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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101219

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101219

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 mars 2021, le 4 mai 2022 et le 19 juillet 2022, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par laquelle la société anonyme (SA) La Poste l'a muté d'office à Rouen ;

2°) d'enjoindre à la SA La Poste de le replacer sur un poste situé à Issy-les-Moulineaux à compter du 1er décembre 2020, subsidiairement, de le replacer sur un poste situé à Narbonne à compter du 31 juillet 2015, le tout sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la SA La Poste la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- repose sur une procédure irrégulière car adoptée sans consultation préalable de la commission administrative paritaire (CAP) qui est imposée par l'article 14 modifié de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et le décret n° 94-130 du 11 février 1994 ;

- est insuffisamment motivée ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- constitue un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, la SA La Poste, représentée par la SELAS Seban et Associés conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 94-130 du 11 février 1994 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Langlet, pour la SA La Poste.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour la SA La Poste, parvenue au greffe le 5 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, fonctionnaire de La Poste depuis le 18 juillet 1978, a exercé, du 1er juillet 2012 jusqu'au 1er août 2015, les fonctions de responsable de section comptable. À l'issue de cette période, il a demandé à bénéficier du dispositif de temps partiel aménagé senior (TPAS), propre à La Poste. Au terme de ce dispositif, il a opté pour une réintégration en vue de reprendre une activité opérationnelle à compter du 1er décembre 2020. Le 12 août 2020, La Poste lui a proposé un poste sur le site de la direction nationale comptable (DNC) à Rouen. L'intéressé l'a refusé le 25 août 2020. Par courrier du 30 novembre 2020, La Poste informait M. B qu'il ne serait plus considéré comme en position d'activité après cette date. Par une ordonnance du 11 janvier 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a suspendu les effets de cette décision. En exécution de cette suspension, La Poste a, par la décision du 28 janvier 2021 attaquée, prononcé la mutation d'office de M. B sur le poste d'expert excellence comptable qui lui avait été soumis en août 2020, à compter du 15 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 14 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " Dans chaque corps de fonctionnaires existent une ou plusieurs commissions administratives paritaires comprenant, en nombre égal, des représentants de l'administration et des représentants du personnel. Des commissions administratives paritaires communes à plusieurs corps peuvent également être créées à l'échelon central, aux échelons déconcentrés et dans les établissements publics, sans conditions d'effectifs au sein de ces corps au niveau national. Les membres représentant le personnel sont élus au scrutin de liste avec représentation proportionnelle dans les conditions définies à l'article 9 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Ces commissions sont consultées sur les décisions individuelles intéressant les membres du ou des corps qui en relèvent. " Aux termes de l'article 25 du décret du 11 février 1994 relatif aux commissions administratives paritaires de La Poste dans sa rédaction alors applicable : " Les commissions administratives paritaires connaissent, en matière de recrutement, des propositions de titularisation ou de refus de titularisation. Elles connaissent des questions d'ordre individuel résultant de l'application () des articles 45, 48, 51, 55, 58, 60, 67, 70 et 72 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () " Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 : " I. L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. II. Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. () "

3. Il résulte de ces dispositions que les commissions administratives paritaires ne sont plus compétentes pour émettre des avis concernant les demandes de mutation des agents intervenues depuis le 1er janvier 2020 en application des seules dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État telles qu'elles ont été modifiées par la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique. Toutefois, les mutations intéressant les agents de La Poste restent soumises, en application des dispositions de l'article 25 du décret du 11 février 1994 qui n'ont pas été abrogées par les dispositions de la loi du 6 août 2019 et ne sauraient être regardées comme ayant été implicitement abrogées par l'intervention de cette loi, à l'intervention des commissions administratives partiaires de La Poste, laquelle constitue une garantie. Dans la mesure où il est constant que la mutation de M. B est intervenue sans l'intervention préalable de la CAP de La Poste, l'intéressé est, pour ce motif, fondé à soutenir que cette décision, qui l'a privé d'une garantie, est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 janvier 2021 par laquelle la SA La Poste l'a muté d'office à Rouen.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

6. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit de nouveau statué, selon une procédure régulière, sur la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SA La Poste une somme au titre des frais exposés par M. B, qui ne justifie au demeurant pas de leur existence, et non compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par la SA La Poste au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 janvier 2021 par laquelle la SA La Poste a décidé de la mutation d'office de M. B à Rouen est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la SA La Poste de statuer de nouveau sur la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la société anonyme La Poste.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P MINNE

La greffière,

Signé

P. HIS

La République mande et ordonne à la Poste en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2101219

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