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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101188

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101188

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2021, M. C B, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par application combinée de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ladite condamnation valant renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il appartient à l'OFII d'établir la compétence de la signataire de la décision attaquée - la décision est insuffisamment motivée ;

- il appartient à l'OFII d'établir qu'il a reçu l'information prévue à l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une langue qu'il comprend ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations en méconnaissance des dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'OFII n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il doit être considéré comme une personne vulnérable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé ;

- il sollicite en tant que de besoin qu'à la base légale et au motif de la décision soit substitué l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par décision du président du tribunal, M. D a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Elatrassi-Diome représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tchadien né le 1er février 1997 à Lac Tchad (Tchad), a déposé une demande d'asile à la préfecture de la Seine-Maritime le 02 décembre 2020. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 août 2022, notifiée le 15 septembre 2022. Par décision du 2 décembre 2020 le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, l'OFII a produit une décision du 2 janvier 2018 par laquelle le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme E F, directrice territoriale de l'OFII à Rouen, à l'effet de signer les décisions relevant de la compétence de la direction territoriale de Rouen. Il n'est pas contesté que la décision litigieuse entre dans le champ de ces missions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des articles L.744-8 2° et D.744-37, relève que M. B a refusé que ses empreintes digitales soient relevées. La décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et qui ont pu mettre le requérant à même d'en discuter la légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, si M. B soutient que l'OFII n'établit pas qu'il aurait été informé dans une langue qu'il comprend des conditions de refus des conditions matérielles d'accueil, il ressort des pièces du dossier et notamment de la capture d'écran relative aux informations générales concernant le requérant recueillies par l'administration, insérée dans le mémoire en défense que M. B parle le français. Par suite, le moyen soulevé est dénué de toute portée.

5. En quatrième lieu, M. B ne peut se prévaloir de la méconnaissance de l'article D.744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la décision prise à son encontre est une décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, laquelle n'est pas soumise à la procédure contradictoire prévue à cet article. Le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations est, par suite, inopérant et doit être écarté.

6. En cinquième lieu, l'OFII a inséré dans son mémoire en défense une copie d'écran du formulaire renseigné lors de l'entretien réalisé dès l'enregistrement de la demande d'asile au guichet unique. L'intéressé y est identifié par ses nom, prénom et numéros d'enregistrement, et la réponse " non " est cochée pour tous les items de facteurs de vulnérabilité, ce qui a conduit à l'identification d'un niveau de vulnérabilité de 0 sur une échelle de 0 à 3. Par suite, M. B, n'est pas fondé à soutenir que l'OFII n'aurait pas procédé à l'examen de sa vulnérabilité.

7. En sixième lieu, M. B invoque pour justifier de sa vulnérabilité, sa situation de personne isolée sur le territoire et sans ressource. Ces seules considérations ne permettent pas de démontrer qu'il serait dans une situation particulière de vulnérabilité. En outre, il n'apporte aucune précision s'agissant de ses conditions d'existence sur le territoire au jour de la décision contestée. Par suite, M. B ne contestant pas l'existence d'une fraude, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les termes dans lesquels il est présenté, doit être écarté.

8. En dernier lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé, par les moyens qu'il invoque, à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2020 de l'OFII. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Elatrassi-Diome et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta conseillère,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

C. A

L'assesseure la plus ancienne,

H. Boucetta

Le greffier,

J.-L. Michel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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