentant Mme C.

Le président du CNOV n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C s'est présentée à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale du 23 septembre 2020. Par courrier du 30 septembre 2020, le président du CNOV l'a informée de son ajournement à l'examen. Le 28 novembre 2020, l'intéressée a formé un recours amiable à l'encontre de la décision d'ajournement. Après avis de la commission de recours amiable du 5 janvier 2021, le président du CNOV a rejeté son recours amiable par la décision attaquée du 14 janvier 2021.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 septembre 2020 :

2. Le courrier du 30 septembre 2020 par lequel le président du CNOV a informé Mme C de son ajournement à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale du 23 septembre 2020 , qui a seulement pour objet de lui notifier la décision prise par le jury en application de l'article IV-4 du règlement des épreuves d'aptitude relatives aux compétences exigées des personnes réalisant des actes d'ostéopathie animale au visa du 12° de l'article L. 243-3 du code rural et de la pêche maritime, ne constitue pas un acte à caractère décisoire. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 14 janvier 2021 :

3. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 19 avril 2017 précisant les conditions selon lesquelles les personnes mentionnées à l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime sont réputées détenir les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise des compétences exigées pour la réalisation d'actes d'ostéopathie animale : " Le conseil national de l'ordre des vétérinaires () Il est responsable de l'organisation et du déroulement de l'épreuve d'aptitude mentionnée au I de l'article D. 243-7, dont il établit le règlement. ". Aux termes de l'article VI-I du règlement établi par le conseil national de l'ordre des vétérinaires en application des dispositions précitées : " Une commission de recours amiable est constituée et placée directement sous l'autorité du Président du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires. / Cette commission est saisie par lettre motivée du candidat adressée au Président du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires, des recours initiés en défense de ses intérêts dans les deux mois de la réception de la notification de l'ajournement à l'épreuve d'admissibilité ou à l'épreuve pratique ".

4. En l'espèce, si le règlement des épreuves d'aptitude relatives aux compétences exigées des personnes réalisant des actes d'ostéopathie animale ne fait pas expressément état du caractère obligatoire du recours amiable devant la commission de recours amiable préalablement à tout recours contentieux, il en organise les modalités de façon précise et institue une procédure administrative particulière avec des délais d'instruction spécifiques. Ainsi, eu égard à la nature particulière de l'examen d'ostéopathie animale destinée à permettre l'exercice de la profession organisée par un ordre professionnel, le recours devant la commission de recours amiable doit s'analyser comme un recours administratif préalable obligatoire.

5. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. La substitution à la décision administrative initiale de la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire ne fait pas obstacle à ce que soit invoqué à l'encontre de cette décision un moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie préalablement à la décision administrative initiale. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle.

6. Aux termes de l'article L. 243-3 du code rural et de la pêche maritime : " () 12° Dès lors qu'elles justifient de compétences définies par décret et évaluées par le conseil national de l'ordre, les personnes réalisant des actes d'ostéopathie animale, inscrites sur une liste tenue par l'ordre des vétérinaires et s'engageant, sous le contrôle de celui-ci, à respecter des règles de déontologie définies par décret en Conseil d'Etat ; ". L'article D. 243-7 de ce code prévoit que : " I. - Sont réputées détenir les compétences prévues au 12° de l'article L. 243-3 les personnes ayant réussi une épreuve d'aptitude composée d'une épreuve d'admissibilité et d'une épreuve pratique accessible après cinq années d'études supérieures ()/ Les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise de ces compétences ainsi que les modalités d'organisation de l'épreuve et la composition du jury sont précisées par arrêté du ministre chargé de l'agriculture () ". L'arrêté du 19 avril 2017, qui fixe les conditions dans lesquelles les personnes mentionnées à l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime sont réputées détenir les connaissances et savoir-faire nécessaires à la maîtrise des compétences exigées pour la réalisation d'actes d'ostéopathie animale précise en son article 2 que : " Le conseil national de l'ordre des vétérinaires reçoit et examine les demandes de candidature pour l'inscription à l'épreuve d'aptitude mentionnée au I de l'article D. 243-7 du code rural et de la pêche maritime, et les demandes de reconnaissance des qualifications professionnelles des personnes mentionnées à l'article R. 204-1 et au II de l'article D. 243-7 précité. / Il est responsable de l'organisation et du déroulement de l'épreuve d'aptitude mentionnée au I de l'article D. 243-7, dont il établit le règlement () ".

7. Aux termes de l'article VI-3 du règlement établi par le conseil national de l'ordre des vétérinaires en application des dispositions rappelées ci-dessus : " La commission de recours amiable est présidée par le conseiller national de l'Ordre des vétérinaires. / La commission statue à l'unanimité des voix. Les membres de la commission ne peuvent pas s'abstenir. / Elle rend un avis consultatif motivé au Président du Conseil national dans les trois mois qui suivent sa saisine. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un courrier adressé le 14 janvier 2021 par le président du CNOV à un membre siégeant à la commission de recours amiable du 5 janvier 2021, que ce membre a refusé de statuer au regard du lien d'intérêt qui l'unissait à Mme C alors même que le règlement dispose que les membres de la commission ne peuvent s'abstenir. La condition prévue par le règlement précité selon lequel la commission de recours amiable composée de trois membres statue à l'unanimité des voix constitue une garantie reconnue au candidat ajourné dont la privation est de nature à vicier la procédure. Il appartenait au CNOV de mettre en œuvre tous les moyens à sa disposition pour s'assurer que l'ensemble des membres de la commission était en mesure de statuer. Par suite, en l'absence de remplacement du membre de la commission défaillant, la décision du 14 janvier 2021 est entachée d'un vice de procédure.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le président du CNOV a rejeté son recours amiable en date du 28 novembre 2020.

Sur l'injonction :

10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision du 14 janvier 2021 n'implique pas d'enjoindre au CNOV de valider l'épreuve d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale de Mme C et de procéder à son inscription sur le registre national d'aptitude de la profession d'ostéopathe animalier. Il y a lieu d'enjoindre au CNOV de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du CNOV la somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative. Mme C n'étant pas en l'espèce la partie perdante, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le CNOV au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation du courrier du 30 septembre 2020 par lequel le président du CNOV a informé Mme C de son ajournement à l'examen pratique d'aptitude à l'exercice d'ostéopathie animale du 23 septembre 2020 sont rejetées comme irrecevables.

Article 2 : La décision du 14 janvier 2021 par laquelle le président du CNOV a rejeté son recours amiable en date du 28 novembre 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au CNOV de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le CNOV versera la somme de 1 500 euros à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions de du CNOV au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au Conseil national de l'ordre des vétérinaires (CNOV).

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

L. A

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

SG

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