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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101641

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101641

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101641
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2021, M. B A forme opposition à la contrainte émise à son encontre le 9 avril 2021 par la directrice de production de Pôle emploi Normandie en vue du recouvrement de la somme de 1 549,10 euros correspondant à un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, Pôle emploi Normandie, représenté par Me Lesieur-Guinault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Une demande de régularisation a été adressée le 31 janvier 2022 à M. A lui demandant de produire, en application de l'article R. 412-1 du code de justice administrative, dans un délai de quinze jours, la preuve du dépôt du recours administratif préalable obligatoire formulé à l'encontre de la décision de Pôle Emploi lui notifiant l'indu d'allocation de solidarité spécifique de formation mis à sa charge.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ; / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que (), des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. ; () ".

2. En outre, l'article R. 414-6 du code de justice administrative prévoit que : " Les personnes physiques et morales de droit privé non représentées par un avocat, autres que celles chargées de la gestion permanente d'un service public, peuvent adresser leur requête à la juridiction par voie électronique au moyen d'un téléservice accessible par le réseau internet () ". L'article R. 611-8-6 de ce code prévoit également que : " Lorsqu'une partie a accepté, pour une instance donnée, l'utilisation du téléservice mentionné à l'article R. 414-6, la juridiction peut lui adresser par cette application, et pour cette instance, toutes les communications et notifications prévues par le présent livre. Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été ainsi adressé, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". En vertu de l'article R. 5426-19 du même code : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. () ". En outre, aux termes de l'article R. 5426-22 de ce code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu de prestations n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. Si les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point précédent.

5. En l'espèce, M. A forme opposition à la contrainte émise à son encontre le

9 avril 2021 par la directrice de production de Pôle Emploi Normandie en vue du recouvrement de la somme de 1 549,10 euros correspondant à un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique. Le requérant soutient n'avoir jamais perçu l'allocation aux adultes handicapés avant le mois de mars 2020, date du premier versement, mais seulement l'allocation de solidarité spécifique, et n'avoir donc pas bénéficié simultanément de ces deux prestations, et fait valoir que le trop-perçu mis à sa charge résulte d'une erreur de la caisse d'allocations familiales de l'Eure qui aurait transmis à Pôle emploi un relevé faisant état, à tort, du versement de l'allocation aux adultes handicapés depuis le mois d'avril 2019. Il indique également que la CAF, lors du premier versement effectif de l'allocation aux adultes handicapés, a également procédé au reversement à Pôle emploi, pour la période courant des mois d'avril 2019 à février 2020, des sommes auxquelles il aurait pu théoriquement prétendre. Il précise par ailleurs que Pôle emploi lui a indiqué de procéder aux déclarations mensuelles de situation pour continuer de percevoir l'allocation de solidarité spécifique en attendant le premier versement effectif de l'autre prestation. Ce faisant, M. A conteste le bien-fondé de l'indu objet de la contrainte attaquée. Toutefois, en dépit d'une demande en ce sens du tribunal, mise à disposition du requérant le

31 janvier 2022 sur l'application Télérecours citoyens et font il est réputé avoir pris connaissance dans un délai de deux jours ouvrés en application de l'article R. 611-8-6 précité du code de justice administrative, M. A n'a pas produit, dans le délai imparti, la preuve de l'exercice du recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 5426-14 précité du code du travail. Par suite, les moyens invoqués sont sans incidence sur la légalité de cette contrainte.

6. Enfin, si M. A fait état de ses difficultés personnelles et financières, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la contrainte. Il lui appartient, s'il s'y croit fondé, de solliciter auprès de Pôle emploi Normandie la remise gracieuse de sa dette.

7. Aucun autre moyen n'ayant été présenté dans le délai de recours contentieux, la requête de M. A, qui ne comporte que des moyens inopérants c'est-à-dire sans influence sur la légalité de la décision contestée, doit être rejetée en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

8. S'agissant des frais d'instance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions de Pôle emploi Normandie tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi Normandie tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Pôle emploi Normandie.

Fait à Rouen, le 3 août 2022.

La présidente de la 4ème chambre

A. MACAUD

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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