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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101222

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101222

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2021, et un mémoire enregistré le 23 juin 2022, Mme A B, représentée par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision prononçant la rupture anticipée de son contrat de travail ;

2°) de mettre à la charge de l'État et du lycée Gustave Flaubert de Rouen la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la proposition de contrat qui lui a été faite était illégale et elle était en droit de refuser la proposition de modification ;

- elle aurait dû faire l'objet d'un licenciement et non d'une rupture anticipée de son contrat de travail à l'initiative de son employeur.

Par des mémoires, enregistrés le 22 décembre 2021 et le 6 juillet 2022, la rectrice de la région académique Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal la requête dirigée contre une décision qui n'est pas produite est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 15 juillet 2022 non communiqué, le proviseur du lycée Gustave Flaubert de Rouen conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il s'associe aux écritures de la rectrice de la région académique Normandie.

Vu :

- la décision du 12 novembre 2021 accordant à Mme B l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Languil, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité d'accompagnante des élèves en situation de handicap (AESH) à compter du 11 septembre 2017, par un contrat à durée déterminée, renouvelé en 2018 puis, le 11 septembre 2019, pour la durée de trois ans, du 1er septembre 2019 au 31 août 2022. Le 9 juin 2020, la rectrice de la région académique Normandie l'a informée de la reprise de son contrat de travail par le lycée Gustave Flaubert de Rouen en application de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable, pour une nouvelle durée de trois ans. Mme B n'ayant pas conclu le contrat de travail proposé, il a été, par une décision non écrite, mis fin à son contrat à compter du 1er septembre 2020.

2. Il ne ressort ni des pièces ni des allégations des parties qu'une décision écrite aurait mis fin au contrat de travail de Mme B à compter du 1er septembre 2020 mais il est constant que ce contrat de travail a pris fin à cette date, ainsi que le révèle l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi qui lui a été adressée. La rectrice n'est donc pas fondée à soutenir que la requête est irrecevable faute de production de la décision attaquée mettant fin au contrat de travail de l'intéressée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'activité d'une personne morale de droit public employant des agents non titulaires de droit public est reprise par une autre personne publique dans le cadre d'un service public administratif, cette personne publique propose à ces agents un contrat de droit public, à durée déterminée ou indéterminée selon la nature du contrat dont ils sont titulaires. / Sauf disposition législative ou réglementaire ou conditions générales de rémunération et d'emploi des agents non titulaires de la personne publique contraires, le contrat qu'elle propose reprend les clauses substantielles du contrat dont les agents sont titulaires, en particulier celles qui concernent la rémunération. / Les services accomplis au sein de la personne publique d'origine sont assimilés à des services accomplis au sein de la personne publique d'accueil. / En cas de refus des agents d'accepter le contrat proposé, leur contrat prend fin de plein droit. La personne publique qui reprend l'activité applique les dispositions relatives aux agents licenciés. "

4. Il ressort des dispositions précitées de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires que la décision mettant fin aux contrats des agents non titulaires est prise par la personne publique qui reprend l'activité, soit, en l'espèce, par le lycée Gustave Flaubert de Rouen. La décision en litige mettant fin au contrat de Mme B a donc nécessairement été prise par le proviseur de cet établissement, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que l'attestation d'employeur destinée à Pôle Emploi a été signée par le principal du collège Les Hauts du Saffimbec de Pavilly.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap peuvent être recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. Ils sont recrutés par l'Etat, par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV de la deuxième partie ou par les établissements mentionnés à l'article L. 442-1. () Ils sont recrutés par contrat d'une durée de trois ans, renouvelable une fois. () "

6. Il ressort des pièces du dossier qu'informée qu'un nouveau contrat de trois ans allait lui être proposé par le lycée Gustave Flaubert de Rouen, qui reprenait l'activité auparavant gérée par la rectrice de la région académique Normandie avec les AESH, Mme B a, le 15 juin 2020, demandé la reprise de son contrat pour les seules deux années restant à courir, ou, à titre subsidiaire, pour la durée d'un an, et non pour une nouvelle durée de trois ans.

7. En proposant à Mme B la conclusion d'un contrat de trois ans alors que l'intéressée, alors titulaire d'un contrat de trois ans, en avait assuré l'exécution pendant la durée d'un an, le proviseur du lycée Gustave Flaubert, qui n'était pas tenu de le faire par les dispositions précitées de l'article L. 917-1 du code de l'éducation, qui ne portent que sur le recrutement et non la reprise des contrats en cours, n'a pas proposé à l'intéressée un contrat reprenant les clauses substantielles de son contrat. Le proviseur ne pouvait donc pas légalement procéder à la rupture anticipée du contrat de Mme B après le refus de celle-ci de signer le contrat qui lui était proposé.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision, révélée par l'attestation de l'employeur destinée à Pôle Emploi du 2 octobre 2020, prononçant la rupture anticipée de son contrat de travail.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du lycée Gustave Flaubert de Rouen, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Languil, avocate de Mme B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, renonce à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre une somme à la charge de l'État, qui n'est pas l'auteur de la décision en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision non écrite mettant fin au contrat de travail de Mme B à compter du 1er septembre 2020 est annulée.

Article 2 : Le lycée Gustave Flaubert de Rouen versera la somme de 1 500 euros à Me Languil, avocate de Mme B, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Anaëlle Languil, au lycée Gustave Flaubert de Rouen et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de la région académique Normandie.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

H. JEANMOUGIN

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2101222

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