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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101576

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101576

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 avril 2021 et le 22 juin 2021, Mme A B, représentée par la SCP Cherrier Bodineau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2021 par lequel le président de la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont elle est atteinte ;

2°) d'enjoindre à l'administration, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, de régulariser sa situation et de lui notifier la prise en charge de sa maladie professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'administration une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission de réforme était irrégulièrement composée ;

- l'avis émis par la commission de réforme ainsi que l'arrêté sont entachés d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que sa pathologie devait donner lieu à l'évaluation d'un taux d'incapacité permanente partielle supérieur à 25 % et que ses conditions de travail, étant de nature à susciter le développement d'un syndrome anxio-dépressif, sont en lien direct et essentiel avec sa pathologie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge, représentée par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 68-756 du 13 août 1968, modifié par le décret n° 2001-99 du 31 janvier 2001 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Maleysson représentant Mme B, et de Me Gillet, représentant la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, rédactrice territoriale, exerce les fonctions d'agent d'accueil et de gestion administrative au sein de la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge depuis 2011. Elle a été placée en arrêt de maladie à compter du 23 janvier 2020 en raison de troubles anxio-dépressifs, qu'elle a déclarés au titre d'une maladie professionnelle le 6 février suivant. Le président de la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette pathologie, par un premier arrêté du 29 juin 2020 retiré par un arrêté du 24 février 2021. Par l'arrêté attaqué du même jour, pris après avis défavorable rendu le 18 juin 2020 par la commission de réforme, le président de la communauté de communes a refusé à nouveau de reconnaître comme imputable au service la pathologie dont souffre Mme B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il résulte de ces dispositions que la décision refusant à un fonctionnaire le bénéfice de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est ainsi au nombre des décisions qui, en application de cet article, doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sous réserve cependant des dispositions figurant à l'article L. 211-6 du même code, selon lesquelles ses dispositions " ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret ".

3. En outre, en application de l'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, les avis de la commission départementale de réforme doivent être motivés dans le respect du secret médical.

4. D'une part, il ressort du procès-verbal de séance du 18 juin 2020 de la commission de réforme que cette dernière a estimé, en précisant le motif de sa saisine et le sens défavorable de son avis, que la pathologie dont Mme B souffre ne remplit pas " les critères d'une maladie professionnelle hors tableau ". Ainsi, cet avis satisfait à l'exigence de motivation qui résulte de l'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004. D'autre part, l'arrêté attaqué, qui vise les textes applicables, la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de Mme B, le sens des conclusions de l'expertise médicale ainsi que l'avis de la commission de réforme du 18 juin 2020, mentionne que la requérante n'établit pas que la maladie dont elle souffre est essentiellement et directement causée par l'exercice de ses fonctions et qu'elle entraîne un taux d'incapacité permanent d'au moins 25 %. Dès lors, l'arrêté précise les motifs de droit et de fait sur lesquels l'autorité territoriale a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et de l'avis de la commission de réforme doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 susvisé : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". En outre, l'article 3 de ce même arrêté prévoit que la commission de réforme comprend notamment deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes, ainsi deux représentants de l'administration et deux représentants du personnel.

6. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision prise à l'issue de cette procédure.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour se prononcer sur la demande de Mme B lors de la séance du 18 juin 2020, la commission de réforme a disposé de l'expertise médicale du 18 mai 2020 du Dr E, psychiatre, lequel a examiné l'intéressée le 12 mai 2020. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier, au vu des informations dont disposait la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par Mme B était manifestement nécessaire pour éclairer l'examen de son cas. En outre et en tout état de cause, le quorum prévu à l'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004 étant atteint, la circonstance qu'un seul représentant du personnel ait été présent demeure sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un vice de procédure doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / () / II.-Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / IV.-Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ". En outre, aux termes de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987, dans sa version applicable : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Enfin, l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dispose que : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

9. Il est constant que les troubles dépressifs dont souffre Mme B ne relèvent pas des tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale.

10. Si Mme B affirme, eu égard au syndrome anxio-dépressif dont elle est atteinte que son taux d'invalidité permanente partielle devait être fixé au moins à 25 %, les documents médicaux qu'elle produit ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le médecin expert le 18 mai 2020, au vu duquel l'autorité administrative a pris sa décision et selon lequel le taux d'incapacité permanente partielle de Mme B doit être fixé à 15 %, conformément au barème indicatif d'invalidité, annexé au décret du 13 août 1968 susvisé, selon lequel les syndromes anxio-dépressifs peuvent donner lieu à un taux entre 10 et 30 %.

11. Par suite, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont Mme B souffre, après un avis défavorable de la commission de réforme du 18 juin 2020, la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 février 2021 par lequel le président de la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont elle est atteinte. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme à verser à la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la communauté de communes Lieuvin Pays d'Auge.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

H. C

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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