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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101099

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101099

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantYONAN-MERCADIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 19 mars 2021 et le 20 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Yonan-Mercadier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été privé de la garantie attachée à l'exercice d'un recours hiérarchique dès lors que l'administration a mis les impositions supplémentaires en recouvrement avant qu'il puisse bénéficier d'un entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur en application des dispositions de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales ;

- il est fondé à se prévaloir de l'instruction administrative référencée BOI-CF-PGR-30-10, § 520 et 530 ;

- le délai de prescription du droit de reprise de l'administration expirait le 31 décembre 2018 dès lors que celui-ci doit être regardé comme courant à compter de l'année 2015, au cours de laquelle a été rompu l'engagement de location de son bien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, la directrice régionale des finances publiques de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 26 septembre 2022 par laquelle M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle ;

- l'ordonnance du 17 mai 2022 fixant la clôture de l'instruction au 1er juin 2022 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Yonan-Mercadier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a acquis, le 6 juillet 2006, un appartement en l'état futur d'achèvement. Il a opté, pour l'année 2008 au cours de laquelle les travaux ont été terminés, en faveur de l'application du dispositif de déduction au titre de l'amortissement prévu par le h du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts. Cet appartement a été donné en location du 1er septembre 2008 au mois de mars 2015. À l'issue d'un contrôle sur pièces, l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice du régime de faveur et a réintégré dans les revenus fonciers de M. C au titre de l'année 2016 les sommes déduites à ce titre au cours des années 2008 à 2015, ainsi que le déficit foncier constaté au titre de l'année 2016. Par une proposition de rectification du 3 décembre 2019, M. C s'est vu notifier la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu correspondante, assortie des intérêts de retard et de la majoration de 10 % prévue par le I de l'article 1758 A du code général des impôts.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. "

3. D'une part, la proposition de rectification adressée à M. C le 3 décembre 2019 mentionne la faculté, offerte par l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, de présenter, dans le délai de recours contentieux, un recours hiérarchique. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition ni aucun principe général n'imposait à l'administration de notifier au contribuable ni la possibilité d'exercer un tel recours, ni à plus forte raison le nom de la personne à qui ce recours devait être adressé.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. C a sollicité, après réception de la proposition de rectification, un entretien avec Mme D B, supérieure hiérarchique de la vérificatrice, qui s'est tenu le 10 janvier 2020. Si le requérant soutient que la preuve d'une telle demande n'est pas rapportée, les échanges de courriels avec Mme B relatifs à la fixation d'une date de rendez-vous et ayant pour objet " Votre demande de recours hiérarchique " établissent suffisamment la réalité d'une telle demande que M. C ne conteste pas sérieusement avoir formée antérieurement à l'entretien du 10 janvier 2020. À l'occasion de cet entretien, il a été demandé au contribuable d'adresser ses arguments par écrit avant la fin du mois de janvier. Le 21 janvier 2020, M. C, par l'intermédiaire de son conseil, a adressé à la vérificatrice un courrier intitulé " Observations suite à proposition de rectification ". S'il indique manifester son désaccord avec la proposition de rectification dont il a été destinataire, il mentionne également son entretien, dont il ne conteste pas qu'il s'agissait de celui du 10 janvier 2020 avec Mme B, ainsi que la demande qui lui avait été faite d'adresser ses arguments par écrit, et introduit ensuite ses observations par les termes " En conséquence ". À supposer, comme le soutient le requérant, que ce courrier ne contenait que ses observations à la proposition de rectification du 3 décembre 2019, il doit alors être regardé comme n'ayant pas donné suite à la demande de Mme B, dans le cadre de son recours hiérarchique, d'adresser ses arguments par écrit. Or, à supposer que le courrier du 21 janvier 2020 a constitué également une réponse à cette demande de la supérieure hiérarchique de la vérificatrice, la seule circonstance que cette dernière n'a pas donné d'autre suite au recours hiérarchique de M. C ne l'a pas privé de la garantie attachée à ce recours dès lors qu'il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que l'autorité hiérarchique serait tenue de prendre expressément position sur un tel recours. En l'absence de réponse de l'autorité hiérarchique saisie, les rectifications proposées doivent être regardées comme maintenues. Par ailleurs, la circonstance que M. C a adressé ses observations à la vérificatrice après l'exercice du recours hiérarchique prévu par l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales ne l'a privé d'aucune garantie et est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors qu'il résulte de ces dispositions que ce recours peut être exercé à tout moment, avant l'expiration du délai de réclamation, en dépit des mentions portées sur la proposition de rectification du 3 décembre 2019. En outre, contrairement à ce que soutient M. C, la demande de Mme B l'invitant à formuler ses arguments par écrit ne l'a pas placé dans une situation d'attente à laquelle seule l'administration pouvait mettre fin. Enfin, dès lors que le contribuable avait d'ores et déjà bénéficié de la garantie attachée à l'exercice du recours hiérarchique prévu par l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, la supérieure hiérarchique de la vérificatrice n'était pas tenue de donner suite au courrier de M. C, intitulé " Recours hiérarchique L. 54 C LPF ", reçu le 8 septembre 2020, qui ne saurait au demeurant être regardé comme constituant les observations écrites sollicitées par Mme B le 10 janvier 2020.

5. Enfin, M. C n'est pas fondé à invoquer le contenu de l'instruction administrative référencée BOI-CF-PGR-30-10, § 520 et 530, qui est relatif à la procédure d'imposition et ne peut être regardé comme comportant une interprétation d'un texte fiscal au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. D'une part, aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. - Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / () h) Pour les logements situés en France, acquis neufs ou en l'état futur d'achèvement entre le 3 avril 2003 et le 31 décembre 2009, et à la demande du contribuable, une déduction au titre de l'amortissement égale à 6 % du prix d'acquisition du logement pour les sept premières années et à 4 % de ce prix pour les deux années suivantes. La période d'amortissement a pour point de départ le premier jour du mois de l'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. / () Le bénéfice de la déduction est subordonné à une option qui doit être exercée lors du dépôt de la déclaration des revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. Cette option est irrévocable pour le logement considéré et comporte l'engagement du propriétaire de louer le logement nu pendant au moins neuf ans à usage d'habitation principale à une personne autre qu'un membre de son foyer fiscal. Cette location doit prendre effet dans les douze mois qui suivent la date d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. / () Le revenu net foncier de l'année au cours de laquelle l'un des engagements définis au présent h n'est pas respecté est majoré du montant des amortissements déduits. () "

7. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. "

8. D'une part, l'administration a en l'espèce, en application des dispositions du h) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts, majoré les revenus fonciers de M. C au titre de l'année 2016 du montant des amortissements antérieurement déduits sur le fondement de ce dispositif depuis l'année 2008. Le service a considéré que l'année 2016 était celle au cours de laquelle a été rompu l'engagement du contribuable de donner ce logement à bail pendant au moins neuf ans dès lors qu'il n'avait effectué aucune diligence à cet effet pendant plus de douze mois après le départ du précédent locataire en mars 2015. Cependant, contrairement à ce que soutient l'administration, il ne résulte ni des dispositions citées au point 6 ni d'aucun principe général que la rupture de l'engagement du contribuable de redonner son bien en location ne serait effective qu'à compter de l'expiration d'un délai de douze mois après le départ du locataire. Le départ du locataire doit au contraire, dans cette hypothèse, être regardé comme correspondant à la date de rupture du contrat de bail. Il est constant que la location du logement de M. C a pris fin dès le mois de mars 2015. Le délai mentionné à l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, s'agissant de la majoration du revenu net foncier, a donc commencé à courir au cours de l'année 2015 au cours de laquelle l'imposition litigieuse était due et expirait le 31 décembre 2018. M. C est, par suite, fondé à soutenir que la proposition de rectification du 3 décembre 2019 est intervenue postérieurement à l'expiration du délai imparti à l'administration pour exercer son droit de reprise.

9. D'autre part, en revanche, le délai de reprise de l'administration n'expirait que le 31 décembre 2019 s'agissant des sommes déclarées par M. C au titre d'un déficit foncier en 2016 et réintégrées par l'administration dans son revenu imposable de la même année.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander la décharge, en droits et pénalité, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti, au titre de l'année 2016, à raison de la remise en cause du bénéfice du dispositif du h) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

11. Par une décision du 26 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Rouen a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 %. Le requérant n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocate de M. C n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie principalement perdante à la présente instance, le paiement à M. C de la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle et qu'il appartiendra au requérant de justifier.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est déchargé du paiement, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2016 à raison de la remise en cause du bénéfice du dispositif du h) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts.

Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme égale à la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens, qu'il appartiendra à ce dernier de justifier, et laissés à sa charge par la décision du 26 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Rouen.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Nadège Yonan-Mercadier et au directeur régional des finances publiques de Normandie.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, de la relance et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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