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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101627

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101627

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantSAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, M. A C, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de Pôle emploi née du silence gardé sur sa demande du

27 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à Pôle emploi Normandie de le rétablir dans son droit à l'allocation de solidarité spécifique ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi Normandie la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui notifiant la fin de son droit à l'allocation de solidarité spécifique repose sur le motif erroné tiré de ce qu'il ne pouvait prétendre à bénéficier d'une pension de retraite au taux plein ;

- la décision lui notifiant un indu pour cette prestation repose sur le motif erroné tiré de ce qu'il aurait bénéficié de celle-ci avec le versement de l'allocation aux adultes handicapés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, Pôle emploi Normandie, représenté par Me Lesieur-Guinault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge de Pôle emploi Normandie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que le directeur de l'agence Pôle emploi Le Havre - Ferrer a, par une première décision du 31 décembre 2019, mis fin au droit de M. C de bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er janvier 2020 au motif qu'il pouvait prétendre à une pension de retraite au taux plein. Cette mesure a été rétroactivement portée au

1er décembre 2019 par une décision du 3 mars 2020 au motif que M. C avait cumulativement bénéficié de cette prestation et de l'allocation aux adultes handicapés.

M. C demande au tribunal l'annulation de la décision de Pôle emploi refusant de le rétablir dans ses droits.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de solidarité spécifique, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. D'une part, aux termes de l'article L.5421-4 du code du travail : " Le revenu de remplacement cesse d'être versé : / 1° Aux allocataires ayant atteint l'âge prévu à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale justifiant de la durée d'assurance, définie au deuxième alinéa de l'article L. 351-1 du code de la sécurité sociale, requise pour l'ouverture du droit à une pension de vieillesse à taux plein ; / 2° Aux allocataires atteignant l'âge prévu à l'article L. 161-17-2 du même code augmenté de cinq ans () ".

4. En outre, aux l'article 5 de la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 : " () Pour les assurés nés à compter du 1er janvier 1955, la durée d'assurance ou de services et bonifications permettant d'assurer le respect de la règle énoncée au I est fixée par décret, pris après avis technique du Conseil d'orientation des retraites portant sur l'évolution du rapport entre la durée d'assurance ou la durée de services et bonifications et la durée moyenne de retraite, et publié avant le 31 décembre de l'année au cours de laquelle ces assurés atteignent l'âge mentionné au dernier alinéa du même I, minoré de quatre années. () ". En application de l'article L. 161-17-3 du code de la sécurité sociale, la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier d'une pension de retraite au taux plein et la durée des services et bonifications nécessaire pour obtenir le pourcentage maximum d'une pension civile ou militaire de retraite ont été fixées à 167 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1958 et le 31 décembre 1960.

5. Pour mettre fin au droit de M. C à l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er janvier 2020, le directeur de l'agence Pôle emploi Le Havre - Ferrer s'est fondé, dans sa décision du 31 décembre 2019, sur la circonstance que, eu égard à son âge et sa durée d'assurance, l'intéressé pouvait bénéficier, à compter de cette date, d'une pension de retraite au taux plein. Si le requérant soutient qu'il ne peut en bénéficier que lorsqu'il aura atteint l'âge de 67 ans, il résulte toutefois de l'instruction, notamment d'une capture d'écran reprenant les informations connues par Pôle emploi sur la situation de M. C, que celui-ci justifiait d'une durée d'assurance de 167 trimestres au 1er janvier 2020 lui permettant d'obtenir, à compter de cette date, une pension de retraite à taux plein. Dès lors, le directeur de l'agence Pôle emploi Le Havre - Ferrer n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 5421-4 du code du travail en mettant fin au droit de M. C au versement de l'allocation de solidarité spécifique au 1er janvier 2020.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 5423-7 du code du travail : " L'allocation de solidarité spécifique ne peut être cumulée avec l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'un versement a été effectué au titre de cette dernière allocation et tant que les conditions d'éligibilité à celle-ci demeurent remplies () ".

7. Pour mettre fin rétroactivement au droit de M. C à l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er décembre 2019, le directeur de l'agence Pôle emploi Le Havre - Ferrer s'est fondé sur circonstance qu'au cours des mois de novembre et décembre 2019, l'intéressé est devenu bénéficiaire de l'allocation aux adultes handicapés, laquelle ne peut être cumulée avec l'allocation de solidarité spécifique. Si M. C produit une attestation du directeur de la CAF de la Seine-Maritime indiquant qu'il n'a jamais bénéficié de l'allocation aux adultes handicapés, il résulte de l'instruction que des échanges entre Pôle emploi et les services de la caisse nationale d'allocations familiales ont permis de déceler que le requérant avait bénéficié, à compter du 1er août 2019, d'une autorisation d'ouverture d'un droit par la maison départementale des handicapés de la Seine-Maritime, laquelle a généré, au cours du mois de février 2020, un rappel de cette allocation pour les mois de novembre et de décembre 2019. Dans ces conditions, le directeur de l'agence Pôle emploi Le Havre - Ferrer n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 5423-7 du code du travail en ayant mis fin au droit de M. C au versement de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er décembre 2019.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur de l'agence Pôle emploi Le Havre - Ferrer refusant de le rétablir dans ses droits à l'allocation de solidarité spécifique. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives au frais de l'instance.

9. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de Pôle emploi Normandie présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi Normandie tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à Pôle emploi Normandie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée,

A. B Le greffier,

J-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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