jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101325 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2021, Mme B A, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer sa situation, sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) accorder à Mme A l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée et méconnait ainsi les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle n'a pas reçu d'information préalable dans une langue qu'elle comprend en méconnaissance de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations écrites dans le délai de 15 jours ;
- méconnaît les articles L. 744-7 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête de Mme A au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante koweitienne, née le 1er janvier 1996 à Al Jahra, a sollicité le bénéfice de l'asile le 13 février 2019, date à laquelle elle a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par arrêté en date du 22 mars 2019, la préfète de la Seine-Maritime a déterminé le Danemark comme étant l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et a prononcé son transfert vers cet Etat. Mme A n'a pas pourvu à l'exécution de cette décision. Le 25 septembre 2019, elle a été déclarée en fuite par les services de la préfecture de la Seine-Maritime. Le 18 novembre 2020, elle s'est présentée aux services de la préfecture de la Seine-Maritime afin de solliciter à nouveau l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure accélérée et elle s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile. Le même jour, l'OFII l'a informée de son intention de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Par la décision attaquée du 3 décembre 2020, l'OFII a prononcé la suspension du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.
2. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Ainsi, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé que cette incompatibilité des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, implique notamment que les demandeurs d'asile ayant été privés du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en vertu d'une décision, prise après le 1er janvier 2019, y mettant fin dans un cas mentionné à l'article L. 744-7 du code puissent demander le rétablissement de ce bénéfice. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de statuer sur une telle demande de rétablissement en appréciant la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
3. En premier lieu, la décision en litige mentionne les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la décision n°428530 (point 18) du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat, et que Mme A n'a pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités et ne présentait pas de facteur particulier de vulnérabilité. La décision en litige comprenant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, par une décision du 2 janvier 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2018, Mme D E, directrice territoriale de l'OFII à Rouen, a reçu délégation à l'effet de signer toutes décisions se rapportant aux missions dévolues à sa direction. Il n'est pas contesté que la décision attaquée entre dans le champ de ces missions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du compte-rendu de l'offre de prise en charge de Mme A produit par l'OFII en défense, que l'intéressée a déclaré avoir été informée, dans une langue qu'elle comprend, des conséquences de son acceptation ou de son refus des conditions matérielles d'accueil, en application des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, désormais codifiées à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été invitée, par remise en mains propres, le 18 novembre 2020, à présenter ses observations sur l'intention de l'OFII de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours. La requérante a présenté ses observations par un courrier du 1er décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas été mise à même de présenter ses observations manque en fait et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
8. Mme A, qui a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil postérieurement au 1er janvier 2019, n'a pas bénéficié d'attestation de demandeur d'asile entre le 16 novembre 2019 et le 18 novembre 2020, période durant laquelle elle était en fuite. Il est constant qu'à la date de la seconde demande d'asile de Mme A le 18 novembre 2020, la France était devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile. S'il résulte des dispositions précitées que l'OFII, dans ce cas, n'est pas dans l'obligation de réexaminer d'office les conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées initialement par le demandeur, celles-ci ne font toutefois pas obstacle à ce que l'Office procède, de sa propre initiative, à un tel réexamen. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait déposé une demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle, compte tenu de ce qui précède, à ce que la décision attaquée du 3 décembre 2020 soit regardée comme ayant pour objet le refus du rétablissement des conditions matérielles d'accueil de Mme A. Si la requérante soutient qu'un entretien de vulnérabilité aurait dû être organisé avant la décision de refus de rétablissement, il ne ressort d'aucune disposition que l'OFII avait l'obligation d'en organiser un, à l'exception de celui auquel Mme A a été conviée le 13 février 2019 avant l'attribution des conditions matérielles d'accueil. En outre, il est constant qu'un courrier d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil a été envoyé à la requérante en date du 18 novembre 2020, à la suite duquel elle a présenté des observations en date du 1er décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité et de ce que sa situation personnelle n'a pas pu être examinée doit être écarté.
9. En dernier lieu, pour justifier la décision attaquée, le directeur de l'OFII s'est fondé d'une part, sur la circonstance que l'intéressée n'avait pas respecté ses obligations de se présenter auprès des autorités chargées de l'asile, et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle ne faisait apparaître aucune vulnérabilité. Alors même que Mme A ne conteste pas sérieusement avoir manqué à ses obligations à l'égard des autorités de l'asile, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal des services de la police de l'air aux frontières, que l'intéressée pourtant convoquée ne s'est pas présentée et n'a pas indiqué les motifs de son absence. En outre, si la requérante soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité, elle n'apporte toutefois aucune précision, ni aucun élément probant à ce sujet, notamment s'agissant de sa situation actuelle, familiale ou médicale, se limitant à faire valoir que sa qualité de femme renforce sa vulnérabilité. Par suite, l'OFII n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 décembre 2020 par laquelle l'OFII a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Thielleux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé :
V. C
La présidente,
Signé :
P. BaillyLa greffière,
Signé :
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101325ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026