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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101743

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101743

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantSCP PATRIMONIO PUYT-GUERARD HAUSSETETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2021 et 16 mai 2022, sous le n° 2101743, Mme F A, représentée par Me Puyt-Guérard, demande au tribunal :

1) de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 47 730 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi suite au décès de la jeune D, survenu le 23 avril 2013 ;

2) de mettre à la charge du groupe hospitalier du Havre la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le groupe hospitalier du Havre a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle justifie de ses préjudices.

Par un mémoire, enregistré le 7 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Havre demande au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 3 540, 36 euros en remboursement de ses débours, assortie des intérêts de droit à compter du jugement, ainsi que la somme de 1180, 12 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient qu'elle justifie de ses débours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le groupe hospitalier du Havre, représenté par Me Noblet, indique ne pas contester le principe de sa responsabilité et demande au tribunal de ramener les prétentions indemnitaires de la requête à de plus justes proportions.

Mme F A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2021.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2021 et 16 mai 2022, sous le n° 2101744, Mme E A, représentée par Me Puyt-Guérard, demande au tribunal :

1) de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi suite au décès de la jeune D, survenu le 23 avril 2013 ;

2) de mettre à la charge du groupe hospitalier du Havre la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le groupe hospitalier du Havre a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle justifie de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le groupe hospitalier du Havre, représenté par Me Noblet, indique ne pas contester le principe de sa responsabilité et demande au tribunal de ramener les prétentions indemnitaires de la requête à de plus justes proportions.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre qui n'a pas produit d'observations.

Mme E A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2021.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2021 et 16 mai 2022, sous le n°2101746, Mme G B, représentée par Me Puyt-Guérard, demande au tribunal :

1) de condamner le groupe hospitalier du Havre à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi suite au décès de la jeune D, survenu le 23 avril 2013 ;

2) de mettre à la charge du groupe hospitalier du Havre la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le groupe hospitalier du Havre a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle justifie de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le groupe hospitalier du Havre, représenté par Me Noblet, indique ne pas contester le principe de sa responsabilité et demande au tribunal de ramener les prétentions indemnitaires de la requête à de plus justes proportions.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre qui n'a pas produit d'observations.

Mme G B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 202Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme F A, née en 1986, a accouché le 21 avril 2013 à Fécamp d'une petite fille, prénommée D, au terme de vingt-huit semaines d'aménorrhée. L'enfant a été transférée au groupe hospitalier du Havre compte-tenu de sa prématurité et des difficultés associées. A la suite d'une manipulation inadaptée sur laquelle il sera revenu infra, l'état de santé de l'enfant s'est dégradé, jusqu'à subir deux arrêts cardiaques à 4h40 et 10h25 le 23 avril 2013, date et heure de son décès.

2. L'information judiciaire ouverte à la suite de ce décès, et notamment l'expertise ordonnée par le juge d'instruction, a permis de mettre en évidence une erreur commise par un membre du personnel paramédical de l'établissement, qui a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel du Havre du 16 octobre 2017 puis un arrêt de la cour d'appel de Rouen du 13 mai 2019 à huit mois d'emprisonnement avec sursis. La juridiction pénale s'est en outre déclarée incompétente, au profit des juridictions administratives, pour connaitre des demandes indemnitaires des parties civiles.

3. Mme F A, Mme E A, sa sœur, et Mme G B, sa mère et grand-mère de la jeune D, ont alors saisi le groupe hospitalier du Havre d'une demande d'indemnisation. Par les requêtes susvisées, elles demandent au tribunal de condamner le groupe hospitalier du Havre à les indemniser des préjudices qu'elles estiment avoir subi consécutivement au décès de la jeune D.

4. Les requêtes susvisées ont le même objet, concernent le même accident médical et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité :

5. Aux termes des dispositions du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

6. Il résulte de l'instruction, notamment de l'arrêt de la cour d'appel de Rouen du 13 mai 2019, du rapport du 26 avril 2013 du docteur J et du docteur H et du rapport du docteur J et du professeur I du 21 mars 2014, experts désignés par le juge d'instruction, que le décès de la jeune D est imputable à une " intoxication à l'eau ", ou apport hydrique excessif, causée par une perfusion dont le débit n'a pas été correctement contrôlé par le personnel paramédical. Ce défaut de régulation du débit et de contrôle de celui-ci constituent une faute de nature à engager la responsabilité du groupe hospitalier du Havre, ce qu'il ne conteste d'ailleurs pas.

En ce qui concerne les préjudices de Mme F A :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a exposé la somme de 2 138,40 euros au titre des frais funéraires liés à l'inhumation de sa fille. Le groupe hospitalier du Havre sera condamné à l'indemniser de cette somme. En revanche, si Mme A réclame également que l'établissement défendeur soit condamné à lui verser la somme de 5 592 euros correspondant à l'édification d'un monument funéraire, elle n'a produit qu'un devis de marbrerie. Dès lors, en l'absence de caractère certain du préjudice, sa demande sur ce point ne peut qu'être rejetée.

8. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A en lui allouant la somme de 20 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices de Mmes E A et G C :

9. Mme E A et Mme G C, respectivement tante et grand-mère de la jeune victime décédée, ont subi un préjudice d'affection ; il en sera fait une juste appréciation en condamnant le groupe hospitalier du Havre à leur verser une somme de 2 500 euros chacune.

En ce qui concerne les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie du Havre :

10. La caisse primaire d'assurance maladie justifie suffisamment, par l'attestation d'imputabilité établie par le médecin-conseil, avoir exposé des débours au profit de la jeune D, son assurée, constitués uniquement par des frais hospitaliers, pour un montant de 3 540,36 euros. Le groupe hospitalier du Havre sera condamné à verser cette somme à la caisse.

11. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu () A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté () ".

12. En application de ces dispositions, la caisse primaire d'assurance maladie du Havre est fondée à solliciter la condamnation du groupe hospitalier du Havre à lui verser l'indemnité forfaitaire, dont le montant doit être fixé à 1 162 euros en application de l'arrêté du 15 décembre 2022 visé ci-dessus.

Sur les autres conclusions :

13. En second lieu, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Havre tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.

14. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991, codifiées à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

15. D'une part, Mmes F A, E A et G B pour le compte de qui les conclusions des requêtes 2101743, 2101744 et 2101746 relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réputées présentées, n'allèguent pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui leur a été allouée. D'autre part, leur conseil n'a pas demandé que lui soit versée par le groupe hospitalier du Havre la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à ses clientes si ces dernières n'avaient bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge du groupe hospitalier du Havre une somme de 2 000 euros par requête sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Le groupe hospitalier du Havre est condamné à verser :

* 22 138,40 euros à Mme F A ;

* 2 500 euros à Mme E A ;

* 2 500 euros à Mme G B.

Article 2 : Le groupe hospitalier du Havre est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre la somme de 3 540,36 euros au titre de ses débours et la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : Les conclusions des requêtes et de la caisse primaire d'assurance maladie du Havre sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, à Mme E A, à Mme G B, à Me Puy-Guerard, à la caisse primaire d'assurance maladie du Havre et au groupe hospitalier du Havre.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Henry Tostivint

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101743 ; 2101744 ; 2101746

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