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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101524

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101524

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBABELA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2021 et le 30 août 2021, Mme B C, représentée par Me Babela, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet aurait dû examiner sa situation au regard de l'article L. 313-14, dès lors que la convention franco-congolaise ne régit pas l'admission exceptionnelle au titre du travail ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant lié par la nécessité d'un visa de long séjour ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 18 mars 1971 à Brazzaville, déclare être entrée irrégulièrement en France le 13 juillet 2014. Elle a formulé une demande d'asile le 11 décembre 2014, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 avril 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 juin 2016. Le 20 août 2020, Mme C a demandé son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 19 mars 2021, le préfet de Seine-Maritime a rejeté cette demande, a obligé la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, expose la situation personnelle et administrative de Mme C et énonce les raisons pour lesquelles le préfet a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour. La décision comportant ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes de la décision contestée que le préfet a examiné la situation de Mme C, en faisant notamment référence à la situation professionnelle dont elle se prévaut, au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et considéré à cet égard qu'elle ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Dès lors, la circonstance que le préfet a mentionné, à tort, que Mme C ne pouvait pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que sa situation serait exclusivement régie par l'accord franco-congolais, n'est pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'une erreur de droit. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".

5. Si le préfet ne pouvait légalement opposer, ainsi qu'il est soutenu, l'absence de visa long séjour à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme C sur le fondement des dispositions précitées, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le refus de délivrance du titre de séjour repose également sur la circonstance que cette demande d'admission au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels. Si Mme C soutient que, depuis le 16 décembre 2020, elle dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée, eu égard notamment au caractère récent de la signature de ce contrat à la date de la décision attaquée, cette seule circonstance ne peut être regardée comme une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de cet article. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, à supposer même que Mme C fasse régulièrement les trajets entre son domicile, qu'elle déclare au Havre, et son lieu de travail, situé à Bagnolet, cette erreur de fait est sans incidence sur le sens de la décision prise par le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme C se prévaut de sa présence depuis 2014 en France où résident de nombreux membres de sa famille vivant en situation régulière et de son intégration professionnelle. Toutefois, la requérante, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans. En outre, si elle fait valoir être hébergée par sa nièce et ponctuellement pas son frère, elle n'apporte pas d'éléments permettant d'établir l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec eux, ainsi qu'avec les autres membres de sa famille. Dans ces conditions, alors même qu'elle exerce une activité professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2021 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

H. A

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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