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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101585

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101585

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantJOLY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2101585 les 25 avril 2021, 28 novembre 2022, 1er janvier 2023 et 30 mai 2023, M. B D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 20 septembre 2020 de l'injonction faite à la maire de la commune de Saint-Saëns de faire appliquer le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen, de dresser procès-verbal des infractions constitutives de refus du bénéficiaire de la décision n° DP07664818B0003 d'exécuter le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République, de dresser procès-verbal des infractions constitutives du défaut d'exécution de la décision n° DP07664818B0003 par le bénéficiaire de cette déclaration préalable et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République ;

2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Saint-Saëns, sous astreinte de 1 000 euros, dont 10 % lui seront rétrocédés, par jour de retard passé un délai de quinze jours après la notification du présent jugement :

- de faire appliquer le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen ;

- de rétablir l'ordre public sur le territoire communal en y faisant respecter les lois et règlements de la République ;

- de verbaliser les infractions commises par le bénéficiaire de l'autorisation n° DP07664818B0003 concernant l'absence d'application du jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen ;

- de verbaliser les infractions commises par le bénéficiaire de l'autorisation n° DP07664818B0003 concernant les défauts d'exécution de ladite déclaration préalable ;

- de verbaliser les contrevenants à l'urbanisme dont elle a pleinement connaissance pour transmission au procureur de la République ;

- de cesser sa complicité dans la commission de délit relatif à son refus de verbaliser les infractions à l'urbanisme dont elle a connaissance pour transmission, sans délai, au procureur de la République ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Saëns la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les anciens maire et adjoint au maire à l'urbanisme de la commune de Saint-Saëns, la maire et l'adjoint à la maire à l'urbanisme actuels de la commune et l'un des policiers municipaux doivent être renvoyés devant la juridiction judiciaire correctionnelle en ce qu'ils sont coupables de :

- avoir appliqué les lois de manière arbitraire ;

- défaut de traitement égalitaire des administrés de la commune ;

- refus d'enregistrement de plaintes d'une victime d'infractions pénales ;

- refus de transmission au procureur de la République d'un procès-verbal d'infractions aux règles de l'urbanisme ;

- avoir jugé de l'opportunité des poursuites des infractions qui leur ont été dénoncées ;

- abus d'autorité, défaut de probité et complicité dans la commission de crimes et délits ;

- avoir fait échec à l'exécution de la loi ;

- la maire de la commune de Saint-Saëns doit être renvoyée devant la juridiction judiciaire correctionnelle en ce qu'elle est coupable de commission de crimes et délits et a démontré une intention certaine de se rendre coupable de malversations financières ;

- son voisin, M. E, doit être renvoyé devant la juridiction judiciaire correctionnelle en ce qu'il a commis des infractions à la règlementation de l'urbanisme, quand bien même l'une de ces infractions aurait été régularisée ;

- l'adjoint à la maire à l'urbanisme de la commune de Saint-Saëns doit être renvoyé devant la juridiction judiciaire correctionnelle en ce qu'il a colporté des propos diffamatoires en public à son encontre et a porté atteinte à son honneur ;

- la décision contestée est illégale, dès lors que :

- son voisin a commis une première série d'infractions aux règles d'urbanisme en édifiant, sans autorisation, un clapier sur un mur lui appartenant ; ce faisant, il a méconnu :

- l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme ;

- le plan de zonage du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Saëns ;

- l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme ;

- l'article 544 du code civil ;

- son voisin a commis une deuxième série d'infractions aux règles d'urbanisme en édifiant, sans autorisation, un muret sur un mur lui appartenant ; ce faisant, il a méconnu :

- l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme ;

- le plan de zonage du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Saëns ;

- l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme ;

- son voisin a commis une troisième et dernière série d'infractions aux règles d'urbanisme en édifiant une clôture ; ce faisant, il a méconnu :

- l'arrêté du 9 mars 2018 par lequel le maire de la commune de Saint-Saëns ne s'est pas opposé à la déclaration préalable qu'il avait déposée en vue de l'édification d'une clôture, l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et l'article Uca 8.31 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que cette clôture dépasse 2,1 mètres de hauteur ;

- l'arrêté du 9 mars 2018 du maire de la commune de Saint-Saëns, l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et l'article Uca 8.31 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le sous-bassement de cette clôture dépasse 1,1 mètre de hauteur ;

- l'arrêté du 9 mars 2018 du maire de la commune de Saint-Saëns, l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et l'article Uca 8.34 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors qu'aucune modénature naturelle n'a été appliquée sur la partie maçonnée de cette clôture ;

- l'arrêté du 9 mars 2018 du maire de la commune de Saint-Saëns, l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et les articles Uca 8.31 et Uca 8.35 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que cette clôture présente un dispositif à claire-voie totalement occultant ;

- l'arrêté du 9 mars 2018 du maire de la commune de Saint-Saëns et l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme, dès lors que :

- la clôture ne s'inscrit pas en totalité en limite séparative avec le domaine public ;

- elle s'inscrit notamment sur la parcelle cadastrée AN n° 283 ;

- elle déborde sur le domaine public ;

- l'arrêté du 9 mars 2018 du maire de la commune de Saint-Saëns, l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et l'article 8.8 applicables aux zones Uca, Ucc, Uhp, Ud et UDP du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que la clôture maçonnée présente un enduit blanc ;

- le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen et l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme, en l'absence de régularisation du vice affectant l'arrêté du 9 mars 2018 du maire de la commune de Saint-Saëns.

Par des mémoires enregistrés les 25 juillet 2022, 14 décembre 2022 et 28 mars 2023, la commune de Saint-Saëns, représentée par Me Joly, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre des décisions purement confirmatives de décisions devenues définitives ;

- les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables, dès lors qu'elles ne sont pas dirigées à l'encontre de l'Etat (Conseil d'Etat, 29 juin 2005, n° 277440) ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 9 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de :

- ce que les conclusions tendant à ce que l'ancien maire et la maire actuelle de la commune de Saint-Saëns, leurs deux adjoints à l'urbanisme respectifs, l'un des policiers municipaux de cette commune, ainsi que le voisin de M. D soient renvoyés devant la juridiction judiciaire correctionnelle pour " répondre de leurs actes ", relèvent de la compétence du juge judiciaire et sont ainsi portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles la maire de la commune de Saint-Saëns a refusé de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme s'agissant de la clôture à claire voie pleine non ajourée, de couleur anthracite, la maire ayant dressé, le 12 juillet 2022, soit postérieurement à l'introduction de la requête, un procès-verbal constatant ces infractions et ayant transmis ce procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dieppe ;

- l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles la maire de la commune de Saint-Saëns a refusé de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme concernant un clapier construit sur le terrain du voisin de M. D, la démolition de ce clapier ayant été constatée par les services de la commune le 6 juin 2018, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime a produit un mémoire en défense le 31 mai 2023 à 10h53, qui n'a pas été communiqué, dans lequel il informe le tribunal s'en remettre aux écritures de la commune de Saint-Saëns.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2023 à 12h00.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2101586 les 25 avril 2021, 28 novembre 2022, 1er janvier 2023 et 30 mai 2023, M. B D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 27 septembre 2020 de l'injonction faite à un policier municipal de la commune de Saint-Saëns, sous l'autorité hiérarchique de la maire, de faire appliquer le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen, de dresser procès-verbal des infractions constitutives de refus du bénéficiaire de la décision n° DP07664818B0003 d'exécuter le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République, de dresser procès-verbal des infractions constitutives du défaut d'exécution de la décision n° DP07664818B0003 par le bénéficiaire de cette déclaration préalable et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République, de dresser procès-verbal des infractions antérieurement constatées, soit avant la décision n° DP07664818B0003, et dûment dénoncées, et d'en faire la transmission, sans délai, au procureur de la République ;

2°) d'enjoindre à ce policier municipal de la commune de Saint-Saëns, sous astreinte pour la commune de 1 000 euros, dont 10 % lui seront rétrocédés, par jour de retard passé un délai de quinze jours après la notification du présent jugement :

- de faire appliquer le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen ;

- de dresser procès-verbal des infractions constitutives de refus du bénéficiaire de la décision n° DP07664818B0003 d'exécuter le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen, et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République ;

- de dresser procès-verbal des infractions constitutives des défauts d'exécution de la décision n° DP07664818B0003 par le bénéficiaire de cette déclaration préalable, et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République ;

- de dresser procès-verbal des infractions antérieurement constatées (soit avant la décision n° DP07664818B0003) et dûment dénoncées, et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Saëns et de ce policier municipal, sous autorité hiérarchique du maire, la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève des moyens identiques à ceux invoqués dans l'instance n° 2101585.

Par des mémoires enregistrés les 25 juillet 2022, 15 décembre 2022 et 28 mars 2023, la commune de Saint-Saëns, représentée par Me Joly, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre des décisions purement confirmatives de décisions devenues définitives ;

- les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables, dès lors qu'elles ne sont pas dirigées à l'encontre de l'Etat (Conseil d'Etat, 29 juin 2005, n° 277440) ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 9 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de :

- ce que les conclusions tendant à ce que l'ancien maire et la maire actuelle de la commune de Saint-Saëns, leurs deux adjoints à l'urbanisme respectifs, l'un des policiers municipaux de cette commune, ainsi que le voisin de M. D soient renvoyés devant la juridiction judiciaire correctionnelle pour " répondre de leurs actes ", relèvent de la compétence du juge judiciaire et sont ainsi portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles la maire de la commune de Saint-Saëns a refusé de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme s'agissant de la clôture à claire voie pleine non ajourée, de couleur anthracite, la maire ayant dressé, le 12 juillet 2022, soit postérieurement à l'introduction de la requête, un procès-verbal constatant ces infractions et ayant transmis ce procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dieppe ;

- l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles la maire de la commune de Saint-Saëns a refusé de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme concernant un clapier construit sur le terrain du voisin de M. D, la démolition de ce clapier ayant été constatée par les services de la commune le 6 juin 2018, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime a produit un mémoire en défense le 31 mai 2023 à 09h39, qui n'a pas été communiqué, dans lequel il informe le tribunal qu'il s'en remet aux écritures de la commune de Saint-Saëns.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, propriétaire d'une parcelle cadastrée section AN n° 283, située au 4 rue du Catelier sur le territoire de la commune de Saint-Saëns, a saisi le maire de la commune de Saint-Saëns, par courrier du 9 mai 2018, d'infractions au plan local d'urbanisme communal et au code de l'urbanisme que l'un de ses voisins, M. E, propriétaire d'une parcelle cadastrée AN n° 350, située au 10 rue du Catelier, aurait commises en procédant à l'édification d'un clapier s'appuyant sur un mur lui appartenant. Par un courrier du 18 mai 2018, le maire de la commune de Saint-Saëns a informé M. E des griefs énoncés à son encontre, précisant qu'avait pu être constatée " la présence d'un clapier dont les structures de tasseaux de bois enfoncés dans le sol, et de grillage, d'une surface d'environ 3 m², d'une hauteur d'environ 60 centimètres, contenant deux lapins d'agrément ", lesquels étaient positionnés " contre le mur de la maison ne respectant pas l'aplomb extérieur de la gouttière (égout de toit) ", et l'a enjoint de déplacer ce clapier et de " remettre au plus vite le terrain en son état originel ". Par un courrier du 7 juin 2018, le maire de la commune de Saint-Saëns a informé M. D de ce que le 6 juin 2018, à 15h15, le maire adjoint chargé de l'urbanisme, accompagné d'un policier municipal, assermenté en urbanisme, se sont rendus sur la propriété en cause et ont constaté que M. E avait " retiré le clapier de ses deux lapins d'agrément ". Par un courrier du 19 juin 2018, M. D a enjoint au maire de la commune de Saint-Saëns de dresser un procès-verbal d'infraction concernant les faits signalés dans le courrier du 18 mai 2018, ainsi que concernant des faits d'édification d'un muret. Par un courrier du même jour, l'intéressé a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 9 mars 2018 par lequel le maire de la commune de Saint-Saëns ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 12 février 2018 par M. E en vue de l'édification d'une clôture. Par un jugement n° 1803995 du 27 février 2020, devenu définitif, le tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté en tant qu'il porte sur la partie de la clôture composée de lames composites gris anthracite. Par courriers des 19 juin 2018, 16 octobre 2018 et 22 janvier 2019, M. D a saisi le préfet de la Seine-Maritime pour lui demander de procéder, en lieu et place du maire de la commune de Saint-Saëns, aux constats des infractions que M. E aurait commises. Par courriers des 20 novembre 2018, 18 juillet 2020 et 25 juillet 2020, notifiés respectivement les 21 novembre 2018, 21 juillet 2020 et 28 juillet 2020, M. D a demandé à la maire de la commune de Saint-Saëns et à un policier municipal de procéder, en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, au constat des infractions à la règlementation de l'urbanisme que M. E aurait commises. Eu égard aux termes de ses requêtes nos 2101585 et 2101586, qu'il y a lieu de joindre, dès lors qu'elles présentent à juger de questions similaires, et aux pièces produites à l'appui de celles-ci, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions implicite de rejet opposées par la maire de la commune de Saint-Saëns à ses demandes des 18 et 25 juillet 2020, en tant qu'elles portent rejet d'exécuter le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 mentionné ci-dessus et de dresser procès-verbal des infractions commises par M. E.

Sur la compétence du juge administratif :

2. Le requérant demande à ce que l'ancien maire et la maire actuelle de la commune de Saint-Saëns, leurs deux adjoints à l'urbanisme respectifs, l'un des policiers municipaux de cette commune, ainsi que son voisin, M. E, soient renvoyés devant la juridiction judiciaire correctionnelle pour " répondre de leurs actes ". Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit toutefois le renvoi de telles conclusions, relevant de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire, au juge judiciaire. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le non-lieu à statuer :

3. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / Les infractions mentionnées à l'article L. 480-4 peuvent être constatées par les agents commissionnés à cet effet par l'autorité administrative compétente et assermentés lorsqu'elles affectent des immeubles soumis aux dispositions législatives du code du patrimoine relatives aux monuments historiques, aux abords des monuments historiques ou aux sites patrimoniaux remarquables ou aux dispositions législatives du code de l'environnement relatives aux sites et qu'elles consistent soit dans le défaut de permis de construire, soit dans la non-conformité de la construction ou des travaux au permis de construire accordé. Il en est de même des infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine. / Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. () ".

4. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité de l'établissement du procès-verbal d'infraction dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, mais seulement de s'assurer que ce dernier constate une infraction au code de l'urbanisme.

5. Il est en l'espèce constant que par procès-verbal dressé le 12 juillet 2022, soit postérieurement à l'introduction des requêtes nos 2101585 et 2101586, le maire de la commune a fait constater les infractions que M. E avait commises au regard des règles d'urbanisme en maintenant, malgré le jugement n° 1803995 du 27 février 2020, devenu définitif, du tribunal administratif de Rouen, une clôture non ajourée, en matériau composite de couleurs gris anthracite. Il ressort des pièces du dossier, ce que le requérant ne conteste au demeurant pas sérieusement, que ce procès-verbal a été adressé le 13 juillet 2022 au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dieppe, en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

6. Il suit de là qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet en litige, en tant qu'elles portent rejet de faire appliquer le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen et de dresser procès-verbal des infractions constitutives de refus du bénéficiaire de la décision n° DP07664818B0003 d'exécuter ce jugement et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet en tant qu'elles portent refus de dresser procès-verbal concernant le clapier du voisin de M. D :

7. En l'espèce, il est constant que la démolition du clapier sur la parcelle cadastrée AN n° 350 a été constatée par les services de la commune le 6 juin 2018, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Il suit de là que les conclusions tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles la maire de la commune de Saint-Saëns a refusé de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme concernant un clapier construit sur le terrain du voisin de M. D, qui étaient dépourvues d'objet avant même l'introduction de la requête, sont, par suite, irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet en tant qu'elles portent refus de dresser procès-verbal concernant le muret du voisin de M. D :

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de photographies, que quelques parpaings ont été empilés en limite de la propriété de M. D, au niveau d'une clôture préexistante. En se bornant à soutenir que les décisions implicites de rejet en litige sont illégales au regard des dispositions des articles L. 151-19 et L. 480-4 du code de l'urbanisme ainsi que du plan de zonage du plan local d'urbanisme communal, le requérant n'établit pas que l'" édification " de ce " muret " était soumise à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme ou à déclaration préalable.

9. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Saëns tirée de la tardiveté de ces conclusions, que les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites portant refus de dresser procès-verbal d'infraction concernant le " muret " du voisin de M. D doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet en tant qu'elles portent refus de dresser procès-verbal concernant la clôture du voisin de M. D :

10. Aux termes de l'article Uchd8 du titre 2, " Caractéristiques architecturales, urbaines et écologiques ", applicable, notamment au secteur Uca, du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Saëns : " () III - Aspect / () 8.8. Tant sur les bâtiments que sur les clôtures, les maçonneries doivent présenter des teintes en harmonie avec celles des matériaux rencontrés sur les bâtiments anciens (ce qui exclut le blanc) / () V - Clôtures / 8.31. Des clôtures peuvent être édifiées sous réserve que le soubassement en matériau opaque n'excède pas 0,60 mètre de hauteur sauf nécessité de soutènement. Le soubassement peut être surmonté d'un dispositif à claire voie, la hauteur totale de la clôture ne devant pas excéder 1,80 mètre sur rue et 2 mètres dans les autres cas sauf nécessité de soutènement. / () 8.34. Les clôtures maçonnées, si elles dépassent 4m de longueur, ne pourront pas être complètement revêtues d'enduit, mais devront comporter des modénatures en matériaux naturels (harpes, bandeaux), en privilégiant les modèles traditionnels en briques et silex (s'harmonisant avec les façades des constructions). () ".

11. Aucune des pièces du dossier ne permet d'établir de manière certaine que la hauteur de la clôture était, à la date des décisions contestées, supérieure à 1,80 mètre sur rue, que les soubassements en matériau opaque de la clôture de M. E présenteraient une hauteur supérieure à 0,60 mètre, qu'aucune modénature naturelle et aucun enduit en ton " pierre " n'a été appliqué à cette clôture, que cette dernière déborderait sur le domaine public, sur la limite séparative avec la parcelle cadastrée AN n° 283, et que les arbres plantés sur la parcelles cadastrée AN n° 350 ne respecteraient pas une distance d'au moins 2 mètres avec cette première parcelle. Au demeurant, le constat produit par le requérant a été établi le 17 novembre 2022 par un commissaire de justice, soit postérieurement aux décisions qu'il conteste, nées les 21 et 28 septembre 2021. Dans ces conditions, et en l'état du dossier, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Saint-Saëns aurait entaché les décisions attaquées d'illégalité au regard des dispositions de l'arrêté du 9 mars 2018 mentionné ci-dessus, de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et de l'article Uchd8 du V, du titre 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Saëns.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Saëns, que les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet en litige en tant qu'elles portent refus de dresser procès-verbal concernant la clôture du voisin de M. D doivent être rejetées.

13. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés aux litiges :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Saëns, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Saint-Saëns au même titre, seul l'Etat ayant la qualité de défendeur.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions des requêtes nos 2101585 et 2101586 tendant à ce que l'ancien maire et la maire actuelle de la commune de Saint-Saëns, leurs deux adjoints à l'urbanisme respectifs, l'un des policiers municipaux de cette commune, ainsi que le voisin de M. D soient renvoyés devant la juridiction judiciaire correctionnelle pour " répondre de leurs actes " sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes nos 2101585 et 2101586 à fin d'annulation des décisions implicites de rejet du maire de la commune de Saint-Saëns, en tant qu'elles portent rejet de faire appliquer le jugement n° 1803995 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Rouen et de dresser procès-verbal des infractions constitutives de refus du bénéficiaire de la décision n° DP07664818B0003 d'exécuter ce jugement et d'en faire transmission, sans délai, au procureur de la République.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2101585 et 2101586 est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Saëns présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime, à la commune de Saint-Saëns et à M. C E.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme F et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

D. FLa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2101585, 2101586

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