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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101717

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101717

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantAIT-TALEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2021, M. D E, représenté par Me Aït-Taleb, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 20 avril 2021 par laquelle le directeur de la maison d'arrêt de Rouen l'a placé, à titre préventif, en cellule disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à titre principal, à verser à Me Aït-Taleb au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle, et, à titre subsidiaire, à lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris aux termes d'une procédure irrégulière en raison du défaut de contrôle par le chef d'établissement ;

- il est insuffisamment motivée ;

- il est entachée de disproportion dès lors que la mesure n'était pas nécessaire ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeure ;

- la circulaire du 24 mai 2013 relative au régime de détention des mineurs ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E est incarcéré depuis le 31 octobre 2020 et a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen du 12 avril 2021 au 3 mai 2021. Par une décision du 20 avril 2021, dont M. E demande l'annulation, le directeur de la maison d'arrêt de Rouen l'a placé, à titre préventif, en cellule disciplinaire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " () Pour les décisions de confinement en cellule individuelle ordinaire, de placement en cellule disciplinaire et de suspension de l'exercice de l'activité professionnelle de la personne détenue, lorsqu'elles sont prises à titre préventif, le chef d'établissement peut en outre déléguer sa signature à un major pénitentiaire ou à un premier surveillant. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 20 avril 2021 a été signée, pour le directeur de la maison d'arrêt de Rouen, par M. B A, commandant, chef de détention, à qui le chef d'établissement avait donné délégation permanente, par une décision du 29 septembre 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°76/2020/187 du 2 octobre 2020, à l'effet de signer les décisions de placement préventif en cellule disciplinaire concernant les détenus de la maison d'arrêt. D'une part, l'absence de mention de cette délégation de signature dans les visas de la décision attaquée n'est pas de nature à l'entacher d'irrégularité. D'autre part, la publication de cette délégation de signature au recueil des actes administratifs de préfecture de la Seine-Maritime était, en raison de l'objet d'une telle décision, suffisante pour lui conférer une date certaine et la rendre opposable aux tiers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

5. Il ressort des termes même de la décision attaquée que celle-ci vise les articles R. 57-7-18, R. 57-7-19 et R. 57-7-1 du code de procédure pénale et décrit les faits de violences verbales et de détérioration du matériel commis par le requérant le 20 avril 2021 en indiquant que ces faits, de causer ou tenter de causer délibérément aux locaux ou au matériel affecté à l'établissement un dommage de nature à compromettre la sécurité, l'ordre ou le fonctionnement normal de celui-ci, constituent une faute du premier degré. Par suite, la décision attaquée comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, si M. E se prévaut de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus qui prévoit à son article 2.3 que le chef d'établissement contrôle systématiquement l'opportunité et la régularité des mises en prévention lorsqu'il ne prend pas lui-même la décision, cette circulaire n'est pas applicable aux mineurs, couverts par la circulaire du 24 mai 2013 relative au régime de détention des mineurs. Par suite, l'obligation de contrôle dont M. E se prévaut n'est prévue par aucune disposition légale ou réglementaire, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R 57-7-18 du code de procédure pénale dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement. / Pour les mineurs de seize à dix-huit ans, le placement préventif en cellule disciplinaire n'est possible que pour les fautes prévues aux 1°, 2°, 3°, 4°, 5°, 6° , 7°, 8°, 9° et 10° de l'article R. 57-7-1. ". Et aux termes de l'article R 57-7-1 du code de procédure pénale, alors en vigueur: " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 9° De causer ou de tenter de causer délibérément aux locaux ou au matériel affecté à l'établissement un dommage de nature à compromettre la sécurité, l'ordre ou le fonctionnement normal de celui-ci ; () ".

8. D'une part, M. E ne conteste pas avoir commis une faute du premier degré en détériorant le matériel de sa cellule tels que la porte, la boite aux lettres, l'interrupteur et l'intérieur de l'armoire et d'avoir inondé la coursive. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'exposé des faits mentionné dans le compte-rendu d'incident du 20 avril 2020, que M. E a refusé de se calmer après avoir été reçu par le directeur, qu'il a volontairement bloqué sa porte de cellule à plusieurs reprises, a insulté des agents pénitentiaires et refusé un changement de cellule. Par suite, contrairement à ce que fait valoir M. E, son placement en cellule disciplinaire à titre préventif constituait le seul moyen de mettre fin à la faute et de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement. Le moyen tiré de la disproportion et de l'absence de nécessité de la décision attaquée doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de la décision du 20 avril 2021 par laquelle le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Rouen l'a placé en cellule disciplinaire à titre préventif doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme F et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé :

B. C

La présidente,

Signé :

P. Bailly La greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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