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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101629

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101629

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, Mme A C B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par lettre du 20 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, si le dossier de demande de titre de séjour était considéré comme complet, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, dès lors que celles-ci ont été formées au-delà de l'expiration du délai de recours contre cette décision et, si le dossier de demande de titre de séjour n'était pas considéré comme complet, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, dès lors qu'à la date d'enregistrement de la requête, aucune décision de cette nature n'était née par l'effet du silence gardé par l'administration sur la demande de l'intéressée du 18 mai 2017.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 22 février 2021 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 15 novembre 2022 fixant la clôture de l'instruction au 30 novembre 2022 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Vercoustre, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née le 25 janvier 1980, déclare être entrée en France en 2015, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, par une décision du 23 mai 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 février 2017. Le 11 mai 2017, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Mme B demande l'annulation de la décision, née du silence gardé par le préfet de la Seine-Maritime sur sa demande, par laquelle ce dernier a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. Mme B a introduit une demande de titre de séjour le 11 mai 2017, dont le préfet ne conteste pas qu'elle était accompagné d'un dossier comportant toutes les pièces utiles à son instruction. Par conséquent, une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née à l'expiration du délai de quatre mois à compter de la réception de ce dossier complet, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance, dont se prévaut le préfet en défense, qu'une enquête à l'encontre du père de l'enfant français de Mme B était en cours pour des faits de reconnaissance frauduleuse de paternité. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait été informée de ce que le silence gardé pendant quatre mois sur sa demande ferait naître une décision implicite de rejet qu'il lui appartenait le cas échéant de contester devant la tribunal administratif compétent dans le délai de recours contentieux de deux mois, de sorte que ce délai de recours n'a jamais commencé à courir. Si le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance et si en telle hypothèse l'intéressé ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable qui est en règle générale d'un an, la connaissance par Mme B de l'existence d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour n'est, en l'espèce, établie qu'à compter du 20 août 2020, date à laquelle elle a sollicité la communication des motifs de ce refus implicite. Elle n'a donc pas demandé tardivement son annulation à la date d'introduction de sa demande d'aide juridictionnelle, le 26 janvier 2021.

4. Il est constant que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite de titre de séjour, adressée par Mme B et reçue le 20 août 2020. La décision implicite attaquée doit être regardée comme étant, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a implicitement rejeté sa demande de carte de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation de la décision attaquée, eu égard au motif qui la fonde, implique seulement que le préfet territorialement compétent procède à un nouvel examen de la situation de Mme B, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert, conseil de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Mary et Inquimbert de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a implicitement rejeté la demande de délivrance de carte de séjour de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme B, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la SELARL Mary et Inquimbert la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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