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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101693

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101693

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3P
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, M. A C B, représenté par Me Lemonnier, demande au tribunal :

- d'annuler la décision 48SI du 5 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

- d'enjoindre au ministre de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. C B soutient que :

- la décision 48SI attaquée n'a pas été prise par une autorité compétente ;

- les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 233-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées préalablement à l'édiction des décisions de retrait de points ;

- la dernière infraction qui lui est imputable a été commise en juillet 2015 ce qui implique la restitution automatique de l'intégralité de son capital de points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que la décision 48SI contestée a été supprimée de son dossier de permis de conduire, que le point retiré à la suite de l'infraction du 10 juillet 2015 a été restitué, que les mentions relatives à l'infraction du 22 janvier 2020 ont été supprimées du relevé d'information intégral et que le solde du permis de conduire du requérant est crédité de cinq points.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Leduc comme juge statuant seul dans les matières prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Leduc a été présenté au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a commis une série d'infractions routières les 4 juin 2013, 14 juin 2013, 27 novembre 2013, 6 décembre 2013, 16 janvier 2015, 10 juillet 2015, 27 janvier 2017, 4 juillet 2018, 2 avril 2020 et 22 janvier 2020 ayant généré des retraits de points de son permis de conduire. Le 5 mars 2021, le ministre de l'intérieur a pris à son encontre une décision 48SI invalidant ledit permis en raison du solde de points nul constaté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral édité le 29 juin 2021, et versé au dossier par le ministre de l'intérieur, que les mentions afférentes à la décision référencée " 48SI " du 5 mars 2021 en ont été supprimées et que le solde de points affecté au permis de conduire du requérant est de nouveau positif, de sorte que le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré, postérieurement à l'introduction de la requête, la décision litigieuse référencée " 48SI ". Toute mention relative à l'infraction du 22 janvier 2020 a également été supprimée du relevé d'information intégral. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. C B dirigées contre la décision " 48SI " et le retrait de points faisant suite à l'infraction commise le 22 janvier 2020 ont perdu leur objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer. Par ailleurs, antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire du requérant a été crédité d'un point le 23 mars 2016 puis, d'un autre point le 05 octobre 2017, enfin d'un autre point le 23 avril 2019 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision de retrait de point consécutive aux infractions commises les 10 juillet 2015, 27 janvier 2021 et 04 juillet 2018 sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables. De même, si le requérant entend soutenir qu'il n'est pas l'auteur de trois infractions, qui auraient été commises par son ex-compagne, l'appréciation de l'imputabilité de ces infractions relève exclusivement de la compétence du juge judiciaire. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite des infractions commises 4 juin 2013, 14 juin 2013, 27 novembre 2013, 6 décembre 2013, 16 janvier 2015, 27 janvier 2017, 4 juillet 2018 et 2 avril 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est notamment informé qu'il encourt un retrait de points, si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

4. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Le requérant soutient qu'il n'a pas reçu les informations requises par le code de la route lors des infractions qui lui sont reprochées.

S'agissant des infractions commises les 16 janvier 2015 et 2 avril 2020 :

5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que ce dernier a payé les amendes forfaitaires relatives à ces infractions relevées par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé ainsi qu'en atteste la mention " PVE ". Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré successivement deux points et trois points de son permis de conduire à la suite de ces infractions auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions commises les 4 juin 2013, 14 juin 2013, 27 novembre 2013, 6 décembre 2013, 27 janvier 2017 et 4 juillet 2018 :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que ce dernier a payé l'amende forfaitaire relative à ces infractions relevées par radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ". Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. M. C B n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré les points de son permis de conduire à la suite de ces infractions aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions successives de retrait de points précitées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, ainsi que celles tendant au paiement de frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision 48SI du 5 mars 2021 et de la décision de retrait de points faisant suite à l'infraction commise le 22 janvier 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

C. LEDUCLa greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

Cécilya DUPONT

N°2101693

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